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Microsoft rachète Activision Blizzard pour 68,7 milliards de dollars

Microsoft signe le plus gros chèque de son histoire pour s'offrir Activision Blizzard, l'un des plus grands éditeurs de jeux vidéo du monde. Une opération au montant de 68,7 milliards de dollars qui révèle la détermination de l'entreprise de Satya Nadella pour s'imposer durablement dans le milieu du gaming. Mais qui donne aussi à réfléchir sur la culture d'entreprise toxique de ce milieu, Activision Blizzard enchaînant les scandales depuis des mois pour des pratiques de harcèlement systémique au sein de ses studios.
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Microsoft rachète Activision Blizzard pour 68,7 milliards de dollars
Phil Spencer, nouvellement nommé CEO de Microsoft Gaming, lors d'une conférence Xbox au salon E3. © Microsoft

On le sait, le marché du jeu vidéo n'est pas à prendre à la légère. Microsoft, qui cherche très sérieusement à s'y ressaisir après une génération Xbox One en demi-teinte, le prouve encore une fois en dépensant pas moins de 68,7 milliards de dollars pour absorber Activision Blizzard.

Si ce montant gargantuesque a de quoi faire verser une larme, il s'explique par le statut de sixième plus grand éditeur au monde (par revenus) d'Activision Blizzard, derrière Tencent, Sony, Nintendo, Microsoft et Netease. Hors de Chine, il s'agit donc du premier éditeur indépendant (ne fabriquant pas de console).

Microsoft devient le troisième plus grand éditeur au monde
Si le rachat est validé par les régulateurs (il est prévu qu'il soit cloturé sur l'année fiscale 2023), Microsoft deviendra le troisième éditeur mondial. Il obtiendra les licences phares que sont Warcraft, Diablo, Overwatch, Call of Duty ou Candy Crush, sans oublier les activités e-sport d'Activision (au travers de la Major League Gaming). Il mettra aussi la main sur les 10 000 employés du groupe, répartis dans divers studios à travers le monde.

La logique derrière cette acquisition n'est pas dure à comprendre. Le marché se consolide depuis cinq ans avec des rachats successifs, chaque acteur majeur cherchant à pérenniser son cheptel de jeux exclusifs. Le début du règne de Satya Nadella chez Microsoft (en 2014) avait été placé sous le sceau de la sobriété en matière de studios internes de développement, l'idée étant que le hardware et les services suffiraient à attirer les joueurs. Une mauvaise stratégie qui s'est soldée par une chute brutale face à Sony et Nintendo, dont les titres exclusifs garantissent l'attractivité et les revenus.

L'ambition du jeu par abonnement via le cloud
Microsoft a fait marche arrière dès 2018 et il compte désormais au moins 23 studios depuis qu'il a mis le grappin sur Zenimax pour 7,5 milliards de dollars fin 2020. En y rajoutant ceux d'Activision Blizzard, il montera jusqu'à 30 studios. De quoi garantir une production continue de contenus pour abreuver son offre sur PC (Windows), console (Xbox), smartphone et sur le cloud.

Son service de jeu par abonnement, Game Pass, compte aujourd'hui 25 millions d'abonnés, mais l'ambition de l'entreprise est beaucoup plus grande. Avec 400 millions de joueurs actifs chaque mois, Activision Blizzard a de quoi l'aider dans sa quête. Microsoft n'oublie par ailleurs pas de faire une petite mention du "métavers", dont il dit qu'il met en place les éléments constitutifs.

Un rachat malgré les problèmes de harcèlement au sein d'Activision Blizzard
Le plus problématique dans cette histoire (outre l'aspect antitrust) est le signal qu'il envoie auprès de l'industrie, alors qu'Activision Blizzard est sous le feu des projecteurs depuis des mois pour les problèmes de discrimination et harcèlement (y compris et même surtout sexuel) systémiques dénoncés par d'anciens et d'actuels employés. Plusieurs procédures judiciaires sont en cours à ce sujet et l'entreprise a déjà payé 18 millions de dollars en septembre dernier dans le cadre d'une telle plainte.

Phil Spencer, en charge de la division Xbox de Microsoft et connu pour mettre en avant des valeurs d'inclusivité et de bienveillance dans le milieu du jeu vidéo, s'était exprimé de façon ambiguë au sujet des déboires d'Activision Blizzard et du passé des studios Xbox, chez lesquels certains des principaux mis en cause ont fait une partie de leur carrière.

Par ailleurs, on note que Bobby Kotick, actuel dirigeant d'Activision Blizzard et largement mis en cause à titre personnel comme ayant permis (voire encouragé) sa culture d'entreprise toxique, restera en poste au moins jusqu'à la cloture du rachat. Son rôle par la suite n'est pas évoqué, ni celui de son équipe dirigeante. Microsoft précise seulement que l'ensemble des studios rapporteront directement à Phil Spencer, qui devient CEO de Microsoft Gaming, la division devenant une entreprise à part entière.

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