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Microsoft se dit déterminé à racheter les opérations de TikTok aux Etats-Unis

Le gouvernement ne laisse pas le choix à ByteDance, l'entreprise chinoise à l'origine de l'application de partage de vidéos TikTok. Il doit vendre ses opérations aux Etats-Unis à une entreprise américaine, faute de quoi il l'interdira purement et simplement. Microsoft est actuellement en discussion pour ce rachat qui se déroule dans des conditions particulièrement inhabituelles.
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Microsoft se dit déterminé à racheter les opérations de TikTok aux Etats-Unis
Microsoft se dit déterminé à racheter les opérations de TikTok aux Etats-Unis © Flickr / Aaron Yoo

Les mesures punitives des Etats-Unis contre les entreprises chinoises se poursuivent. Après Huawei et ZTE, c'est l'application de création et de partage de vidéos TikTok, très populaire auprès des jeunes, qui est dans le collimateur du gouvernement Trump. Propriété de l'entreprise chinoise ByteDance, dont le siège se trouve dans les Îles Caïmans (un paradis fiscal), TikTok inquiète par son utilisation opaque des données utilisateurs et leur stockage sur des serveurs basés en Chine. Le président américain Donald Trump a déclaré le 31 août son intention de forcer ByteDance a vendre ses opérations aux Etats-Unis, voire de carrément interdire l'application. L'acheteur pressenti est Microsoft.

Microsoft tente d'apaiser Trump
Dans un billet de blog assez inhabituel publié dimanche 2 août, l'entreprise américaine confirme qu'elle est "prête à poursuivre les discussions pour explorer un rachat de TikTok aux Etats-Unis" suite à une discussion de Satya Nadella, son CEO, avec le président Trump. Le nom de Microsoft avait tout de suite été avancé pour reprendre cette activité, mais la position vague du gouvernement américain, qui n'exclut toujours pas d'interdire purement et simplement l'application, complique les choses. Microsoft précise néanmoins qu'il compte régler la question avant le 15 septembre 2020 au plus tard. Une deadline visiblement imposée par Donald Trump, qui a déclaré sur Fox News que TikTok devra fermé ses portes aux Etats-Unis après cette date si un accord n'est pas trouvé.

L'influence des services de renseignement américains
Microsoft précise aussi qu'il prendrait possession de la marque et des opérations de TikTok dans quatre pays : les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Tous sont membres des Five Eyes, une alliance pour le renseignement militaire créée par les Etats-Unis. Seul le Royaume-Uni manque à l'appel. Un détail somme toute peu surprenant, la rhétorique anti-TikTok ayant été avancée en premier lieu par les agences de renseignement des Etats-Unis et leurs alliés. Il faut dire qu'il y a en effet des raisons de s'inquiéter de l'utilisation que fait TikTok des données personnelles de ses utilisateurs... Mais on peut en dire de même de Facebook, Snapchat, Twitter et autres applications américaines.

L'opération serait de toute évidence une bonne affaire pour Microsoft, qui récupérerait l'application mobile la plus populaire du moment à moindre frais et passerait toute son infrastructure sur son service cloud Azure. Il faut cependant souligner à quel point cette affaire est inhabituelle aux Etats-Unis, le gouvernement américain étant pratiquement aux commandes du deal. Le président Trump a même été jusqu'à déclarer qu'une partie de la somme versée pour cette vente devra être versée au Trésor Public des Etats-Unis, à la manière d'une taxe.

On peut donc être surpris que Microsoft accepte ces conditions, d'autant que TikTok n'est pas à première vue une acquisition naturelle pour l'entreprise. La société avait cependant déjà racheté le réseau social LinkedIn en 2016 pour 26,2 milliards de dollars. Opérer TikTok la placerait cette fois-ci en concurrence directe avec Facebook sur le marché des réseaux sociaux. A noter que Microsoft n'exclut pas de faire participer d'autres investisseurs à ce rachat.

Quelle interopérabilité future entre le TikTok US et le reste du monde ?
Outre les considérations économiques et politiques, l'aspect technique n'a pas vraiment été abordé. Le réseau TikTok américain pourra-t-il communiquer avec celui desservant le reste du monde, y compris l'Europe ? Difficile à dire. Une chose est sûre : la question de la protection des données personnelles est de plus en plus prégnante en Occident. L'Union européenne a été pionnière avec le RGPD, et vient de balayer le Privacy Shield, qui n'était ni plus ni moins qu'une tentative de le contourner. Les choses sont beaucoup moins cadrées aux Etats-Unis, et malgré les bons sentiments mis en avant pour scinder TikTok, on peut se demander si un cadre légal sérieux suivra pour réguler toutes les activités de collecte des données, quelque soit la nationalité des entreprises.

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