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Microsoft se pose en défenseur de la rémunération des médias en ligne en Australie

Face aux menaces de Facebook et Google de suspendre leurs services en Australie, Microsoft en profite pour imposer son moteur Bing comme alternative pour la rémunération des éditeurs de presse. Son président, Brad Smith, appelle même les Etats-Unis à adopter une réglementation similaire qui obligerait les agrégateurs d'informations à payer pour la reprise des articles en ligne.   
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Microsoft se pose en défenseur de la rémunération des médias en ligne en Australie
Microsoft se pose en défenseur de la rémunération des médias en ligne en Australie © Microsoft

Dans un billet de blog, Brad Smith, le président de Microsoft, à appeler les Etats-Unis à adopter une législation sur la rémunération des médias en prenant exemple sur l'Australie. En effet, Canberra travaille depuis plusieurs mois sur un "code de conduite" qui obligera Facebook et Google, en tant qu'agrégateurs d'informations, à payer les éditeurs de presse pour la reprise de leurs articles.

WASHINGTON CRITIQUE LA LOI AUSTRALIENNE
"Les Etats-Unis ne devraient pas s'opposer à une proposition australienne qui renforce la démocratie en exigeant des sociétés technologiques qu'elles soutiennent la presse libre. Ils devraient plutôt la copier", écrit Brad Smith. Il fait ainsi référence à la position du Bureau du représentant américain chargé du commerce qui, en parlant de ce code de conduite, regrette un projet de loi "lourd" qui cible "exclusivement" deux entreprises américaines "sans avoir au préalable établi de violation du droit australien ou de défaillance du marché".

Les entreprises visées dans le projet de loi ne se sont pas laissé faire non plus. De son côté, Google a menacé de suspendre son moteur de recherche, qui représente 95 % des parts de marché en Australie. "Si cette version du code devenait une loi, cela ne nous laisserait pas d'autre choix véritable que de suspendre Google Search en Australie", expliquait Mel Silva, la directrice générale de Google Australia, lors d'une audition devant le Sénat australien il y a quelques semaines.

La firme de Mountain View a récemment lancé sa plateforme "News Showcase" espérant calmer les tensions avec le gouvernement australien. Cet outil offre aux éditeurs de titres de presse la possibilité de choisir les articles qu'ils souhaitent mettre en avance en y ajoutant, au choix, des articles connexes, des images… pour augmenter la visibilité de leurs contenus.

Facebook tient un discours similaire. Pour montrer son mécontentement, le réseau social a menacé de bloquer le partage d'articles. "L'Australie est en train de rédiger un nouveau règlement qui ne comprend pas la dynamique d'Internet et qui nuira aux organes de presse que le gouvernement tente pourtant de protéger", déclarait Will Easton, directeur général de Facebook Australie et Nouvelle-Zélande, dans un billet de blog.

Imposer Bing comme une alternative à Google
Microsoft compte bien tirer son épingle du jeu de cette situation en imposant son moteur de recherche Bing, deuxième sur le marché australien, comme une alternative viable dans le cas où Google mettrait ses menaces en exécution. Des discussions dans ce sens sont déjà en cours. La semaine dernière, le CEO de l'entreprise américaine Satya Nadella s'est entretenu avec le Premier ministre australien Scott Morrison. 

D'après Brad Smith, Microsoft News serait également un outil intéressant pour les éditeurs de presse qui pourraient tirer davantage de revenus à la condition que l'agrégateur soit plus largement utilisé. En effet, "nous ne pouvons pas partager les revenus si nous n'avons pas de revenus à partager", souligne le président de Microsoft en ajoutant qu'il a confiance dans la capacité de son entreprise "à construire le service dont les Australiens ont besoin".

Ce qui inquiète particulièrement Google et Facebook, c'est la clause d'arbitrage qui prévoit la nomination d'un expert par le gouvernement si les éditeurs de presse et les agrégateurs n'arrivent pas à s'accorder. Ils craignent que les éditeurs en profitent pour négocier des tarifs excessivement élevés. Là encore pour Brad Smith, c'est une bonne chose. Cette clause "communément appelé 'baseball arbitration' encourage une négociation raisonnable", explique-t-il. 

Microsoft veut conquérir d'autres pays
Microsoft se projette même en dehors de l'Australie. "Des personnes nous ont demandé si Microsoft soutiendrait des propositions similaires (…) au Canada, dans l'Union européenne et d'autres pays. La réponse est oui", a indiqué Brad Smith. En Europe, qui a été l'un des premiers à imposer une rémunération pour la reprise des articles, les tensions commencent à s'apaiser, en particulier en France où Google a signé ses premiers contrats avec les éditeurs de presse après plusieurs mois de bataille judiciaire.

Microsoft est donc bien décidé à récupérer des parts de marché en prétextant que sa politique a pour objectif majeur la promotion de l'intérêt général face aux intérêts cupides des grandes entreprises technologiques. Une position qui fait écho à celle d'Apple qui promeut la protection de la vie privée pour dépasser ses concurrents. Le dernier exemple en date est la mise en place d'une nouvelle politique en matière de confidentialité qui est largement critiquée par Facebook et Google

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