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"Mon rôle est de m’assurer que les décisions sont fondées sur des données", explique Henri Verdier

Sans grande surprise, c’est Henri Verdier, actuel responsable de l’open data gouvernemental, qui a été nommé par décret, administrateur général des données. Le premier en France, mais aussi dans le monde, à endosser ce rôle à l'échelle d’un État. Il explique à L’Usine Digitale comment il entend mener sa mission de CDO (Chief Data officer), comme il se qualifie lui-même.

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Mon rôle est de m’assurer que les décisions sont fondées sur des données, explique Henri Verdier
"Mon rôle est de m’assurer que les décisions sont fondées sur des données", explique Henri Verdier © Sébastien Sindeu - D.R.

L'Usine Digitale - À quoi sert un administrateur général des données ?

Henri Verdier - Le numérique joue un rôle clé dans la modernisation de l’action publique. L’open data, qui consiste à ouvrir les données, en est une dimension essentielle. Mais ce n’est pas suffisant. Ces données publiques peuvent aussi servir pour améliorer l’État lui-même, réaliser des économies, allouer les bonnes ressources au bon moment, imaginer de nouvelles politiques publiques.

Le rôle du CDO (pour chief data officer, francisé en administrateur des données), est de s’assurer que les décisions sont fondées sur des données. Pour y parvenir, il faut d’abord avoir les données, puis s’assurer qu’elles sont bonnes, pour en tirer des informations qui arrivent aux décideurs au moment où ils en ont besoin.

De quels moyens disposera le CDO gouvernemental pour mener sa mission ?

Placé au sein du SGMAP (secrétariat général pour la modernisation de l’action publique, NDLR), le CDO a pour mission de susciter et d’accompagner la transformation. Le plus important est donc la manière dont nous nous y prendrons pour faire naître et faire diffuser de nouvelles pratiques. Le décret lui donne les autorisations d’engagement et les pouvoirs qui lui permettront de s’impliquer, en interministériel, dans les politiques de production des données clés. Il doit aussi contribuer à établir une véritable gouvernance de la donnée pour en rationaliser la circulation parmi ceux qui en ont besoin.

Enfin, il peut engager des activités d’analyse des données au service de l’amélioration de l’action publique. Cette dernière dimension est importante. Il ne s’agit pas de produire des savoirs mais de l’action. D’abord en publiant tous les ans un rapport objectif sur la gouvernance de ces données, en pointant les réclamations, les blocages, les avancées et qui se comparera aux bonnes pratiques observées ailleurs. Ensuite, en réalisant des prototypes pour démontrer, par l’exemple, ce que l’on peut extraire de ces données afin d’aider à la décision. Côté moyens, l’équipe comprendra 5 à 6 personnes, qui travailleront avec l’équipe d’Etalab et avec l’ensemble du SGMAP. Les deux premiers arriveront rapidement.

Techniquement, comment allez-vous procéder ?

Comme à mon arrivée à Etalab, nous prendrons le temps, peut-être six mois, pour travailler en mode collaboratif avec toutes les administrations, pour expliquer l’action et définir les sujets, les modes d’interaction et aboutir à une feuille de route solide. Les CDO sont des fonctions nouvelles, et le CDO d’un État est une première. Cela mérite réflexion… En parallèle, nous engagerons immédiatement des actions concrètes. 

Premièrement, la construction d’un hub pour faire se rencontrer des administrations ayant des données avec des sujets qui ont besoin de ces données (fraude, emploi…), avec des compétences extérieures (start-up, chercheurs) intéressées par la recherche de solutions qui croisent les données. Dans cette idée, nous avons déjà approché les chaires d’universités et grandes écoles comme Telecom ParisTech, Dauphine, Normale Sup, l’Ecole d’économie de Paris, etc. D’ici trois mois, nous devrons avoir réalisé les premiers "mariages".

La deuxième action concrète consistera, avec une petite équipe de data scientists, à montrer concrètement ce que l’on peut faire des données. Nous avons déjà identifié trois sujets : les achats publics, les médicaments génériques et les accidents de la route. L’idée étant de monter des preuves de concept d’ici six mois.

Vous a-t-on fixé des objectifs ?

Il est trop tôt pour établir des objectifs chiffrés. Dans cette matière, il importe de partir du concret, de construire des résultats probants et d’organiser le développement autour des premiers résultats. Une des clés du succès sera sans doute la large diffusion des expériences, des résultats, des difficultés, etc. Car au-delà des résultats directs qu’obtiendra le CDO, la diffusion large, dans l’État, d’une culture de la donnée, du retour aux faits, du pilotage fondé sur la donnée, est essentielle à la modernisation de l’action publique.

L’open data et l’open gouv seront des thématiques importantes de la consultation sur la stratégie numérique de la France et de la future loi. Faut-il vraiment légiférer sur ces sujets ?

Je pense que oui. D’une part parce que la France doit traduire la directive européenne sur les informations du secteur public. D’autre part, et surtout, parce qu’il est temps d’aller au-delà de la loi CADA de 1978. Celle-ci organisait le droit des citoyens de réclamer des documents et des informations. Il devient de plus en plus nécessaire d’organiser la production proactive et rationnelle des données essentielles à la vie démocratique et à l’activité économique…

La Ville de Paris met une clause d’open data dans ses nouveaux marchés publics ? L’État pourrait-il faire pareil ?

À l’évidence, c’est une disposition qui mérite d’être considérée…

Propos recueillis par Aurélie Barbaux

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

2 commentaires

Yk
22/09/2014 14h38 - Yk

Je crois que la démarche, outre son relent de "centralisme" via la nomination d'un CDO va dans le bon sens, après, il est évident que ça manque pour l'instant d'objectifs et de stratégie clairement définis...

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Olaf de Hemmer
20/09/2014 11h02 - Olaf de Hemmer

Et si on posait les bonnes questions, avant d'espérer trouver des réponses dans les données ? Sinon, c'est un peu comme si on espérait qu'un étudiant devienne savant en lui donnant la carte de la bibliothèque, non ? Ni la décision, ni les questions-clés, ni les bonnes réponses ne peuvent sugir des données !!! L'open data ne sera utile que pour trouver les données qui manque(raie)nt. Et il en manquera toujours ...

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