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Moovit s'appuie sur les usagers des transports pour construire l'appli de mobilité ultime

Le spécialiste des transports publics Moovit s'appuie sur une communauté de 75 000 éditeurs bénévoles pour cartographier rapidement de nouvelles villes. Un atout pour obtenir la donnée la plus précise et la plus à jour.

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Comment Moovit mobilise les usagers des transports pour construire l'appli de mobilité ultime
Moovit s'appuie sur les usagers des transports pour construire l'appli de mobilité ultime © Moovit

Comment obtenir en temps réel les meilleures données sur les transports publics ? On peut nouer des dizaines de milliers de partenariats avec des opérateurs de transports. On peut truffer les réseaux de capteurs high tech. On peut aussi se renseigner directement auprès de ceux qui connaissent le mieux les lignes : les usagers qui les empruntent tous les jours.

 

C'est la philosophie de Moovit, une start-up israélienne créée en 2014, qui frôle la barre des 50 millions d'inscrits. Comme sa compatriote Waze, la société fait de ses utilisateurs des contributeurs actifs. Ils peuvent signaler le déplacement d'un arrêt de bus pendant des travaux, une panne sur une ligne de RER ou encore l'ajout d'une station Velib en bas de chez eux. Une façon d'obtenir la meilleure information le plus rapidement possible. A tel point que la data remontée par les utilisateurs de Moovit est désormais utilisée par les villes et les sociétés de transport.

 

4 500 transporteurs partenaires

Moovit fait en effet circuler les données (anonymisées) dans les deux sens : montant et descendant. Elle travaille par exemple avec le Stif, l'autorité des transports en Ile-de-France. C'est ça la magie de l'open data : une info remontée par un utilisateur de Moovit peut servir à mettre à jour l'appli RATP officielle !  Moovit travaille de cette façon avec 4 500 opérateurs de transport partout dans le monde. Avec une data de qualité mise à disposition gratuitement. "On partage les rapports d'utilisateurs avec les autorités de transport, on les aide à améliorer le service dans leur ville et, en échange, ils font la promotion de notre application. C'est du gagnant-gagnant", commente Yovav Maydad, vice-président de Moovit en charge du produit.

 

 

 


Pour aller plus vite, Moovit a ouvert son outil interne d'édition de la donnée à ses partenaires extérieurs. D'abord à des habitants de zones pas encore cartographiées. "C'est eux qui nous l'ont réclamé, confie Yovav Meydad. Ils voulaient apporter leur contribution pour rendre Moovit disponible dans leur ville, alors que la donnée publique n'existait pas". 2000 villes sont en cours de cartographie de cette façon, par les citoyens eux-mêmes, parfois en lien avec les services locaux de transports. En France, des communautés se sont formées à Briançon, Saint-Etienne, Mont de Marsan, Montpellier, Besançon… En faisant construire l'application par les utilisateurs, l'application gagne un temps considérable et obtient des données de qualité, mises à jour régulièrement. "On prouve aussi qu'il ne faut pas forcément vivre dans une grande ville, avec un énorme service de transports, pour contribuer", explique le vice-président.

 

Une interface de visualisation et d'édition des données

Pas besoin non plus d'être un geek pour ajouter un arrêt, renseigner des horaires ou déplacer un point d'intérêt. Moovit a conçu un outil visuel d'édition des données utilisable par tous. "On peut ajouter des informations de manière extrêmement simple", résume Yovav Maydad. Certaines villes et opérateurs utilisent désormais la plate-forme web interne de Moovit pour entrer leurs propres informations sur leurs réseaux. "On est passé d'un outil officiel à une appli quasi-officielle utilisée par des géants du transport", sourit l'Israélien.

 

 

 


Les techniciens de la start-up réfléchissent à de nouveaux moyens de simplifier la mise à jour d'informations. L'une des voies explorées est la réalité augmentée. "On pourrait pointer l'appareil photo de son smartphone vers un arrêt à ajouter et les infos seraient automatiquement géolocalisées ajoutées de façon encore plus visuelle", imagine le vice-président.

 

Une communauté à la Wikipedia

Pour encourager les contributeurs à enrichir la carte des transports de leur ville, Moovit a mis en place des outils d'animation de communauté et de modération très semblables à ceux de Wikipedia. Plus il contribue, plus un membre gagne des points et reçoit des récompenses virtuelles. Ce principe de gamification permet d'atteindre différents rangs, et des droits d'administration associés. Sur les 75 000 éditeurs Moovit partout dans le monde, seulement une centaine ont atteint le grade ultime d'Ambassadeurs.

 

Cette communauté est au cœur des préoccupations de la start-up… même quand il s'agit de lancer une nouvelle version de son application. Des utilisateurs peuvent alors devenir beta-testeurs sans le savoir. "Nous avons déployé sur une fraction de notre communauté – une centaine de milliers tout de même – trois nouveaux designs très différents de l'application. On a mesuré le niveau d'engagement pour chaque version. On a choisi la meilleure en fonction de leurs performances et des retours des utilisateurs", raconte le chef de produit. C'est ainsi que la version 5 de l'appli reposant sur trois portes d'entrée – Itinéraires, Stations, Lignes – a été lancée mondialement cette automne simultanément dans les 1 200 villes où est présente l'application.

 

Des pistes pour monétiser le service

Moovit cherche désormais à monétiser son audience – mais sans heurter sa communauté d'utilisateurs. "On évalue différentes approches en gardant à l'esprit que l'expérience client reste notre priorité", déclare Yovav Meydad. De simple agrégateur, Moovit voudrait devenir un fournisseur de services de mobilité multimodale. Elle expérimente une appli de covoiturage en Israël et à Rome, en Italie. La start-up envisage aussi de déployer des offres commerciales localisées (livrer un repas quand l'utilisateur rentre chez lui), se positionne sur le mobile ticketing et signe des partenariats locaux avec des sociétés de taxis et VTC comme Uber.

 

Moovit ne voit pas l'avènement de la mobilité autonome comme une fin, mais comme un nouveau départ. "Il sera toujours question d'aller d'un point A à un point B, et nous voulons le point de départ de tout trajet", tranche le vice-président. Nokia, Keolis, BMW et le patron de LVMH, Bernard Arnault, y croient. Ils ont participé à la dernière levée de fonds de Moovit, d'un montant de 50 millions de dollars. De quoi patienter avant d'envisager un rachat par un géant du numérique, comme son compatriote Waze achetée par Google ? Peut-être.

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