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Ne vendons pas trop tôt la peau de "l’enterprise TV"

Netflix et les autres géants de la vidéo à la demande ont beau conquérir de nombreux abonnés "l'enterprise TV" (télévision proposée traditionnellement dans les structures hôtelières, corporate et hospitalières), a encore de beaux jours devant elle, selon Damien Lucas, co-fondateur et directeur technique d’Anevia, un spécialiste français de l'optimisation des flux vidéo.
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Ne vendons pas trop tôt la peau de l’enterprise TV
Ne vendons pas trop tôt la peau de "l’enterprise TV" © DR

Il suffit de se pencher quelques décennies en arrière pour s’amuser des parallèles qui peuvent être faits entre la téléphonie sur IP (qui utilise les protocoles de télécommunications développés pour Internet) et la télévision dans les structures hôtelières, corporate et hospitalières - autrement appelée "enterprise TV": le jour où l’on a su reproduire l’expérience téléphonique d’un utilisateur dans son bureau ou dans sa chambre, on a tout naturellement voulu faire de même avec son expérience TV.

Et puis la téléphonie fixe a rendu l’âme, sacrifiée sur l’autel de la toute-puissante mobilité. De là à dire qu’avec Netflix et l’OTT (un mode de distribution de contenus vidéo via Internet qui permet de regarder ses programmes sur n’importe quel appareil connecté), "l'enterprise TV" est elle aussi à remiser aux archives de l’humanité, il n’y a qu’un pas. Voici pourquoi je ne le franchirai pas.

C’est un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : celui où les meilleurs clients des chaînes hôtelières, souvent des grands de ce monde et des hommes d’affaires, se voyaient attribuer leur propre ligne téléphonique qui les suivait de pays en pays et de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel, au gré de leurs épopées diplomatiques et commerciales.

La scène paraît tellement jaunie et poussiéreuse qu’on en oublierait presque l’exploit que cela représentait pour les technologies de l’époque et les revenus que ce genre de luxe a pu générer à l'époque : suffisants pour donner envie aux fournisseurs de téléphonie sur IP de s’intéresser, en plus des opérateurs, aux hôtels, paquebots, avions, établissements de santé et autres structures dites "d’entreprise". Un éventail de services savamment facturés a été développé.

Les défis de "l'enterprise TV"

Et même si, au cœur des années 90, quelque oracle avait pu prédire en une phrase l’avenir de la téléphonie et du multimédia d’entreprise, personne n’aurait alors été capable d’en comprendre le vocabulaire : "un jour viendra, monsieur le directeur, où le client débarquera avec son propre smartphone, pressé de squatter l’infrastructure réseau de l’hôtel pour regarder ses programmes en Over-The-Top. Et ce jour-là, vous ne serez pas d’humeur LOL, croyez-moi."

Monsieur le directeur n’a rien compris car il est des prophéties que l’on ne peut comprendre que le jour J. Et justement, nous y voici : la dernière heure de la téléphonie fixe a bel et bien sonné et d’aucuns marmonnent déjà dans leur barbe que "l'enterprise TV" est la prochaine sur la liste. Or rien n’est moins sûr, ne serait-ce que pour des questions de débit et de réseaux saturés. En effet, si tous les passagers d’un paquebot se jetaient sur Netflix via leur tablette juste après le dîner, les réseaux seraient bien incapables, aujourd’hui, d’assurer un tel débit.

Ils ont donc tendance à déployer des infrastructures qui permettent une forme de caching (procédé par lequel on stocke des données sur un serveur plus proche de l’utilisateur pour alléger le réseau), pour ne pas se transformer en hypermarchés gratuits du multimédia.

De "l’enterprise TV" au cloud TV

Certes, entre les quelques chaînes qui me sont proposées sur l’écran plat de ma chambre d’hôtel et l’horizon infini que m'offre ma tablette (avec Netflix et mon Canalplay bien aimé, par exemple), difficile d'hésiter. Mais l’hôtel ne peut pas encore diffuser 100% du contenu ainsi. Les contenus linéaires et quasi-linéaires (visionnage simultané de programmes sur la base d'une grille de programmes imposée) ont encore de beaux jours devant eux dans la mesure où un réseau qui s’écroule n’a jamais arrangé personne et qu’il convient de garantir une expérience TV homogène, avec une qualité d’image satisfaisante, pour tous les clients de l’hôtel.

Quand on sait que 80 % des clients d’un hôtel regardent environ 20% des chaines proposées, la solution qui se profile à l’horizon relève de l’hydre à deux têtes : l’une diffuserait en local les chaînes les plus populaires et l’autre, plus élastique, serait reliée au cloud pour compléter le catalogue de chaînes et de contenus – le tout sans infrastructure supplémentaire.

Prenons l’exemple d’un hôtel accueillant des clients russes venus encourager leurs joueuses à Roland Garros. Pour les clients qui n’arpentent pas l’allée Suzanne Lenglen à longueur de journée, l’hôtel propose pendant la quinzaine des bouquets thématiques de chaînes russes qui retransmettent en intégralité tous les matchs de leurs sportives préférées. Même chose pour les Jeux Olympiques ou la Coupe du monde : plus qu’un luxe, l’élasticité de l’offre TV fait ici figure de véritable avantage concurrentiel pour les structures hôtelières et touristiques du monde entier. Bref…ne vendons pas la peau de "l’enterprise TV" avant d’en découvrir tous les visages.

Damien Lucas, co-fondateur et directeur technique d’Anevia

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