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No-code, low-code... Quels avantages et quels inconvénients pour ces solutions de développement simplifié

Démocratiser l’accès à la création d’applications, réduire le temps de développement et de mise en ligne des sites web, tout en diminuant drastiquement les coûts. Telles sont les alléchantes promesses des plateformes no-code et low-code. Les résultats sont-ils à la hauteur des attentes ? Réponse avec deux start-up et deux directeurs d’agences.
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No-code, low-code... Quels avantages et quels inconvénients pour ces solutions de développement simplifié
No-code, low-code... Quels avantages et quels inconvénients pour ces solutions de développement simplifié

Les annonces et levées de fonds pleuvent depuis des mois. La montée en puissance du "no-code" (capacité de créer une application sans avoir besoin de taper une ligne de code) et du "low-code" (entre 20% et 30% de code à écrire soi-même) est soutenue par des investisseurs très actifs mais aussi par des acteurs historiques (Oracle, Microsoft...) ayant compris que cette nouvelle façon de développer des applications allait dans le sens de l’histoire. Le cabinet Gartner estime d’ailleurs que, d’ici 2024, 65% des applications seront développées en low-code.

En septembre dernier, un des acteurs emblématiques du secteur, la licorne Airtable, a levé 185 millions de dollars (série D), ce qui porte sa valorisation à 2,5 milliards de dollars. Le service fourni par Airtable est un mélange de tableur en ligne, de base de données et de gestionnaire de projets. La force d’Airtable, outre le fait d’être accessible en mode SaaS, réside dans la richesse de son écosystème. Il est en effet possible de connecter Airtable (grâce à Zapier) à des milliers d’applications tierces comme Mailchimp (envois d’emailing), Pipedrive (CRM) ou encore Typeform (formulaires et enquêtes).

Une autre start-up en vue, Unqork, a levé 207 millions de dollars (série C) en octobre dernier. Sa valorisation est aujourd’hui estimée à 2 milliards de dollars. La jeune pousse propose aux grands comptes une plateforme leur permettant de créer, déployer et gérer des applications complexes sans écrire une seule ligne de code. On peut ajouter à la liste des levées de fonds récentes les 140 millions de dollars de Webflow (CMS) et les 6 millions de dollars de Bubble (création d’applications no-code).

Les plateformes no-code comme solution à l’engorgement des DSI
"Dans les entreprises, surtout chez les grands comptes, les équipes métiers ont dans leurs cartons de très nombreux projets de développement d’applications. Malheureusement, faute de temps et de moyens, les départements techniques ne sont pas en mesure, la plupart du temps, de les prendre en charge. Les fonctions support, particulièrement touchées par cette pénurie de ressources IT, en arrivent à se censurer sur leurs besoins logiciels", déclare Francis Lelong, fondateur de l’agence Alegria.tech.

"A ce jour, il n’y a aucune raison qu’un outil no-code ne puisse pas délivrer le même service qu’un outil traditionnel. Nous rencontrons rarement de limites dans les fonctionnalités, en particulier avec la plateforme Unqork, dont 80% des clients sont dans le secteur banque / finance. Dans ce domaine, les projets concernent des calculs complexes, de la réglementation 'KYC' – Know Your Customer – du scoring de crédit ou des applications d’onboarding. On ne peut pas dire que ce soient des applications simples !", ajoute le dirigeant.

"Une des rares limites que je vois néanmoins aux outils no-code actuels concerne les applications natives mobiles, notamment les applications iOS. Les solutions no-code sont encore loin d’être au niveau des outils traditionnels. Elles ne permettent pas pour le moment d’aller dans des niveaux d’abstraction très élevés", note Francis Lelong.

Patrimonnaie.com : une V2 en no-code sept fois moins chère que la V1
Maxime Di Mascio, fondateur de la start-up Patrimonnaie.com, plateforme de mise en relation entre professionnels de la gestion de patrimoine et particuliers, a fait appel aux services de l’agence Alegria.tech pour créer la deuxième version de son site.

"Le site Patrimonnaie.com était au départ entièrement développé sur-mesure, ce qui était pour moi très limitant en termes d’autonomie et de flexibilité. J’ai alors décidé de prendre un virage à 180° et de partir sur une solution no-code qui m’offrirait plus de souplesse. Nous utilisons Webflow comme CMS, Memberstack pour la gestion des comptes et Airtable pour la gestion technique du site. Tous ces outils sont liés entre eux grâce à Integromat", déclare Maxime Di Mascio.

Selon le fondateur de Patrimonnaie, cette deuxième version lui a coûté sept fois moins cher que la première et son temps de conception a été divisé par trois (deux mois et demi contre neuf mois pour la première mouture). Le startupper souligne cependant qu’il n’aurait jamais pu mener ce type de projet seul. "Le no-code n’est pas synonyme de facilité de réalisation. Dans ce type de projet, le gros du travail doit être fait par des gens qui maîtrisent les outils. Seul, je n’aurais pas pu le faire. Je n’ai ni les capacités techniques, ni le temps nécessaire. La vraie valeur ajoutée est dans 'l’après'. Une fois que le site est lancé, je suis complètement autonome. Je peux ajouter des fonctionnalités, gérer mon CRM, personnaliser certains modules... Ce que je ne pourrais pas faire avec une solution développée sur-mesure", note Maxime Di Mascio.

La version no-code du site Patrimonnaie.com est-elle vouée à durer ? "Demain, si le site enregistre 200 000 connexions par jour, j’aurai besoin d’une capacité serveur et réseau que les outils no-code ne pourront plus m’offrir. Et des outils comme Airtable sont limités en nombre d’enregistrements : 50 000 lignes par base dans le forfait ‘pro’. Je serai alors dans l’obligation d’embaucher une vingtaine de développeurs et de faire du sur-mesure. Mais on en est encore loin. De nombreuses start-up font leur premier tour de table avec un site no-code. Et les plateformes no-code progressent tellement vite que, d’ici deux ou trois ans, il sera temps de revoir ma position", analyse Maxime Di Mascio.

Le low-code, prolongement logique du no-code ?
Les plateformes no-code permettent-elles de répondre à tous les besoins ? Pierre Launay, cofondateur de l’agence Cube, relativise. "L’idéal est d’aller le plus loin possible dans le no-code pour ensuite basculer vers du low-code. Le low-code permet en effet d’enrichir les fonctionnalités standards proposées par les plateformes. Car, à un moment donné, on touche forcément aux limites des outils", déclare le dirigeant.

C‘est ce qu’a expérimenté Margaux Scalisi, fondatrice de la startup vefa-on-line.com, place de marché mettant en relation des promoteurs immobiliers avec des acheteurs institutionnels (bailleurs sociaux). Son site a été conçu par l’agence Cube en seulement deux mois, entre les mois de mai et juin 2020, pour un budget cinq fois inférieur à ce qu’elle aurait dépensé auprès d’une agence traditionnelle.

"Le site vefa-on-line.com est une place de marché BtoB. Mon cahier des charges comportait un certain nombre de spécificités, il me fallait donc un produit sur-mesure. C’est la raison pour laquelle je ne me suis pas tournée vers des fournisseurs de solutions de place de marché traditionnelles, plutôt calibrées e-commerce, ni vers des plateformes no-code. Avec le low-code, on est capable d’itérer très vite. Au bout d’un mois, nous avons fait un arrêt, des bêta-testeurs sont rentrés en jeu et nous avons pu faire évoluer le site rapidement", détaille Margaux Scalisi.

"Six mois après ce MVP [Minimum Viable product, ndlr], qui nous a permis de montrer que le projet était viable, nous avons réalisé une mise à jour sur le design et nous sommes rentrés dans un rythme de croisière. Le low-code permet de créer des fonctionnalités et des plugin supplémentaires, d’aller au-delà des fonctionnalités génériques proposées par les plateformes. En 2021, nous allons sortir de nouvelles fonctionnalités, et ce sera toujours en low-code", déclare la startuppeuse.

La société Cenareo, spécialisée dans les solutions d'affichage dynamique, a elle aussi adopté une approche low-code. Au quotidien, pour gérer son blog, ses formulaires de contact, ses campagnes d’emailing et de nombreux autres workflows, elle utilise la plateforme d’inbound marketing Hubspot. Cette dernière se caractérise, comme de nombreux outils de marketing digital, par des fonctionnalités activables par un simple glisser-déposer. Cenareo fait néanmoins appel, de temps en temps, à un développeur web pour procéder à de menus ajustements, notamment sur la partie back-end de son site.

PME et grands comptes : qui sont les donneurs d’ordres ?
Les exemples précédents montrent que les jeunes pousses sont fortement consommatrices de plateformes no-code / low-code leur permettant de mettre sur le marché en quelques mois leur MVP ou la première version de leur site. Mais qu’en est-il des projets menés par les PME et les grands comptes ? Qui sont les donneurs d’ordre ? Qui sont les interlocuteurs opérationnels des plateformes ou des agences ?

"Au sein des PME, notre interlocuteur est souvent le patron qui n’a pas les moyens de se payer un directeur technique mais qui a compris que le digital était désormais partout. Certaines de ces PME, leaders sur leur marché régional, se retrouvent parfois en face de start-up ayant levé des fonds, comme We Maintain (7 millions d'euros en 2019) ou Murfy (10 millions d’euros dont 8 millions en octobre dernier), qui n’ont pas forcément besoin d’être rentables tout de suite et qui disposent d’une grosse capacité d’innovation. Ces PME se demandent ce qu’elles peuvent faire pour ne pas se faire disrupter. Il leur faut donc accélérer leur transformation digitale", détaille Francis Lelong (Alegria.tech).

"Au sein des grands comptes, les donneurs d’ordres sont le plus souvent les directeurs techniques, les CDO, les directeurs marketing ou les patrons de lignes business. Une fois la décision prise, nos interlocuteurs au quotidien sont les équipes métiers : DAF, logistique, BI, commerce... Nous travaillons avec eux en mode Agile, par sprints. Nous leur livrons des micro-services qu’il testent immédiatement. Les outils que nous utilisons nous permettent d’aller plus vite pour dessiner des écrans, construire des workflows ou mettre en place des algorithmes", déclare Francis Lelong.

Ne s’improvise pas "citizen developer" qui veut
Comme on vient de le voir à travers les témoignages précédents, les outils no-code / low-code apportent une souplesse et une rapidité d’exécution très appréciées ainsi que des coûts réduits. Mais ne s’improvise pas "citizen developer" qui veut. Un minimum de bagage technique, une solide culture des bases de données et une réelle appétence pour l’UX et l’UI sont nécessaires pour mener à bien la majorité des projets.

En outre, les plateformes du marché ne sont pas aussi faciles à prendre en mains qu’on ne le pense. "Prenez Bubble, un outil low-code que nous utilisons beaucoup à l’agence. La courbe d’apprentissage pour le maîtriser est certes beaucoup plus courte qu’un développement traditionnel mais il faut quand même passer quatre ou cinq mois sur la plateforme avant de développer correctement des applications", note Pierre Launay (agence Cube).

Enfin, lors du choix d’une plateforme no-code ou low-code, la qualité du code produit devra être étudiée avec soin. Car il y a toujours du code, c'est juste qu'on ne l'écrit pas soi-même. "Nous estimons que si les outils no-code permettent une meilleure accessibilité et appropriation de la technologie par les porteurs de projet afin de garder le contrôle sur leur produit, il n'en demeure pas moins que même avec le no-code, il y a de plus ou moins bonnes manières de 'no-coder'. En effet, la performance d'une application dépend intiment de la manière dont elle a été développée, que cela soit fait avec ou sans code, justifiant la présence d'un partenaire technique", conclut Pierre Launay.

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