Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

"Nos clients veulent qu’on les accompagne dans leur transformation numérique", affirme le N°2 de Salesforce

Entretien Parker Harris est le numéro deux de Salesforce. Dans l’ombre de l’imposant Marc Benioff, cet homme atypique, diplômé en littérature anglaise et qui a aussi étudié en France, est la tête pensante de la stratégie technologique de l’éditeur. Même si son seul titre officiel aujourd’hui, est celui de cofondateur ! À l’occasion de la grande conférence Dreamforce 2015 à San Francisco, il a confié à l’Usine Digitale sa vision d’un Salesforce de plus en plus proche des utilisateurs finals, en quête de mathématiciens, inspiré par ses voisins de la Silicon Valley et poussé à accompagner ses clients dans leur transformation digitale... bien loin du vendeur de CRM.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Nos clients veulent qu’on les accompagne dans leur transformation numérique, affirme le N°2 de Salesforce
"Nos clients veulent qu’on les accompagne dans leur transformation numérique", affirme le N°2 de Salesforce

L'Usine digitale : Vous venez d’annoncer Salesforce IQ pour les PME et vous introduisez de plus en plus les "analytics" dans vos offres. Quelle place des technologies comme le machine learning prennent-elles désormais dans votre développement ?

Parker Harris : Salesforce IQ n’est qu’un début. Si on prend Salesforce Wave, cela permettra sur mobile d’accéder à des "analytics" appliqués à d’imposants ensembles de données provenant de multiples sources. Sur IOT Cloud, notre nouveau cloud des objets, l’étude des milliers d’événements échangés par les objets sera aussi le moyen de découvrir de nouveaux modèles et des idées de nouveaux services.

 

Le rôle de plus en plus central de ces technologies change-t-il aussi votre organisation et la façon de travailler de Salesforce ?

Salesforce est né (en 1999, ndlr) dans le cloud. C’était déjà une innovation de rupture. Mais si nous n’en étions restés qu’au seul cloud, qui sait où nous serions aujourd’hui. Il y a eu le mobile, qui a été une révolution, et on a fait Salesforce One. Et déjà, pour cela, j’ai dû retourner toute l’organisation. Puis il y a eu les réseaux sociaux, et nous avons fait Chatter.

 

Les "data sciences", c’est la prochaine rupture. De nouveau, nous interrogeons notre organisation pour savoir comment attaquer cette rupture de la bonne manière. Car il y a quelques défis intéressants, par exemple, trouver comment appliquer la data science aux données de nos clients de façon anonyme et sans les corrompre. Sur ce sujet, nous collaborons de près avec nos clients par itérations successives. Relate IQ, la start-up que nous avons rachetée et qui est devenue Salesforce IQ, nous inspire beaucoup.

 

"Poussez à vos enfants à faire des statistiques... Mais dites-leur que c’est de la data science !" 

 

Recrutez-vous de nouveaux profils dans cet objectif ?

Bien sûr. Il faut que l’on embauche des mathématiciens de très haut niveau désormais ! Même moi, je ne comprends pas ce qu’ils font. Mais je dis toujours aux gens qui ont des enfants : faites leur faire des statistiques, mais dites-leur que c’est de la data science ! Chez Salesforce, nous avons des ingénieurs pour le logiciel, la qualité, la performance, des spécialistes de l’expérience utilisateurs…

 

Mais les data scientists sont des profils complètement différents. Ils ne codent pas. Ils font des maths. Ils conçoivent des algorithmes mathématiques. On ne peut pas recruter un développeur et en faire un datascientist. Qui sont-ils, où travaillent-ils, qui doit travailler avec eux ? On regarde toutes ces questions. Il y a de très belles entreprises grand public ici, comme Amazon, Google, Linkedin qui font des data sciences. Nous embauchons des gens qui viennent de chez eux pour qu’ils appliquent leurs connaissances à l’entreprise.

 

Mais n’est-il pas difficile d’attirer chez Salesforce quelqu’un qui travaille chez Google, par exemple ?

C’est un paysage très concurrentiel, bien sûr. Mais nous avons beaucoup à offrir. Nous attirons d’ailleurs beaucoup de gens : nous sommes désormais 17 500 personnes au total, et cela continue de croître (Salesforce est le plus gros employeur de San Francisco, ndlr). Mais alors que je n’en cherchais pas forcément là, j’ai aussi trouvé une superbe équipe à Grenoble, en France !

 

Avec les annonces de ce Dreamforce 2015, Salesforce IQ ou la nouvelle interface Lightning vous avez totalement redéveloppé, cherchez-vous de plus en plus à vous rapprocher l’utilisateur final de votre offre ?

Depuis nos débuts, nous travaillons sur notre interface utilisateur. Mais, de plus en plus, nous instrumentons cette interface pour récupérer des mesures d’analyse sur chacune des fonctions. Nous savons combien d’utilisateurs utilisent chaque mois notre nouveau tableau de suivi des ventes, combien le font quotidiennement, combien arrêtent de l’employer et pourquoi, etc. Quand vous cliquez sur un livre qu’Amazon vous a proposé, Amazon le sait. Quand vous ne cliquez pas sur un résultat dans Google, Google le sait. Je crois que les entreprises B2B doivent procéder de la même manière aujourd’hui. On a toujours travaillé pour l’utilisateur final, mais désormais Google, Facebook, Amazon, Linkedin nous influencent aussi. C’est là qu’est l’innovation !

 

Quand on regarde comment faire évoluer un produit par exemple, on ne pense pas spécifications. On fait un prototype qu’on met entre les mains de commerciaux de nos clients. Et on observe. On ne fait pas d’argent avec une nouvelle version de produit. On vend un service et on gagne de l’argent chaque mois. Si vous l’utilisez, nous gagnons de l’argent. Sinon, non. Il faut donc bâtir de super services, orientés vers l’utilisateur final, et que les gens l’utilisent ! C’est bon pour le client et pour le chiffre d’affaires. Et c’est aussi pour cela que Microsoft se tourne vers l’abonnement. Et même Apple pour l’iPhone 6.

 

Ces dernières semaines, vous avez acheté Akma et Kerensen, deux entreprises de consulting dans le mobile et surtout la transformation digitale. Cela signifie-t-il que vous allez développer une nouvelle activité de ce type ?

C’est un tournant très important pour nous. Il se trouve que nos clients viennent nous voir en nous demandant de les aider dans leur transformation digitale. Ils ne cherchent pas du consulting classique, mais un accompagnement de bien plus haut niveau que le développement de code. Longtemps, nous nous sommes demandé si c’était vraiment notre rôle. Ils veulent comprendre le cloud, mais aussi le social, le mobile, les data sciences, le phénomène Uber et son impact sur eux. Le patron de Uber est présent à Dreamforce pour parler de cela. Nous ne sommes pas des experts de tous les métiers. Mais nous pouvons les écouter, écouter et vivre à côté de leurs employés comme nous l’avons fait pour faire évoluer nos produits, et les aider à "connecter les points", à comprendre.

 

Nous avons un programme appelé Ignite, depuis deux ans déjà, pour ces clients qui viennent nous voir. Le problème, c’est que, depuis, tous nos clients veulent un Ignite ! Dans le cadre ce programme, nous allons sur le terrain avec les utilisateurs finals. Nous sommes par exemple allés sur la route, dans les camions, avec les installateurs d’antennes de l’opérateur de télévision satellite DirectTV.

 

Alors, êtes-vous en train de sortir du CRM ?

On peut déjà s’interroger sur ce qu’est le CRM en 2015 par rapport à ce qu’il était en 1999. On a cette technologie et c’est très important. Mais en fait, elle sert de levier à la transformation des entreprises. Nous voulons le succès de nos clients, mais cela passe par des chemins différents pour chacun d’entre eux. Et c’est pour cela que l’on vit à côté d’eux pour comprendre leurs problèmes. Pour les accompagner dans leur transformation.

Propos recueillis par Emmanuelle Delsol, à San Francisco

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale