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"Nous sommes à l'aube de la révolution du digital manufacturing", prédit Shane Wall, CTO de HP

Entretien Rester innovant et pertinent est un défi pour toute entreprise technologique. Encore plus quand elle a 80 ans, comme HP. Shane Wall, CTO de HP et directeur des HP Labs, revient pour L'Usine Digitale sur les axes stratégiques d'innovation de la vénérable entreprise : impression 3D à l'échelle industrielle et évolution de l'informatique vers la réalité virtuelle et augmentée.
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Nous sommes à l'aube de la révolution du digital manufacturing, prédit Shane Wall, CTO de HP
"Nous sommes à l'aube de la révolution du digital manufacturing", prédit Shane Wall, CTO de HP © HP

HP fête ses 80 ans cette année. Ce pionnier de l'informatique a été fondé à Palo Alto en 1939, soit presque 10 ans avant l'invention du transistor. Sa création est considérée comme l'un des éléments fondateurs de la Silicon Valley.

 

Etant donné la vitesse à laquelle évolue la technologie aujourd'hui, un géant peut devenir insignifiant en à peine une décennie (comme par exemple Nokia dans la téléphonie). Pour rester pertinent après 80 ans, HP investit donc massivement dans l'innovation. Pour en savoir plus, L'Usine Digitale s'est entretenue avec Shane Wall, Chief Technology Officer (CTO) de HP et directeur des HP Labs, la division de l'entreprise en charge de l'innovation.

 

L'entretien a eu lieu à l'occasion du HP Innovation Summit, qui s'est tenu à Barcelone le 16 avril. HP y possède son plus grand centre d'innovation hors des Etats-Unis. Il réunit plusieurs milliers d'employés et 700 ingénieurs R&D. Il est notamment le siège de la recherche pour l'impression 3D et l'impression industrielle grand format.

 

L'Impression 3D, fer de lance du renouveau de HP

L'impression 3D est au cœur des ambitions de HP. L'entreprise s'est lancée dans le secteur il y a deux ans avec la technologie Multi-Jet Fusion. Elle s'apprête à sortir cette année une variante capable d'imprimer des métaux. Une arrivée tardive mais mûrement réfléchie sur un marché qui n'avait paradoxalement plus trop le vent en poupe.

 

"Comme toute technologie, l'impression 3D suit des cycles, explique Shane Wall. Il y a un hype, puis une désillusion, et ensuite une lente adoption. La dernière incarnation de l'impression 3D, avec l'idée que tout le monde aurait un appareil chez lui, n'était pas réaliste d'un point de vue qualité/prix. Chez HP, nous nous sommes concentrés sur la production industrielle. Notre technologie remplace aujourd'hui la fabrication traditionnelle pour certaines pièces. C'est un tout autre business model." Et ça marche. A tel point que HP se sert aujourd'hui de l'impression 3D... pour imprimer des composants de ses propres imprimantes 3D.

 

Mais ce n'est qu'un début. "La prochaine étape pour nous sera de passer à des magasins qui proposeront aux gens d'imprimer ce dont ils ont besoin. De cette manière le niveau de qualité restera élevé et les coûts resteront raisonnables. Vous vous demandez peut-être pourquoi je pense que cela va se produire de cette manière ? Eh bien car ça s'est passé de cette manière pour l'impression papier classique. La 3D suivra la même voie."

 

A l'aube du digital manufacturing

À long terme, Shane Wall parie sur l'essor du "digital manufacturing". Plutôt que le modèle de fabrication délocalisé qui prévaut aujourd'hui, avec une conception en Occident, une fabrication en Asie et un rapatriement des biens par bateau, tout sera produit sur place et à la demande. "La fabrication industrielle représente un tiers de l'énergie consommée dans le monde. Le digital manufacturing permettra d'en économiser 25%," s'enthousiasme le CTO.

 

Il reste encore du chemin à parcourir avant d'en arriver là. C'est autant de perspectives de croissance pour HP. "La fabrication est une industrie qui pèse 12 000 milliards de dollars. L'impression 3D aujourd'hui ne représente que 25 milliards de dollars, mais c'est parce qu'elle est surtout utilisée pour le prototypage. Notre technologie Multi-Jet Fusion change ce paradigme petit à petit. Et de nouveaux usages deviennent possibles, comme la production à grande échelle de prothèses médicales uniques car adaptées à chacun. C'est par exemple le cas des appareils dentaires transparents Invisalign, qui sont imprimés par nos machines."

 

La numérisation 3D au service de la personnalisation des produits

Un aspect voisin de l'impression 3D est la numérisation 3D des objets et du monde qui nous entoure. HP s'est lancé sur ce marché assez tôt avec le Sprout, un ordinateur de bureau équipé d'un scanner 3D. Si l'entreprise n'envisage pas de sortir de scanner mobile dans l'immédiat, elle vient de lancer Fit Station, un scanner de pied destiné aux magasins de chaussures. Il est fait pour être couplé avec une imprimante Multi-Jet Fusion, qui peut imprimer en 3D tout en intégrant des capteurs électroniques dans la semelle. "Notre technologie est 100 fois plus rapide, 50 fois moins chère et de meilleure qualité que ce qui ce existe aujourd'hui," assène Shane Wall. "L'impression ne prend que quelques minutes."

 

L'AR/VR, prochaine évolution de l'informatique

La dernière facette de cette révolution 3D est la visualisation et la conception, incarnée par la réalité virtuelle et augmentée. HP investit aussi dans ce domaine, notamment avec son nouveau casque VR, le HP Reverb. Shane Wall y voit le futur de l'informatique, même si la technologie est encore émergente. "Je pense que nous en sommes à l'équivalent de DOS 3.0 [un système d'exploitation publié en 1984, ndr]. C'est primitif et mal dégrossi, mais de la même manière que DOS 3.0 a bâti une industrie, la même chose est en train de se reproduire avec la réalité virtuelle et augmentée."

 

Comme pour l'impression 3D, HP se concentre ici sur le marché professionnel plutôt que grand public : formation professionnelle, architecture, éducation, etc. "De nouvelles choses seront présentées autour de la perception au cours de l'année," ajoute mystérieusement Shane Wall, sans en dire plus.

 

"La limitation de l'AR/VR à l'heure actuelle est que les casques peuvent encore paraître disgracieux, reprend le dirigeant. Mais il ne faudra plus très longtemps avant que les gens se rendent compte que la technologie peut être miniaturisée pour tenir dans de simples lunettes, voire dans des lentilles de contact. La technologie pour projeter des images sur la rétine depuis une lentille de contact existe déjà. Elle n'est pas encore prête à la commercialisation, mais ce n'est pas non plus très loin. Ca n'arrive pas dans trente ans, mais dans trois ans. Le futur est bien plus proche qu'on ne le croit."

 

L'humain doit rester au cœur des systèmes

Pour autant, le CTO ne souscrit pas à la vision d'un "lieu de travail virtuel", comme le met en avant Facebook. "Je pense que les gens veulent côtoyer des gens. C'est une question de relation et d'interaction. La technologie ne peut pas remplacer ça. Je pense qu'il sera possible d'augmenter des réunions à l'aide de capteurs par exemple, ou de donner plus de connaissances aux gens de façon transparente pour fluidifier les interactions professionnelles, mais l'humain doit rester au centre de tout cela. Le succès de toute technologie se définit par le fait qu'elle devient invisible."

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