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Nvidia se préparerait à abandonner l'acquisition d'Arm

Vu ailleurs Nvidia semble se résigner. L'entreprise américaine se prépare à abandonner l'acquisition d'Arm en raison de la méfiance des autorités de la concurrence et de la forte opposition d'autres entreprises dont Qualcomm, Intel, Microsoft et Amazon. SoftBank, l'actuel propriétaire d'Arm, réfléchit à une introduction en bourse.
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Nvidia se préparerait à abandonner l'acquisition d'Arm
Nvidia se préparerait à abandonner l'acquisition d'Arm © Nvidia

Nvidia se prépare discrètement à abandonner l'acquisition d'Arm. L'entreprise américaine, spécialisée dans la conception de processeurs graphiques (GPU), avait proposé 40 milliards de dollars à SoftBank pour s'emparer d'Arm. Mais ayant fait peu ou aucun progrès en vue d'obtenir les autorisations nécessaires auprès des autorités réglementaires, Nvidia pourrait abandonner cette acquisition, rapporte Bloomberg le 25 janvier 2022.

Nvidia a déclaré à ses partenaires ne pas s'attendre à ce que la transaction soit conclue, d'après une personne proche du dossier. SoftBank, de son côté, intensifie les préparatifs en vue de l'introduction en bourse d'Arm. Une alternative au rachat.

L'opposition des sociétés clientes d'Arm
Cette acquisition, qui serait la plus importante dans le secteur des semi-conducteurs, avait été annoncée en septembre 2020. Depuis, de nombreuses voix se sont élevées contre ce rachat. Les différentes autorités de la concurrence se sont saisies du dossier et de nombreuses entreprises ont fait part de leurs inquiétudes, dont les clients d'Arm. Qualcomm, Microsoft et Google ont directement faits part de leurs préoccupations à la Federal Trade Commission (FTC) aux Etats-Unis. Intel et Amazon se sont également joints à la procédure.

Si Nvidia assure vouloir maintenir Arm comme un fournisseur de technologie "neutre", cela ne suffit pas à rassurer les clients du Britannique. Ses micro-architectures sont notamment utilisées par tous les processeurs sur le marché des smartphones, qu'il s'agisse de ceux d'Apple, Qualcomm, Mediatek, Samsung ou Huawei. Ils sont aussi omniprésents dans les tablettes, objets connectés et autres équipements basse consommation, mais aussi dans les data centers. La crainte est que Nvidia modifie la politique d'octroiement des licences de propriété intellectuelle Arm afin d'en limiter l'utilisation par les autres.

Nvidia est le plus grand concepteurs de puces graphiques dédiées, et est de plus en plus en concurrence avec Intel dans les serveurs. L'entreprise se penche également sur de nouveaux domaines qui la mettraient en concurrence directe avec d'autres titulaires de licence Arm. Nvidia fournit par exemple des puces à Amazon et Microsoft pour le calcul lié à l'intelligence artificielle dans les data centers, mais ces sociétés conçoivent aussi leurs propres processeurs dédiés à ces tâches, faisant de Nvidia à la fois un fournisseur et un rival.

L'enquête des autorités réglementaires
Aux Etats-Unis, la FTC a intenté une action en justice pour arrêter la transaction en décembre dernier, arguant que Nvidia deviendrait trop puissant s'il prenait le contrôle de la conception des puces d'Arm. Les autorités chinoises pourraient aussi bloquer cette acquisition si Nvidia décrochait les autorisations auprès de ses homologues, et ce d'autant plus que les Etats-Unis ont adopté d'importantes restrictions commerciales rendant très compliqué l'approvisionnement en semi-conducteur de Huawei. Enfin, les autorités britanniques se penchent également sur ce dossier, tout comme la Commission européenne qui doit rendre sa décision le 25 mai.

Les dirigeants de Nvidia et Arm ne semblent pas avoir complètement baissés les bras et plaident leur dossier auprès des autorités concernées, ajoute Bloomberg. "Nous continuons de défendre les opinions exprimées en détail dans nos derniers documents réglementaires – à savoir que cette transaction offre une opportunité d'accélérer pour Arm et de stimuler la concurrence et l'innovation", a déclaré Bob Sherbin, porte-parole de Nvidia. "Nous gardons espoir que la transaction sera approuvée", a déclaré par email un porte-parole de SoftBank.

Si Nvidia parvient à réaliser cette acquisition, ce serait un énorme coup pour Jensen Huang. Le CEO de l'entreprise, qui est déjà parvenu à transformer sa société en l'une des entreprises les plus puissantes du secteur, serait alors à la tête d'un géant mondial incontournable dans les semi-conducteurs, peu importe le type d'appareil ou de calcul concerné. Mais cela semble bien incertain. Pour rappel, Qualcomm a mis fin à son rachat de NXP pour 44 milliards de dollars en 2018 après deux ans de bataille auprès des autorités réglementaires, rappelle Bloomberg.

Des autorités de la concurrences plus méfiantes
Ces difficultés ont conduit à des dissensions en interne chez Nvidia, mais également chez SoftBank. Au sein du conglomérat japonais, certains pensent qu'une introduction en bourse d'Arm le plus rapidement possible est la meilleure solution en raison de l'attrait actuel des investisseurs pour ce secteur. Une chose est sûre : SoftBank et Arm conserveront 2 milliards de dollars que Nvidia a payé à la signature de l'accord initial, un montant incluant des frais de rupture de 1,25 milliard de dollars.

L'accord en question expire le 13 septembre 2022 – deux ans après sa signature – mais sera automatiquement renouvelé si les pourparlers prennent plus de temps. Nvidia pensait au départ parvenir à clore l'acquisition en mars 2022, ce qui est aujourd'hui impossible.

A noter que l'autorité de la concurrence britannique a demandé fin novembre à Meta (anciennement Facebook) de revendre Giphy. Cette acquisition – bien moins stratégique – avait été annoncée un an et demi plutôt, en mai 2020. La récente annonce de l'acquisition d'Activision Blizzard par Microsoft pour 68,7 milliards de dollars devrait également être scrutée de très près par les autorités de la concurrence, qui semblent vouloir durcir le ton face aux acquisitions réalisées par les géants technologiques.

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