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Objets connectés : un ou deux OS peuvent-ils s'imposer ?

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Peut-on imaginer un duopole dans les systèmes d'exploitation pour objets connectés, à l'image de celui qui régit le monde des smartphones avec Apple et Android ? Certains l'imaginent et l'appellent de leurs vœux, pour que le monde des objets connectés passe un cap à travers cette standardisation. Mais la route est longue...

Dans une dizaine d'années, les objets connectés tourneront-ils sur un ou deux systèmes d'exploitation de référence, le reste des acteurs se partageant les miettes du marché ? Ce schéma, semblable à celui régissant le marché des smartphones, peut-il se reproduire ?

Dans le cas des smartphones, la famille des produits est dite unifiée : tous partagent plus ou moins les mêmes fonctionnalités. Tandis que le monde des objets connectés regroupe un grand nombre d'appareils aux caractéristiques techniques, aux fonctionnalités, aux capacités, extrêmement différentes.

Dans l'immédiat, les fabricants d'objets connectés n'ont pas grand chose à gagner à tout miser sur un seul cheval. Même si Google met un pied dans la "technologie à porter" avec Android wear, que "Windows embedded" a de grandes ambitions, et qu'Apple va probablement construire un écosystème autour de sa future montre connectée, ces géants ne représentent pour le moment qu'une petite partie du marché. Le parc d'objets connectés devrait atteindre 26 (selon le cabinet Gartner) à... 212 milliards d'appareils (d'après IDC) en 2020, dont "seulement" un peu plus d'un milliards de smartwatches selon l'institut NextMarket.

avec écran : un cas à part

"Choisir Android n'a du sens que si l'on a une interface directe avec l'utilisateur : un écran. On hérite alors de toute l'expérience accumulée sur la gestion des interfaces graphiques par le biais d'API très simples, analyse  Marc de Courville, directeur technique d'Archos. Mais pour un capteur qui ne fait qu'enregistrer la température ou l'humidité, où il n'y a pas besoin d'interface tactile, graphique, il y a des solutions beaucoup plus légères et mieux adaptées, qui vont garantir une consommation beaucoup plus faible. Je pense donc que beaucoup d'acteurs subsisteront".

Fred Potter, PDG de Netatmo, fait le même constat : "les objets comme le thermostat Netatmo n'ont pas nécessairement vocation à tourner sous Android, iOS ou Windows, car ils n'en tireraient aucun profit, et les clients non plus". Mais pour les objets avec écrans, il serait absurde de re-développer un OS de zéro alors que Google, Apple ou Microsoft ont développé des solutions très efficaces. "Il faudrait déployer beaucoup de moyens pour développer son propre OS avec le même niveau de qualité qu'Android. Même Samsung fait le choix d'adopter massivement Android plutôt que son propre OS, c'est dire", glisse Fred Potter.

L'avance d'Android, d'Apple avec iOS et, dans une certaine mesure, de Windows dans les smartphones pourrait donc être mise à profit dans le segment des objets connectés avec écrans : montres, voitures, bracelets. BlackBerry, via sa solution QNX et Samsung, avec Tizen, demeurent en embuscade.

Sans écran : tout est ouvert

Mais l'immense majorité des objets connectés actuels et à venir ne possèdent pas d'écran. Sur ce créneau surchargé, la bataille est beaucoup plus ouverte. Faute de solution adaptée, les fabricants ont jusqu'ici conçu leur propre OS sur mesure, en fonction de leurs besoins. Des OS ont également émergé comme Contiki, TinyOS ou Free RTOS (qui équipe la montre Pebble et la station météo Netatmo, par exemple). Les concepteurs de processeurs et microcontrôleurs, conscients des limites du software, tentent aussi de développer leurs propres solutions. Intel ou Texas instruments travaillent à leur propre OS ou soutiennent des OS tiers. Intel propose la solution VX Works de Wind river ou wIOS de Winzent, par exemple. On peut aussi citer l'OS open source d'origine européenne RIOT, qui peut faire tourner une large palette d'objets, l'HeartbeatOs de Paqet Systems, conçu pour fonctionner de concert avec des microprocesseurs ARM, ou encore l'OS français pour systèmes embarqués Lepton conçu par o10ée (prononcez "odyssée").

Google, via Android, et Microsoft, avec Windows embedded, ne vont pas rester absents de cet énorme marché très longtemps. La version 2013 de Windows embedded compact a été conçue pour répondre aux problématiques de l'internet des objets, alors que jusqu'ici Microsoft visait plutôt l'informatique embarquée. Android wear n'a pas vocation non plus à se cantonner aux montres connectées.

nécessaire ou néfaste ?

Ce n'est probablement qu'une question de temps avant que les géants des smartphones ne mettent leur grappin sur le marché. Et ce ne serait pas forcément une mauvaise chose, considèrent certains acteurs de la filière. "Un OS générique aurait du sens pour réduire délais et coûts de développement, juge Frédéric Salles, président de Matooma, société française spécialisée dans la connectivité M2M par cartes Sim. Actuellement, les industriels sont obligés de créer de toutes pièces leur propre OS ou d'en adapter un, ce qui allonge les délais de commercialisation des produits. Ils sont obligés de tout développer sur-mesure, de partir à chaque fois de zéro, ou presque."

Avec un OS unique, il suffirait de coder une seule fois pour porter une application sur une multitude d'objets. "Les développeurs pourront se concentrer sur ce qu'ils savent faire de mieux – coder des applications – et laisser le soin à quelqu'un d'autre de bâtir le socle qui va interfacer avec le hardware", estime Emmanuel Baccelli, chercheur à l'Inria.

"Cela nous permettra d'innover sur d'autres domaines à plus forte valeur ajoutée au lieu de se battre à chaque fois pour refaire une brique essentielle", acquiesce le CTO d'Archos. "Ça peut libérer la créativité des développeurs, comme on l'a vu sur le marché des smartphones", ajoute Alban Clochet, co-fondateur de l'agence Labcity, spécialisée dans les objets connectés.

L'offensive d'Apple, avec un possible bracelet connecté, pourrait aussi induire une autre forme de standardisation, et déplacer la bataille du terrain du hardware à celui du software. C'est d'ailleurs le mouvement opéré par Nike, qui ne fabriquera plus ses propres bracelets et créera des applications pour les produits Apple. Si cette tendance se confirme, et que des écosystèmes se forment autour d'objets ou d'OS dominants, la filière française des objets connectés, davantage centrée sur le hardware que sur le software, pourrait souffrir. Mais les spécialistes insistent sur un point : à ce stade, difficile de savoir quel scénario l'emportera.

Sylvain Arnulf

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