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Orange, acteur de la Silicon Valley

Reportage À l’heure de sa transformation numérique, l’opérateur historique s’épanouit tout particulièrement dans l’eldorado du digital : la Californie.

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Orange, acteur de la Silicon Valley
Pascale Diaine, la responsable de l’accélérateur de start-up Orange Fab, à San Francisco. © Emmanuelle Delsol

Alors qu’il les a longtemps fustigés pour profiter des ­réseaux télécoms sans contribuer à leur développement, Stéphane ­Richard, le PDG d’Orange, est de plus en plus enclin à faire savoir qu’il travaille avec les géants californiens du numérique. Avec Google pour le déploiement de la fibre en RDC. Avec Facebook sur les satellites et les ailes solaires Titan. Et avec SpaceX, également sur les satellites. Orange veut jouer un rôle dans le numérique, et cela passe par la Californie.

 

La présence américaine de l’opérateur historique français n’est pas nouvelle. Orange Business Services est installé aux États-Unis depuis plusieurs dizaines d’années et compte 745 employés répartis sur tout le territoire afin de répondre à ses grands clients multinationaux. Mais, transformation numérique oblige, l’implantation californienne d’Orange Silicon Valley (OSV) pourrait jouer un rôle de plus en plus important. "Les opérateurs ont l’obligation de trouver de la croissance ailleurs qu’en France, insiste Yves Gassot, le ­directeur général de l’Idate. Ils doivent se transformer, réfléchir à de nouveaux business models et avoir une meilleure compréhension de ce qui se passe au-dessus de leurs réseaux." Pour lui, l’implantation en Silicon Valley se justifie pour s’imprégner de la culture, pour travailler avec les grands du numérique et pour trouver de nouveaux business models.

 

Au coeur de San Francisco

Les 45 ingénieurs et experts business d’OSV travaillent au cœur du quartier high-tech de San Francisco. À quelques pas des bureaux de Salesforce et d’Autodesk, et à quelques pâtés de maisons du Moscone Center, où se déroulent tous les grands événements numériques. Et c’est ici qu’est née, il y a à peine quatre ans, l’idée de l’accélérateur de start-up Orange Fab. "Nous nous sommes dits : nous sommes là depuis quinze ans, nous avons le réseau, l’influence, les locaux… Nous pouvons avoir notre accélérateur", raconte Pascale Diaine, la responsable du programme. Orange accueille donc, depuis 2013, deux promotions par an de sept ou huit jeunes pousses ­chacune. La cinquième édition a démarré en octobre. L’accélérateur a accompagné TrackR (suivi des objets perdus) ou Ersatz (deep learning dans le cloud). Mais aussi des entreprises au profil plus étonnant, comme Iunu et son appareil d’éclairage horticole solaire connecté qui décompose le spectre lumineux en fonction des plantes.

 

Les entreprises sont hébergées dans les bureaux pour trois mois de mentorat intensif. Avec les équipes d’Orange (y compris les managers les plus haut placés), mais aussi des acteurs du numérique, petits et grands, qui les aident sur le plan technologique, mais surtout sur les aspects économiques ou organisationnels de la vie d’une jeune pousse, comme le pivot, le moment où elles décident de changer de modèle. OSV explique avoir voulu se différencier des autres accélérateurs californiens avec un programme d’accompagnement fort en expertise interne, en restant dans des domaines qui intéressent sa maison mère, mais en gardant le plus d’indépendance possible. Appréciée dès son démarrage par Stéphane Richard, l’idée californienne a très vite été déclinée en France, en Israël, en Côte d’Ivoire, en Corée…

 

Ce tout jeune dispositif illustre la façon dont l’opérateur travaille, collabore, innove, échange au sein de l’écosystème ­Silicon Valley, comme un membre à part entière. Or, depuis peu, il fait profiter d’autres grandes entreprises françaises comme Total, EDF, Airbus, TF1, la Fnac ou Leroy Merlin de son expérience. Un moyen d’attirer davantage de ­start-up parce que… "l’union fait la force", constate tout simplement Pascale Diaine. Ces grands noms sont de plus en plus séduits eux aussi par la région. Transformation numérique oblige !

 

OSV, laboratoire de la transformation numérique

Orange a donc lancé ses Fab force, des programmes thématiques qui donnent aux grandes entreprises un accès direct aux technologies, aux start-up, mais aussi à l’écosystème. L’équipe ChainForce, par exemple, décrypte les usages possibles du protocole blockchain – utilisé pour le bitcoin – au-delà de la seule finance. Orange a d’ailleurs investi dans l’un des acteurs émergents du domaine, Chain, par l’intermédiaire de son fonds Orange Digital Ventures, qui se positionne très en amont sur certaines innovations technologiques. GigaStudio, un autre Fab Force, explore la réalité virtuelle en testant l’Oculus Rift de Facebook, mais aussi des solutions du marché légères et abordables pour un usage à partir de n’importe quel smartphone.

 

L’antenne californienne d’Orange semble ainsi avoir de plus en plus de vertus. Celle, originelle, de vigie technologique et économique dans le creuset local. Mais également celle de point de contact avec tout l’écosystème local. Elle diffuse aussi l’indispensable image numérique dont a besoin aujourd’hui tout opérateur de télécoms. En particulier un opérateur héritier d’une culture où l’open innovation n’avait que peu de place. Enfin, OSV est, bien sûr, l’un des laboratoires de sa transformation numérique. Une preuve ? "Ce n’était pas dans notre roadmap de créer les Fab force, raconte Georges Nahon, le CEO. L’un de nos partenaires français de la distribution l’a ­évoqué, on l’a lancé." Orange n’est pas un acteur du numérique américain. Son influence n’est pas celle d’un pure player local. Mais il fait en sorte de ne rien perdre de la valeur incontestable que représente la Silicon Valley dans le nouveau monde où il évolue : celui du numérique.

"Il faut faire partie de l’écosystème"
Georges Nahon, CEO d’Orange Silicon Valley

L'Usine Digitale - En quoi la Silicon Valley reste-t-elle un lieu d’exception du numérique, où il faut être présent ?

Georges Nahon - On oublie l’impact qu’elle a eu et qu’elle a encore. Il y a une exceptionnelle concentration de Q.I. ici. Et un intellectualisme presque missionnaire qui fait que les aventuriers de l’argent ne restent pas. Les gens se connaissent, investisseurs, entrepreneurs comme universitaires. Mais on ne parle pas de partenariats – c’est même plutôt vu comme une faiblesse. Il y a une connaissance tacite des modes de fonctionnement. Un peu comme aux enchères. Quelqu’un fait un vague signe de tête et il l’emporte, sans qu’on ait bien compris comment.

Est-ce pour cela que vous estimez que les entreprises doivent avoir une présence de long terme sur place ?

Oui. Pour comprendre tout cela, si vous ne restez que quelques jours, ou même quelques mois, ça ne suffit pas. Il faut faire partie de l’écosystème. Par exemple, beaucoup de rencontres, de petites conférences ou de réunions sont organisées. Et vous avez beaucoup plus de chances de croiser un patron d’un grand du numérique dans un de ces « meet-up » qu’en prenant rendez-vous. Plus globalement, on parle d’« explosion cambrienne », en référence au passage d’organismes monocellulaires à des organismes pluricellulaires. Des combinaisons dans tous les sens, entre tous les acteurs, donnent des produits et des usages que l’on ne peut pas prévoir. Et ça, on ne le trouve pas dans les blogs.

 

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