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Où en est la Legaltech française ?

A l’occasion de Fin&Tech Summit, qui se tient à Bordeaux les 8 et 9 octobre, des acteurs de la Legaltech se sont exprimés sur l’évolution du marché et la nécessité de structurer les offres et les acteurs au service du particulier, de l’entreprise et de la collectivité. Un secteur plein de promesses mais qui peine à faire émerger des chefs de file de rang mondial.
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Où en est la Legaltech française ?
Où en est la Legaltech française ? © Pixabay

Comment se porte la Legaltech en France ? A l’heure de la structuration des écosystèmes de l'innovation – on pense notamment à la fameuse liste des Next40, ces start-up jugées prometteuses et poussées par le gouvernement – les jeunes pousses du droit sont quasiment absentes de ce classement. Aux côtés des fintech, très bien représentées, des retailtech, omniprésentes, et des solutions dédiées au transport et à la vie quotidienne, les legaltech n’ont pas vraiment de place.

 

Pourtant, "c’est un écosystème créé il y a longtemps, et la France occupe une place de lead au niveau européen", analyse Arthur Sauzé, avocat et cofondateur de Young AvoTech, une association promouvant la transformation digitale du droit et de ses acteurs, au cours d’une table ronde. Organisée à l’occasion de Fin&Tech Summit, qui se tient à Bordeaux les 8 et 9 octobre, elle est l’occasion de revenir sur un secteur plein de promesses mais qui peine à faire émerger des chefs de file de rang mondial.

 

L'expérience-client au centre de l'accès au droit

Plates-formes de mise en relation entre avocats et clients, automatisation des documents juridiques (statuts, contrats, CGU), analyse et statistique des décisions juridiques pour anticiper les tendances dans certaines juridictions… Les solutions et innovations de rupture sont nombreuses. "Le marché se structure, on arrive à faire du cross selling", poursuit Arthur Sauzé. "La Legaltech s’est infiltrée partout, ajoute Mathieu Davy, fondateur de Call a Lawyer, qui met en relation justiciable et avocat. Elle est orientée client, et ce quel que soit le client final : une entreprise, un particulier ou une collectivité. Pour chacun, elle propose un service d’accès au droit en ligne, et correspond à une nouvelle forme de consommation du droit". Une numérisation que l’on trouve dans la forme la plus régalienne du droit, à l’instar des services publics de la justice.

 

Une vision partagée par Fabien Drey, créateur de RecLex, une application d'accompagnement juridique. "Les premières Legaltech, au début des années 2010, ont gagné des parts de marché grâce à la dimension tech de leur solution. Mais leur force était avant tout dans la relation client. Par exemple, une société proposait aux internautes de remplir un formulaire et de laisser leurs coordonnées, ce qui permettait ensuite de les recontacter. C’était basique, pas vraiment tech, et impossible à dupliquer avec un avocat réel". C’est l’accès au droit qui a changé, permis par l’explosion du numérique et l’accès quasi instantané à l’information.

 

180 Legaltech en France

Selon l'Observatoire permanent de la LegalTech, on ne dénombre pas moins de 180 Legaltech en France. Cet écosystème riche, composé de nombreux petits acteurs historiques, doit désormais composer avec des écosystèmes internes, nés dans les directions juridiques des entreprises. "Ces services créent désormais des solutions concurrentes avec des équipes qui comprennent le langage juridique et le langage informatique", ajoute Arthur Sauzé.

 

Première difficulté pour s'imposer lorsque l'on est une legaltech, identifiée par Mathieu Davy. "En tant que professionnels du droit, nous devons mettre en avant notre expertise… mais nous ne sommes pas des entrepreneurs dans l’âme".

 

Autre source de difficulté : des offres de plus en plus variées qui complexifient le choix du client. "Le marché de la legaltech doit-il générer des produits juridiques qui amène le citoyen à accéder en permanence au droit ?, s’interroge Fabien Waechter, dirigeant de Lexbase. Doit-on un jour proposer des statistiques sur les juges ? Des outils de calculs qui déterminent ce que l’on peut gagner dans un divorce ?" Autrement dit, toute solution n'est pas bonne à inventer... et à commercialiser.

 

Capitaliser sur les nouvelles technos

Au-delà des offres, la structure de cet écosystème a-t-il vocation à se pérenniser ? Comme dans l’ensemble des secteurs bouleversés par l’innovation, des rapprochements, des disparitions, des concentrations capitalistiques vont se produire… et feront émerger les grands acteurs de demain. Avec, au cœur de la valeur ajoutée, l’émergence de nouvelles technologies, comme la blockchain – utilisée pour garantir les preuves d’antériorité, titularité ou propriété d’une œuvre d’art par exemple – et la tokenisation, qui permettront aux jeunes pousses les plus audacieuses d’anticiper les nouveaux services dont auront besoin leurs clients et d'assurer leur conformité.

 

Autre piste pour les années à venir : se tourner vers d’autres écosystèmes dynamiques pour les accompagner. "Le droit est avant tout un moyen, rappelle David-Olivier Guillain, avocat. Les avocats ont toujours travaillé avec les services financiers, qui ont besoin de spécialistes, comme pour l’application de la réforme du droit des sûretés de l’article 16 du projet de loi Pacte". Une réforme qui a pour objectif de simplifier le droit français, caractérise par une grande complexité pour l’exercice des sûretés en présence d’un débiteur en difficulté. 

 

Des difficultés à convaincre les investisseurs

Par ailleurs, cette densité d’entreprises et de solutions ne signifie pas pour autant que l’innovation est parvenue à maturité. Qui tirera son épingle du jeu en matière d’innovation de rupture ? Pour Fabien Drey, c’est  l’entreprise qui "réussira à agglomérer tous les services, flux, comptes, de tous les clients finaux". Autrement dit, une solution d’administration juridique, qui couvrent des sujets transverses et qui surtout, leur permettent de fonctionner ensemble. Rendre les solutions interopérables et interprofessionnelles, un changement de paradigme pour l’ensemble du secteur.

 

Dans une économie du droit en France estimée selon les intervenants à 40 milliards d’euros – l’Observatoire des acteurs économiques du marché du droit le jauge à 32 milliards d’euros – les jeunes pousses françaises peinent à lever une petite vingtaine de millions d’euros par an. Aux Etats-Unis, la Legaltech, fédérée par de grands acteurs institutionnels, a levé outre-Atlantique 1,6 milliard de dollars en 2018. Si les tours de table ne sont pas des indicateurs qui se suffisent à eux-mêmes, ils témoignent d’un certain dynamise du secteur qui séduit les investisseurs.

 

Mais 2019 demeure néanmoins une année importante pour la Legaltech française, avec une volonté de se fédérer plus que jamais, avec par exemple l’initiative de France Digitale de rassembler les jeunes pousses du secteur. Il faudra  néanmoins attendre quelques mois pour mesurer l'impact réel de ces évolutions.

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