Les dirigeants de la start-up Outcome Health reconnus coupables de fraude

Trois dirigeants étaient accusés d’avoir menti sur les performances financières de la start-up pour lever 500 millions de dollars auprès d’investisseurs. Ils risquent jusqu’à trente ans de prison.

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Les dirigeants de la start-up Outcome Health reconnus coupables de fraude

Nouvelle condamnation pour fraude dans la tech américaine. Mardi 11 avril, trois anciens dirigeants d’Outcome Health ont été reconnus coupables de fraude par un jury. Ils étaient notamment accusés d’avoir menti sur les performances financières de la start-up, leur permettant de lever beaucoup d’argent auprès d’investisseurs. Ils risquent jusqu’à trente ans de prison.

Lancée en 2006, Outcome proposait d’installer, gratuitement, des écrans connectés dans les cabinets médicaux, aussi bien dans les salles d’attente que dans les salles d’examen. Ceux-ci permettaient aux patients d’obtenir des informations ou aux médecins d’illustrer leurs diagnostics avec des animations en 3D des organes concernés. Le modèle économique reposait sur l'affichage de publicités pour des médicaments.

Une valorisation de 5,5 milliards de dollars

Entre 2015 et 2017, la start-up a levé près d’un milliard de dollars. D’abord sous la forme d’emprunts, puis par l’intermédiaire d’une levée de fonds de 488 millions de dollars, menée notamment auprès du fonds d’investissement de Google et de la banque d’affaires Goldman Sachs. Dans le cadre de cette opération, Outcome est alors valorisé à 5,5 milliards de dollars. Et ses deux fondateurs, Rishi Shah et Shradha Agarwal, reçoivent 225 millions de dividendes.

Leur chute a débuté cinq mois plus tard après la publication d’un article dans le Wall Street Journal, qui révèle que la start-up a menti à ses annonceurs en gonflant les chiffres de distribution de leurs publicités. Dans la foulée, une plainte est déposée par les investisseurs d’Outcome, qui débouche quelques mois plus tard sur un accord à l’amiable et sur le départ des deux dirigeants.

Cet arrangement n’a cependant pas mis fin à l’enquête des autorités. En 2020, la Securities & Exchange Commission (SEC) inculpe quatre responsables de l’entreprise. Dans son acte d’accusation, le gendarme financier américain décrit alors une fraude bien plus vaste que celle initialement révélée par le Wall Street Journal.

Chiffres falsifiés

Outcome a bien menti aux laboratoires pharmaceutiques dès 2012. La start-up signait en effet des contrats qu’elle ne pouvait pas honorer, faute d’avoir déployé suffisamment d’écrans dans les cabinets médicaux. Dans certains cas, elle ne pouvait réaliser que la moitié des impressions publicitaires facturées aux annonceurs.

Pour cacher leurs mensonges, les dirigeants d’Outcome ont ensuite falsifié des études indépendantes censées mesurer le retour sur investissement (ROI) des campagnes publicitaires. Dans un exemple cité par la SEC, ils assuraient qu’une campagne avait généré deux millions de dollars de chiffre d’affaires additionnel pour un laboratoire, quand l’estimation initiale du cabinet qu’elle avait mandaté ne se chiffrait qu’à 116.000 dollars.

Et ce n’est pas tout : dans le cadre de leur levée de fonds, les responsables de la start-up ont communiqué des données falsifiées aux investisseurs, faisant apparaître un chiffre d’affaires artificiellement gonflé. Ils ont aussi fourni de fausses études, qui montraient que les publicités affichées sur leurs écrans permettaient de générer des ROI plus élevés que les autres types d’annonces médicales.

Théranos, Nikola, Frank...

Outre Rishi Shah et Shradha Agarwal, l’ancien directeur financier d’Outcome a également été reconnu coupable. Trois autres personnes avaient décidé de plaider coupables. Elles encourent des peines de prison bien moins longues.

Cette affaire intervient après la condamnation d’Elizabeth Holmes, la fondatrice de la start-up d’analyse de sang Theranos, à onze ans de prison. L’an passé, Trevor Milon, l’ancien patron du fabricant de voitures électriques Nikola, a aussi été reconnu coupable de fraude. Et début avril, l’entrepreneuse Charlie Javice a été inculpée pour le même motif après la vente de sa start-up Frank à la banque JPMorgan Chase.

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