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Partage et connectivité : comment le véhicule autonome va uberiser Uber

Pour François Gobillot, directeur d'AxiCom, l’automobile entre à son tour dans l’ère de la virtualisation. Explications.
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Partage et connectivité : comment le véhicule autonome va uberiser Uber
Partage et connectivité : comment le véhicule autonome va uberiser Uber © D.R.

Les nouveaux modèles de partage, alliés au développement de technologies au service de l’automobile autonome, remodèlent complètement les principes d’usage de la voiture de demain. Le tout sans rien imposer à ceux, encore nombreux, qui souhaitent poursuivre dans le plaisir de conduire.

 

A y regarder de près, l’industrie automobile entre à son tour dans l’ère de la virtualisation, ni plus ni moins, comme ce fut le cas pour l’industrie informatique au tournant du siècle. Un modèle complètement nouveau émerge, hybridant cinq grands facteurs, qui combinés, vont permettre de maximiser le temps d’utilisation d’une voiture, tout en réduisant son empreinte énergétique et par voie de conséquence, en rationalisant les coûts liés à sa possession.

 

La notion de virtualisation illustre, en résumé, un moyen évolué et souvent défini par logiciel, d’optimiser une ressource matérielle. Elle s’est imposée en informatique en s’attaquant au modèle traditionnel, qui voulait qu’un serveur informatique ou un ordinateur ne soit utilisé qu’à 20% de ses capacités.

 

En ajoutant une couche logicielle dédiée au  contrôle, à la gestion et à l’attribution de puissance aux programmes qui le demandaient et quand ils le demandaient, la virtualisation a permis d’inverser le ratio et de dessiner une ère de consommation de l’informatique à la demande.

 

De son côté, le constructeur Tesla a lui amorcé un modèle de définition, de contrôle et de mise à jour des paramètres d’une voiture – électrique au demeurant - par logiciel. Au-delà de ce modèle révolutionnaire, cinq grands facteurs, donc, redistribuent les cartes du marché de l’auto.

 

L’autopartage et le covoiturage

Une automobile passe en moyenne 23h sur 24... au parking. Une sous-utilisation qui "naturellement", dans un monde toujours plus urbanisé et plus mobile, a permis à des services de partage d’émerger, qu’il s’agisse d’autopartage ou de covoiturage. A Paris, sur le modèle de succès du Vélib, le service Autolib a su s’imposer comme un mode de partage ultime de mutualisation pour des trajets courts et urbains. Mais il n’est pas le seul ; l’automobile personnelle se partage désormais aussi, en témoigne le succès de OuiCar, et l’investissement réalisé dans la société par la SNCF, en quête de nouveaux modèles pour continuer à nous faire préférer le train. Fondé par la créatrice de Zilok – un site de partage de … tout ce qui peut se partager-, OuiCar a pour vocation première de réduire le temps d’immobilité d’une voiture – notamment sur les parking des gares- , et donc d’en faire baisser le coût par une augmentation de l’utilisation.  

 

Au-delà, le succès du service de covoiturage Blablacar n’est plus à démontrer : certes classique, ce mode de transport ayant émergé à la faveur de l’exploitation d’autoroutes trop onéreuse (CF l’A14 et le système de réduction du prix pour les travailleurs de la Défense qui s’organisaient en covoiturage) a connu une adoption massive grâce au net, puis au mobile. Aujourd’hui, le service a trouvé ses publics, et fait même office d’exemple français de la réussite numérique.

 

Sur ce point enfin, il convient de citer la pure copropriété de véhicules, un modèle permettant à un groupe (d’amis, de collaborateurs) de partager le bénéfice d’une auto et d’en assumer en commun le financement, au même titre que la pratique est courante pour les biens immobiliers sur les lieux de vacances, à la mer ou à la montagne.

 

L’électrification

Le succès du modèle d’autopartage s’est largement appuyé sur l’électrification croissante de l’automobile. En tablant sur une utilisation par essence irrégulière des voitures, le service a pu laisser la place au temps de recharge, plus long que dans un modèle thermique. Socialement, techniquement et d’un point de vue environnemental, ce modèle de partage n’aurait de toute façon pas été viable, car trop compliqué, trop risqué, ou trop polluant pour être adopté - ou même consensuel- avec des moteurs thermiques.

 

La voiture connectée, première étape vers le véhicule autonome

Si nous sommes encore loin de pouvoir proposer une auto à des personnes qui n’ont même pas de permis, ce principe n’est désormais plus hors de portée. Les réflexions sont en effet nombreuses sur l’exploitation du temps gagné à ne pas conduire dans sa voiture. Une étude Gemalto1 indique même que 42% des jeunes chinois projettent à terme de faire la sieste dans leur voiture, pendant leurs déplacements, à l’horizon 2020.

 

Mais revenons à nos jours : les voitures d’aujourd’hui, grâce au cloud et à une connectivité permanente, en savent long sur de nombreux sujets : sur des sujets relatifs à la route et aux conditions de circulations en temps réels, qui, croisés à des facteurs météorologiques, calendaires ou geopositionnées (par exemple : manifestation d’agriculteur prévu le 27 mars dans votre secteur), vont permettre de définir les meilleurs créneaux horaires de départ, et les itinéraires les plus pertinents. Mais aussi des sujets plus personnels comme les agendas des (co)utilisateurs, qui faciliteront grandement la gestion des plannings, ou sur les favoris de chacun, qui optimiseront en temps réel les trajets, en fonction des points d’intérêts, des styles et des conditions de conduites (sportive ou confort, seul ou en famille etc.). La connectivité croissante permettra également au véhicule de proposer les mêmes services numériques que n’importe quel bureau.

 

A terme, un trajet en voiture pourra se préparer exactement comme un trajet en train, depuis son canapé. La conduite pourra également s’effectuer de manière complètement autonome : signalisation, limitations, élargissement ou rétrécissement des voies sont connues par la cartographie. Les obstacles et les aléas seront identifiés par les capteurs, rendant de fait la vigilance humaine de moins en moins critique. A l’heure où, paradoxe ultime, les constructeurs tentent de replacer l’automobile au cœur du principe de mobilité (la place lui a été volée par le smartphone et la tablette), cette autonomisation des véhicules va lui rendre sa place.

 

La « fonction » voiture se virtualise donc aussi dans cette dimension d’autonomie, puisque « l’occupation » du déplacement va progressivement se déporter de la conduite (vigilance 100%) vers d’autres activités (réduisant mécaniquement le taux de vigilance).

 

L’automobile s’approche ainsi d’un modèle de consommation à la demande ; une récente étude Ernst and Young2 a aussi montré que ces principes combinés peuvent en faire baisser le coût de possession d’un facteur 3 (partage, productivité accrue, meilleure gestion des trajets etc.) Un dernier exemple : au-delà des éléments législatifs, la rupture apportée par Uber est surtout une rupture dans le modèle de réservation et d’échange entre les parties. Il en sera de même pour l’automobile du particulier. Disponible, autonome, connectée, elle pourra même elle-même se signaler en disponibilité et à proximité. Ubérisant de fait… Uber…

 

François Gobillot, Directeur, AxiCom

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

 

1/ http://www.gemalto.com/mobile/documents/connected-living-2025

2/ The future of Mobility

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