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Passe d'armes entre Free et Alcatel-Lucent sur le patriotisme économique

A l'occasion du colloque de l'Arcep, le patron d'Alcatel-Lucent et le DG de Free ont indirectement échangé quelques passes d'armes. Sur le patriotisme économique des opérateurs réclamé par le gouvernement et par conséquent, sur la concurrence née entre équipementiers européens et chinois.
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Passe d'armes entre Free et Alcatel-Lucent sur le patriotisme économique
Passe d'armes entre Free et Alcatel-Lucent sur le patriotisme économique © craig1black - Flickr - C.C.

Alors qu'il vient d'annoncer un plan de suppressions de postes qui concerne 1800 emplois en France et que ses salariés s'y opposaient en manifestant à Paris mardi 15 octobre, Michel Combes, DG d'Alcatel Lucent a profité du colloque annuel de l'Arcep, autorité de régulation des communications électroniques et des postes pour interpeler les pouvoirs publics sur cinq leviers sur lesquels agir.

L'Europe "dans un cercle vicieux"

Pour soutenir non seulement Alcatel-Lucent, mais toute la filière télécoms française, et plus largement, européenne : premier levier, la continuité dans le domaine fiscal avec un dispositif comme le crédit impôt recherche. Deuxième levier, la régulation sectorielle, menée en France par l'Arcep et l'autorité de la concurrence. Michel Combes a estimé qu'en "constituant 3 grands opérateurs, avec une capacité d'investissement considérable, les États Unis avaient créé un cercle vertueux. Alors qu'avec au moins 120 opérateurs, l'Europe était dans un cercle vicieux. [...] Et les régulateurs, le Français en particulier, ont le pouvoir de desserrer cet étau." Une critique sans détour de l'Arcep qui a autorisé le lancement en 2012 du quatrième opérateur mobile français, Free.

Affronter les acteurs asiatiques à armes égales

Troisième pilier, une application à tous des règles sur le marché européen et ailleurs. "La France ne peut pas être le naïf du village global, a martelé Michel Combes. Les États Unis ont adopté des lois extra territoriales. Et il faut que nous [acteurs français du secteurs] ayons accès au financement public comme les acteurs asiatiques [l'ont chez eux]." Cette fois, le patron d'Alcatel-Lucent évoque sans prononcer son nom, Huawei, son concurrent chinois.

Quatrième levier, le plan de souveraineté télécoms du gouvernement. Comme l'a rappelé Michel Combes, c'est son directeur de la stratégie, Philippe Keryer, qui va co-piloter le groupe de travail du gouvernement sur celui des 34 plans industriels consacré à ce sujet. Le sujet comprend "une infrastructure de qualité, des investissements de qualité en France ou en Europe, et la contribution à l'aménagement du territoire et au développement de nouveaux usages." Enfin, cinquième et dernier pilier, la France doit développer un contexte favorable aux synergies, entre grands groupes, entre grands groupes et PME, afin de créer une filière. Ou plutôt de la recréer. Puisque comme l'a rappelé Michel Combes évoquant l'éternel Minitel, la France a eu, en son temps, une filière télécoms en pointe. Et d'évoquer la création d'un centre de compétences sur les small cells commun avec Orange. "Il y a urgence, a-t-il conclu. Il reste peu de temps pour conserver le statut de grande puissance télécoms de l'Europe."

Le DG de Free en désaccord

Ouvrant une table ronde à la suite de l'intervention de Michel Combes, Maxime Lombardini, DG d'Iliad (Free) n'a pas tardé à réagir très vivement au discours du patron d'Alcatel-Lucent. "Je suis en profonde opposition avec ce discours, a-t-il asséné. Je suis choqué quand on dit que les opérateurs vont mal. Il y a un grand absent de ce discours : le consommateur." Le DG de Free a rappelé que les forfaits américains coûtaient quelque 100 dollars, bien plus élevés que ceux pratiqués en France. Sous-entendu, en particulier, depuis l'arrivée de Free.

Interrogé sur le patriotisme économique auquel le gouvernement à récemment invité les opérateurs pour soutenir Alcatel-Lucent, et qui a été rappelé par Michel Combes, il a très vivement réagi. "Nous sommes les seuls à ne pas être clients radios de l'équipementier chinois (Huawei, NDLR). Et ce, à la demande de ce gouvernement, et du précédent. Mais il faut rappeler que les Chinois font aujourd'hui des équipements qui sont plus performants qui sont même devenus plus chers ! Nous avons choisi NSN (Nokia, ndlr) au lancement. Ce sont des architectures mises en place dans la durée. Et ceux qui pensent qu'on peut en changer facilement en cours de route ne connaissent pas les télécoms. Sans oublier qu'avant même d'être chez Alcatel-Lucent, Michel Combes avait écrit l'une des plus virulentes critiques sur l'arrivée du quatrième opérateur. Cela ne donne pas envie aujourd'hui..." À bon entendeur...

Emmanuelle Delsol

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