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Piratage d'un site de rencontres : un écrivain français l'avait prédit

Les utilisateurs des sites d'Ashley Madison n'imaginaient pas voir leurs noms, mails et préférences sexuelles être révélées par une bande de hackers (les coupables à ce stade de l'enquête). Pourtant Benoît Duteurtre, un écrivain français avait prévenu : avec le numérique, la vie privée n'existe plus. Pour ce critique de la modernité technologique, cette disparition c'est pour le pire et pour le pire. 
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Piratage d'un site de rencontres : un écrivain français l'avait prédit
Ils voulaient une aventure extra conjugale et voient leur vie privée révélée. © Fotolia

Imaginez que suite à un bug, l’ensemble des données personnelles de navigation sur Internet soient, d’un coup, rendues publiques. C’était l’idée de L’ordinateur du paradis, un roman écrit par Benoît Duteurtre et paru il y a tout juste un an chez Gallimard. Si l’auteur n’avait pas imaginé un groupe de hackers à la manœuvre, la panique qui suivait ses révélations entraînait l’anti-héros de son roman dans une tourmente, tétanisé de culpabilité qu’il était à l’idée que sa fréquentation de sites de discussions érotiques ne soit révélée. Fragilité des systèmes d’information, fin de la vie privée, conformisme social et triomphe d’une forme de politiquement correct étaient au menu de ce livre qui raillait avec acidité les mirages d'une soi-disant modernité numérique.

Un an plus tard, ce sont donc les inscrits aux sites coquins d’Ashley Madison qui découvrent ce qu’il advient quand ce qui devait rester caché devient public. Soit les noms, prénoms, pseudos et mails et même les préférences sexuelles des abonnés de ces sites spécialisées en aventures extra conjugales.

 

Pour punir le site, on vise les utilisateurs 

Le groupe de pirates à la manœuvre en la matière justifie d’une drôle de façon son action. Ashley Madison prétendait supprimer les données après la désinscription payante de ses membres, mais ne le faisait pas toujours. Et les hackers d’inviter les personnes dont la vie privée a été révélée de porter plainte contre l’entreprise qui n’a pas tenu parole.

 

Une des conséquences les plus inattendues de cette attaque est de découvrir le peu de culture numérique chez maints utilisateurs. Que découvre-t-on ? Que les amants infidèles s’inscrivaient sur le site avec leur mail professionnel pour éviter d’utiliser leur mail personnel. Un comble quand la création d’un mail personnel avec pseudo prend à peine cinq minutes. Le résultat est que selon certains décomptes on compterait sur les 36 millions d’adresses révélées pas moins de 15 000 adresses avec le suffixe propre de  l’administration et de l’armée américaine. Le quotidien Libération indique avoir compté une dizaine de .gouv.fr, le suffixe de l’administration française.

Pour relativiser, le quotidien français rappelle que les sites d’Ashley Madison ne vérifiaient pas les adresses de courriel utilisées lors de l’inscription. D’où la présence de Tony Blair.

 

Où sont les femmes ? 

Surtout, les informations publiées révèlent que contrairement à ce que prétendaient les dirigeants des sites, les hommes y étaient largement majoritaires (90% des inscrits) et que certains des (rares) profils féminins étaient tout simplement des faux pour attirer le mâle à la recherche d’aventures.

 

En France, la CNIL a mis en demeure huit entreprises proposant des services de rencontres en ligne (dont l'étonnant marmitelove) pour leur traitement des données personnelles. La mauvaise protection des données personnelles pourrait à terme saper la confiance des internautes. 

 

Espérons que, contrairement au roman de B. Duteurtre, les utilisateurs trahis n'en seront pas réduits à des solutions extrêmes et que la paix des ménages saura être préservée. En revanche l'avenir de la start up au chiffre d'affaires de 100 millions d'euros qui devait être prochaintement introduite en Bourse semble plus proche de l'enfer que du paradis.

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