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Planet, la licorne californienne qui photographie chaque jour toute la surface de la Terre

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Fabriqués dans une pièce stérilisée aménagée dans un entrepôt de San Francisco, ses satellites de la taille d’une boîte à chaussures prennent en photo l’intégralité de la surface de la Terre chaque jour. Bienvenue chez Planet, la start-up californienne valorisée plus d’un milliard de dollars qui a racheté une filiale de Google en février dernier.

Planet, la licorne californienne qui photographie chaque jour toute la surface de la Terre
Planet, la licorne californienne qui photographie chaque jour toute la surface de la Terre © Planet

“Mission accomplie !” Assis au 1er étage du siège de Planet, dans le quartier tech de Soma à San Francisco, Will Marshall, CEO et cofondateur de la start-up d’imagerie géospatiale, ne boude pas son plaisir. Le 9 novembre dernier, la licorne californienne a relevé le défi qu’elle s’était lancée sept ans auparavant : photographier chaque jour l’intégralité de la surface de la Terre. “Tout le monde nous disait que c’était impossible. C’était très ambitieux et vu la complexité de ce projet, je suis extrêmement fière de notre équipe”, se réjouit l’ancien ingénieur de la Nasa.

 

Une imagerie de la Terre à moindre coût

Will Marshall travaillait au Ames Research Center de la Nasa situé à Mountain View, en plein coeur de la Silicon Valley, lorsqu’il a eu l’idée de “miniaturiser les satellites - les faire passer de 4 000 à 4 kg - en tirant parti de l’électronique grand public”. À l’époque, il collabore sur divers projets de l’agence spatiale américaine tels que le projet d’orbiteur lunaire LADEE ou encore la mission d’impact lunaire baptisée LCROSS qui a découvert de l’eau dans un cratère de la Lune en 2009.

 

Les soirs et les week-ends, l'ingénieur britannique bidouille des CubSat (un format de nanosatellites) avec deux collègues, Chris Boshuizen et Robbie Schingler, dans le garage du Rainbow Mansion, un espace de co-living situé à Cupertino. “L’idée était de développer une imagerie de la Terre. Connaissant le coût de mis en orbite d’un satellite, des centaines de millions de dollars, nous nous sommes donnés l’objectif de changer cette dynamique ”, explique Will Marshall. Et c’est chose faite.

 

 

 

 

LA PLUS GRANDE FLOTTE DE MICROSATELLITES AU MONDE

Sept ans plus tard, Planet est à la tête “de la nouvelle révolution spatiale”, selon Bloomberg. Pourtant, elle n’est pas la seule entreprise sur le créneau des nanosatellites : il y a aussi Astro Digital, Axelspace, Hera Systems, Iceeye ou encore Spire. Mais au vu de la taille de sa flotte satellitaire, l’hégémonie de la start-up californienne est incontestable.

 

Le 31 octobre dernier la licorne a réalisé avec succès, son 17ème lancement de satellites. Elle peut s’enorgueillir de posséder une constellation de près de 200 microsatellites déployés entre 370 et 500 kilomètres au-dessus de la Terre. “Nous avons mis des années et des années à construire cette flotte, nous sommes complètement uniques en ce sens ! ”, revendique Will Marshall.

 

Dans la constellation de Planet, on trouve trois types de Cubsat : 193 Doves, 13 SkySat et 5 RapidEye. Les premiers, dont le nom signifie Colombes en français, sont “faits maison” dans l’usine située au rez-de-chaussée du siège de la start-up à San Francisco. “Nous sommes en mesure de fabriquer 20 satellites par semaine”, précise le CEO. Les seconds sont les engins haute résolution (1 mètre de précision) acquis lors du rachat de Terra Bella, la filiale satellite de Google, en février dernier. Les troisièmes sont les satellites de l’entreprise allemande éponyme RapidEye, rachetée par Planet en 2015.

 

 

 

1,4 MILLION D’IMAGES DE LA TERRE PAR JOUR

Les mini engins spatiaux de Planet couvrent 300 millions de km2 et capturent au quotidien 1,4 million d’images de 29 megapixels par jour. ”Ils sont alignés au dessus de notre planète comme les bandes d’un scanner”, illustre Will Marshall. La rotation de la Terre permet aux satellites de photographier toutes les zones quotidiennement à 9 h 30 du matin.  “L’inclinaison de la lumière du soleil doit toujours être la même pour ne pas biaiser nos logiciels d’analyse”, poursuit-il.

 

Face à cette incroyable base de données, l’enjeu est également de réussir à exploiter et à analyser toute cette data. “Pour reconnaître un navire ou une maison sur une image donnée, nous appliquons des technologies de reconnaissance visuelle déjà existantes”, indique Will Marshall qui précise que Planet va désormais se concentrer davantage sur la partie software que hardware. “Nous voulons mettre au point un software capable de répondre à n’importe quelle question posée par nos clients, comme par exemple : combien de bateaux se trouvent dans ce port ? L’idée est que nos données soient utiles à tout le monde. De Google au petit agriculteur.”

 

GOOGLE, MONSANTO ET LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN

Les champs d’application des images capturées par Planet sont divers et variés. La licorne alimente le service de cartographie de Google, l’un de ses plus gros clients. De nombreux gouvernements ont recours aux clichés de la start-up pour surveiller des zones de conflit, des frontières ou les ravages d’une catastrophe naturelle. “Le gouvernement américain a utilisé nos images après l’ouragan Harvey”, spécifie le CEO.

 

Planet a également scellé plusieurs partenariats avec des firmes agricoles, telles que Monsanto, afin de connaître les besoins des exploitations et d’en surveiller les rendements. Elle travaille aussi avec des compagnies d’assurances, qui ont tout à gagner de pouvoir constater des dégâts à partir d’images venues de l’espace plutôt que d’envoyer un expert sur place.

 

Un nouveau Big Brother ?

Les microsatellites intéressent égalelment le monde de la finance. “Nos données permettent aux fonds de couverture de rester informer sur l’évolution physique des marchandises et des matières premières : savoir simultanément comment se porte le maïs au Brésil, en Chine et aux USA”, explique Will Marshall qui affirme que Planet “contribue à lutter contre des problèmes environnementaux”, en traquant la déforestation et la pêche illégale par exemple.

 

Quand on lui demande si Planet veut devenir un Big Brother nous observant depuis l’espace, Will Marshall lève les yeux au ciel. “Le but n’est pas d’observer à l’échelle individuelle mais plutôt de voir les changements à grande échelle. Et techniquement, il est impossible de reconnaître un humain sur nos images. C’est comme si vous preniez une photo de Paris depuis Genève, à 500 km de distance…”

 

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1 commentaire

verdarié

04/12/2017 09h37 - verdarié

Il y aurait sans doute aussi des applications pour la résolution de certains crimes ? Notamment pour déterminer l'emplacement d'un véhicule à une certaine heure ?

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