Plongée dans la ferme verticale ultra connectée de Jungle

Basilic, persil, ciboulette... Jungle produit différentes espères d'herbes aromatiques dans sa ferme d'un nouveau genre, conçue à la verticale et qui tire partie des outils numériques. La start-up, qui cherche à se diversifier avec une offre destinée aux secteurs de la cosmétique et du parfum, ambitionne à terme de commercialiser son modèle de ferme verticale directement auprès des industriels et agriculteurs. Reportage.

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Plongée dans la ferme verticale ultra connectée de Jungle

Jungle a décidé d'installer son laboratoire de ferme verticale sur un site de William Saurin situé à Château-Thierry, dans les Hauts-de-France. Un endroit idéal pour la start-up puisqu'il est situé à proximité de l'autoroute A4 et d'autres axes autoroutiers importants lui permettant de desservir rapidement la France en herbes aromatiques fraîches coupées et en pots.

Dès le départ, l'objectif de la start-up est "de proposer des produits moins chers que le bio et presque au même prix que ceux de l'agriculture conventionnelle", déclare le cofondateur Gilles Dreyfus préoccupé par des sujets comme l'environnement et le mieux consommer.

L'alimentaire et la cosmétique

Fondée en 2016, Jungle s'est d'abord installée au Portugal. Un premier PoC (Proof-of-Concept) a été mis en place avec Auchan. La ferme verticale "était visible devant le magasin et les clients pouvaient apercevoir son fonctionnement" avant d'acheter les herbes aromatiques en magasin. En 2019, la start-up a noué un partenariat avec Monoprix en France.

Puis, elle est venue s'installer à Château-Thierry avec tout son matériel… dont la première ferme verticale exposée au Portugal. Un premier test a été lancé avec trois Monoprix dès 2020 et d'autres accords ont suivis avec Intermarché et Carrefour. A ce jour, son plus gros client dans l'alimentaire est Grand Frais puisque les produits Jungle sont présents dans plus de 500 magasins.

La start-up propose 12 espèces alimentaires et 7 espèces pour le parfum et la cosmétique. Ce ne sont pas les mêmes propriétés qui sont mises en avant selon les besoins : pour la cuisine il convient de faire attention au goût et aux vitamines, à l'odeur pour le parfum et aux antioxydants pour la cosmétique. Mais la production des cultures consiste en "l'harmonie de trois critères que sont la recette nutritionnelle, le climat et la photosynthèse", résume simplement Gilles Dreyfus.

De la germination à la chambre de culture

L'espace occupé par la start-up consiste en un hangar de 3600 m² au sol et 12 mètres sous hauteur. A l'intérieur, l'espace a été découpé en différentes zones : un laboratoire de R&D, la zone de germination, le nettoyage des bacs, le packaging ou encore la zone de chargement. La première zone, qui est située dans un espace ouvert du hangar, comprend les postes pour nettoyer les bacs, emballer la marchandise et la stocker sur le quai de chargement.

La production débute avec la germination d'une graine. "Il faut mettre un substrat qui dépend de la plante et consiste en un mélange de tourbes, fibres de coco et chanvre", explique Gilles Dreyfus sans donner tous les secrets de ses recettes miracles. Cette première étape est un peu automatisée grâce à 'un tambour' doté de petits trous dans lesquels les graines viennent se loger. Une programmation en amont, permet d'injecter les bonnes quantité et densité de graines.

Les graines viennent se positionner dans les trous du tambour.

Une fois la germination réalisée, direction la chambre de germination. Un espace contrôlé dans lequel il fait noir, humide et chaud. "Les bacs y passent entre trois et six jours, selon les espèces", glisse Gilles Dreyfus, avant de rejoindre la chambre de culture. Pour accéder à cette nouvelle zone, il faut franchir deux sas qui permettent d'avoir une pression positive et de s'assurer que l'environnement est bien contrôlé.

Tout est automatisé

"Tout est automatisé ! Les entrées dans cet environnement contrôlé sont limitées", clame Gilles Dreyfus. Ces chambres de cultures sont composées de deux robots, ressemblant à des racks, positionnés l'un face à l'autre. Il est possible de charger et décharger ces espaces avec les bacs de cultures, programmer l'irrigation des plants avec des tuyaux positionnés aux quatre coins du robot, et prendre des photos pour mesurer la croissance des plantes et chercher des pathogènes.

A chaque chambre est rattachée une unité avec un bac de nutritions comprenant l'eau, les micros et macros nutriments ainsi qu'une sonde de conductivité électrique pour mesurer la quantité de nutriments dans l'eau. L'environnement est entièrement contrôlé, que ce soit la température, l'humidité, l'humidité relative (pour que la plante puisse transpirer), le CO2, la circulation de l'air, et la simulation du vent pour renforcer les plants.

Une chambre de culture Jungle.

Une des forces de Jungle réside dans la collecte et l'analyse des données, que ce soit les photos ou l'analyse de l'eau récupérée pour savoir ce qui a été consommé par les plantes. "Une fois que l'eau a été injectée, elle est récupérée et ce qui a été consommé est mesuré, explique Gilles Dreyfus. La recette pour la prochaine irrigation peut être changée en 15 minutes seulement." Un autre point essentiel : la start-up, qui récupère 100% d'eau de pluie pour son fonctionnement, assure que ses cultures demandent 98% d'eau en moins que l'agriculture traditionnelle.

Entre 15 et 20 tonnes produits par an

"Pour l'instant, Jungle a six chambres de culture, détaille Gilles Dreyfus. En pleine capacité le site en accueillera 14. Chaque chambre fait 5 mètres sur 6 et dispose de 25 niveaux de cultures de chaque côté, soit 320m² de culture en tout." Ce sont entre 15 et 20 tonnes qui sont produits par an, selon les variétés.

Dans le détail, Jungle assure un rendement entre 50 et 55 kg par m² par an, ce qui correspond à un rendement 10 à 30 fois plus important que des plantations en plein champ. Et la production est assurée toute l'année. Par exemple, Jungle réalise 14 récoltes de basilic par an alors qu'en plein champ se sont environ trois récoltes qui sont réalisées.

"Plus on avance, moins la ferme est coûteuse et plus elle est efficiente", ajoute le cofondateur. Techniquement, il y a zéro limite quant aux cultures pouvant être réalisées. La seule question est celle de la rentabilité en rapport avec la durée des cycles ou l'espace nécessaire. La start-up étudie actuellement la pousse de poivrons, concombres et de fruits rouges.

Vers la commercialisation d'un service

Actuellement 70% de ses ventes concernent l'alimentaire et 30% le parfum et la cosmétique. "La marge entre le net et le brut est plus importante dans la cosmétique", souligne toutefois Gilles Dreyfus. Et ce secteur est demandeur de solutions comme celle de Jungle. Pour certaines odeurs, comme le muguet, il est compliqué d'avoir suffisamment de plantes à l'état naturel. L'autre avantage conséquent mis en avant par Jungle est "la sécurisation de l'approvisionnement naturel." Un critère d'autant plus essentiel avec l'augmentation des prix de transport et les difficultés d'approvisionnement.

Preuve de son intérêt pour la cosmétique et le parfum, un grand axe de sa R&D est tourné vers ce secteur pour augmenter le rendement d'une fleur ou accentuer son odeur. Jungle a déjà noué un partenariat avec Firmenich, une société suisse qui développe des recettes de parfum. Et cette diversification sectorielle s'inscrit dans l'évolution du business model de la start-up qui souhaite, à terme, vendre sa ferme verticale, et non pas uniquement sa production. Ces fermes pourront être vendues auprès d'industriels dans la cosmétique et le parfum, ou d'agriculteurs.

Gilles Dreyfus explique vouloir exploiter le concept de FaaS pour Ferm-as-a-Service qui consiste à commercialiser la ferme verticale et tout un ensemble de services pour l'entretien, la fourniture de graines et de substrats, la maintenance. Deux premiers contrats sont en cours avec des acteurs de la cosmétique et du parfum. La start-up qui devrait réaliser un chiffre d'affaires de 1,2 million d'euros en 2022, espère que l'activité de FaaS sera une part importante de ses revenus en 2025.

Pour poursuivre son développement, Jungle qui a réalisé une levée de fonds en Série A menée par Demeter et Founders Future en février 2021, cherche actuellement un nouvel apport financier. Elle espère clôturer une nouvelle levée en début d'année.

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