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"Plus une entreprise a entamé sa transition numérique, mieux elle peut résister aux crises", Jean-Daniel Guyot, Memo Bank

Entretien Complexité des besoins des PME, financement des biens immatériels, importance de maîtriser son Core Banking System... Le cofondateur de Memo Bank, Jean-Daniel Guyot, analyse les premiers retours du marché après un mois d’existence.
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Plus une entreprise a entamé sa transition numérique, mieux elle peut résister aux crises, Jean-Daniel Guyot, Memo Bank
"Plus une entreprise a entamé sa transition numérique, mieux elle peut résister aux crises", Jean-Daniel Guyot, Memo Bank © Memo Bank

L'Usine Digitale : un mois après votre lancement, quel premier bilan tirez-vous ?
Nous avons reçu une bonne écoute de la part du marché et de très nombreuses demandes d’information des entreprises que nous visons, à savoir les PME réalisant plus de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires et employant entre 10 et 20 salariés. Nous sommes également en contact avec des sociétés dont le volume d’affaires est supérieur à 10, voire 20 millions d’euros.

Ces PME ont de vraies problématiques bancaires, au-delà de la simple ouverture de compte courant ou l’utilisation de cartes bancaires. Elles ont besoin d’un accompagnement, de services adaptés, de crédits, de découverts... Bref, d’expertise et d’un vrai chargé d’affaires comme interlocuteur.

Combien de clients PME comptez-vous à ce jour ?
Nous nous sommes fixé un objectif de 4 000 clients en 4 ans. Nous sommes très contents de notre premier mois d’existence, nous réalisons de nombreuses entrées en relation mais il est encore trop tôt pour tirer un bilan chiffré. Même si cela fait plus de trois ans que nous travaillons sur notre projet et que nous avons mis en œuvre de gros moyens pour créer notre propre Core Banking System et obtenir l’agrément d’établissement de crédit de la part de l’ACPR et de la BCE, nous avons aujourd’hui beaucoup plus de questions que de réponses.

Nous avons en effet mis sur le marché un produit qui répond à de nombreux besoins. C’est une base. Mais il existe une multitude d’autres sujets auxquels il n’est pas possible d’apporter une réponse avec une simple fonctionnalité. Nous sommes face à un segment complexe, composé d’entreprises extrêmement diverses tant par leur activité que leur implantation territoriale. Les PME que nous visons ont des problématiques de croissance, de transition numérique, de financement, d’intégration de leur banque dans leurs processus...

Pour répondre à ces besoins, il nous faut écouter avec attention nos interlocuteurs et créer des outils adaptés, presque sur-mesure. Nous sommes donc dans cette phase où, pendant quelques années encore, nous allons continuer à observer ces PME afin de mieux les comprendre et leur proposer de nouvelles offres.

Vous parlez de transition numérique des PME, avec quel type d’offre les accompagnez-vous ?
Nous proposons, par exemple, des financements adaptés aux biens immatériels. Cela peut concerner des logiciels, des développements informatiques, un site web ou des sessions de formation au numérique pour les collaborateurs. C’est une activité beaucoup plus complexe que les financements traditionnels de biens matériels. C’est aussi une activité nouvelle, que les banques traditionnelles comprennent moins bien que nous et sur laquelle nous nous concentrons.

Plus une entreprise a entamé sa transition numérique, mieux elle peut résister aux crises et grandir vite. Nous sommes là pour accompagner les PME dans l’analyse de leur existant : leur site web, les logiciels qu’elles utilisent, leur façon de gérer les documents ou d’interagir avec leurs clients et fournisseurs...

A ce titre, la crise sanitaire a été un révélateur des faiblesses de certaines sociétés sur le numérique : incapacité de proposer du télétravail aux collaborateurs, stockage des fichiers sur des postes de travail situés en interne et non sur des serveurs distants, difficultés à payer les fournisseurs autrement que par des moyens physiques... Dans les cycles d’exploitation, dans les processus, de nombreux points doivent être repensés et nous sommes là pour conseiller les PME et financer leurs projets.

Memo Bank a créé de toutes pièces son "Core Banking System", qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Nous avons en effet créé notre propre infrastructure informatique et, par-dessus, notre propre système d’information que nous appelons "Core Banking System". Cela nous permet de maîtriser l’intégralité de notre produit et de nos processus. Nous aurions pu acheter sur étagère des logiciels existants mais toutes les solutions que nous avons étudiées ont tendance à reproduire l’architecture des banques traditionnelles. Nous voulions nous doter d’un système conçu autour de la relation client. Dans un marché de confiance, il est essentiel de nouer une relation client forte, c’est notre obsession.

Notre approche est donc de fournir les bons outils à nos clients mais aussi à nos chargés d’affaires. Dans notre secteur, ces derniers n’ont plus le temps de se consacrer à leurs clients. Ils passent 80 % de leur temps à gérer des démarches administratives, à synchroniser les multiples outils dont ils disposent, dont certains datent du Minitel. Qui plus est, le marché bancaire est un marché très régulé. Ces obligations réglementaires, apparues dans les 20 dernières années, sont retombées dans le giron des chargés d’affaires, ce qui a considérablement ralenti leur travail.

Quelles sont les caractéristiques de l’outil que vous avez développé ?
L’outil, unique, mis à disposition de nos chargés d’affaires, est pensé autour de leur efficacité et de leur capacité à s’occuper de leurs clients. Cet outil leur fournit une information en permanence juste, sans qu’il y ait besoin de synchroniser plusieurs logiciels ou applications. Les processus sont automatisés au maximum et la signature électronique permet, par exemple, de contracter avec un client en une journée.

Autre exemple : quand une entreprise donne des droits à certains de ses collaborateurs – un comptable, un DAF, un DRH – pour consulter son compte bancaire ou pour faire des virements, cette opération peut être réduite à 5 minutes alors qu’il faut en général énormément de temps – jusqu’à un mois – pour la réaliser dans d’autres banques.

Quels sont les autres avantages liés à la maîtrise de votre système d’information ?
Le fait d’avoir créé notre propre système présente de nombreux autres avantages. En interne, la donnée est à un seul endroit. Il n’y a pas besoin de réaliser des rapprochements, nous n’avons qu’une seule source. Quand j’ai besoin d’un reporting réglementaire, j’ai un système cohérent de bout en bout. Et j’ai l’information en temps réel.

Cette maîtrise des données en interne signifie que je suis également capable de maîtriser les données de mes clients et, par là même, de leur redonner du pouvoir sur elles, de la manière la plus simple et la plus efficace possible. Les clients peuvent ainsi se reposer sur une donnée de référence extrêmement fiable. C’est une première étape sur le chemin de leur transition numérique.

En matière d’évolutivité de votre offre, qu’est-ce que cela vous apporte ?
Maîtriser la "pile logicielle" de bout en bout nous a demandé trois ans de travail mais cela nous offre aujourd’hui une rapidité d’exécution exceptionnelle. Certains clients nous ont fait remonter des problèmes, des bugs : nous sommes capables d’y répondre en quelques heures. Par rapport à un système classique, nous sommes dans un rapport de 1 à 100 en matière de réactivité. Cela demande de notre part des efforts en termes de recrutement, pour attirer à nous les meilleurs éléments, mais aussi une compréhension forte de la technologie.

Dans les conseils de surveillance ou les directions générales des banques traditionnelles, personne ne vient de la technologie et donc personne n’est capable d’accompagner la stratégie de ces acteurs. Nous avons la démarche inverse : certes, la technologie n’est pas au centre de tout, mais elle facilite grandement la relation client et la capacité à fournir des produits efficaces dans un court laps de temps.

D’ailleurs, certains de nos chargés d’affaires, qui viennent de la banque traditionnelle, n’ont jamais parlé à un développeur ou à un product manager. Ils ont toujours été laissés seuls face à leurs outils et on ne leur a jamais donné le moindre espoir que leurs problèmes puissent être écoutés et résolus. Chez nous, parfois, nous sommes capables de résoudre leurs problèmes en une heure. Ils ont l’impression de vivre dans le futur !

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