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Pour Emmanuel Macron, il est "absolument essentiel" de créer un métavers européen

Présentant son projet dans le cadre de la campagne présidentielle, le président-candidat Emmanuel Macron a brièvement évoqué le métavers, jugeant ce sujet "absolument essentiel" pour protéger la capacité de création et les droits d'auteurs des artistes français et européens. Le secrétaire d'Etat au numérique Cédric O a clarifié par la suite qu'il s'agirait plutôt d'aider au développement de briques technologiques clés, comme les moteurs 3D temps réel. Une excellente initiative, mais qui n'est qu'un pan de l'équation.
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Pour Emmanuel Macron, il est absolument essentiel de créer un métavers européen
Pour Emmanuel Macron, il est "absolument essentiel" de créer un métavers européen © Campagne présidentielle d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron rentre enfin pour de bon dans la campagne présidentielle. Il a présenté jeudi 17 mars dans l'après-midi son programme, évoquant notamment son souhait de concevoir un "métavers européen" parmi d'autres mesures destinées à assurer "l'indépendance culturelle et informationnelle" de la France. Il le rattache à la nécessité d'avoir à la fois une information et une création artistique indépendantes et souveraines.

Ne pas dépendre des américains ou des chinois
Sa déclaration verbatim a été la suivante : "nous nous battrons pour bâtir un métavers européen. C'est un sujet clé à la fois pour, évidemment la création, mais pour la capacité à permettre à tous nos créateurs, quel que soit d’ailleurs le champ culturel qui est le leur ou leur champ d'activité, de créer et de ne pas dépendre d'acteurs et d'agrégateurs anglo-saxons ou chinois, qui pourront totalement contourner sinon les règles aujourd’hui de respect des droits d'auteurs et du droit voisin."
 


Le métavers est le sujet numérique du moment, comme ont pu l'être par le passé le big data, le cloud ou l'intelligence artificielle, dans le sens où pratiquement tout le monde cherche à profiter du "buzz" qui entoure le concept, mais sans forcément avoir quelque chose de concret derrière. Sa récupération à des fins politiques n'est donc pas particulièrement surprenante, et on peut même se féliciter qu'au moins un candidat sur l'ensemble évoque la question.

Le métavers, concept plus flou que jamais
Cela étant dit, la déclaration du candidat Macron reste assez vague, sans grande surprise puisque le concept même de métavers reste mal défini et semble varier d'une bouche à l'autre. Ainsi, la vision de Meta (qui a popularisé le concept lors de sa conférence Connect 2021) n'est pas récupérée par grand monde, même lorsqu'ils s'en réclament ou au contraire prétendent vouloir s'y opposer, comme Niantic. Et c'est sans parler des partisans des NFTs, qui pour le coup sont les rois de l'infraction du droit d'auteur.

Tandis que Mark Zuckerberg évoquait un métavers ouvert, commun et appartenant à tous, interopérable et développé par de multiples acteurs venus de pays et d'horizons différents, à la manière de l'Internet, la plupart de ses rivaux – qu'il s'agisse d'Epic Games, Roblox ou Microsoft – préfèrent l'idée de multiples métavers indépendants. En vérité, le terme est pour beaucoup un simple synonyme de "monde en 3D temps réel", multi-utilisateurs ou pas.

Quand à l'idée d'un métavers européen, si elle peut sembler alléchante à première vue, elle apparaît vite déraisonnable si on réfléchit deux minutes, au même titre que les efforts de la Chine ou de la Russie pour isoler leurs citoyens du reste de l'Internet.

Développer les briques technologiques clés
Après la présentation des promesses de campagne, le secrétaire d'Etat au numérique Cédric O a précisé à nos confrères de BFMTV que ce fameux projet serait en réalité plutôt de soutenir le développement de certaines briques technologiques clés, comme les moteurs 3D. L'idée serait de créer des concurrents européens à l'Unreal Engine d'Epic Games et à Unity et son moteur éponyme.

On rappellera quand même qu'avant de devenir américain, Unity Technologies avait été fondée à Copenhague, au Danemark... Et surtout que les moteurs 3D temps réel ne manquent pas en France, que ce soit chez Dassault Systèmes (qui aurait pu être un précurseur avec Virtools), chez Ubisoft, ou même Asobo Studio, à qui on doit le spectaculaire Flight Simulator. Sans parler de l'Europe entière. On signalera aussi au passage le projet libre Open 3D Engine, lancé à l'été 2021 et géré par la fondation Linux.

Mais il est vrai qu'Epic Games et Unity Technologies dominent le marché aujourd'hui et que faire émerger un champion européen serait une vraie victoire, tant ce domaine va devenir clé dans la décennie à venir. Créés à l'origine pour faciliter la conception de jeux vidéo, ces "middlewares" ont peu à peu étendus leurs capacités et sont aujourd'hui utilisés pour créer des films et séries à gros budgets ou faire de la conception architecturale et industrielle. Et ils sont bien sûr essentiels à la création d'applications de réalité virtuelle ou augmentée, d'où le lien avec le concept de métavers.

Tout miser sur le logiciel serait une erreur
Malgré ses travers, on a vu avec la French Tech que la France peut innover et surtout peut être un terrain fertile pour de jeunes entreprises dynamiques. Vouloir soutenir la création de briques technologies dans le domaine de la 3D temps réel est donc louable, l'écosystème français de la réalité virtuelle et augmentée étant plutôt mal accompagné depuis cinq ans, notamment car mal identifié.

Attention cependant à ne pas tout miser sur le software. Nous alertions en fin d'année sur la nécessité de s'emparer de la question du métavers dès aujourd'hui pour ne pas nous laisser distancer par les autres comme nous l'avons été dans les ordinateurs personnels ou les smartphones. Mais cela passe obligatoirement par le matériel. Meta l'a bien compris, et c'est pourquoi cette entreprise qui ne faisait que du logiciel est parvenue en un quinquennat à s'imposer comme un excellent fabricant d'appareils.

Mark Zuckerberg sait en effet que celui qui fournit les appareils contrôle par défaut la plateforme, comme Apple avec les iPhones. Cela lui donne un pouvoir démesuré. Pour faire émerger un véritable champion européen du métavers, il faudra donc des pépites dans le "hardware". Une stratégie cohérente avec la volonté de réindustrialiser la France, mais qui ne trouve pour le moment pas grand écho, ni au gouvernement, ni chez les investisseurs privés. Or ce n'est pas en laissant ces tâches "ingrates" aux autres qu'on assurera notre souveraineté, quand bien même ils bâtissent leurs usines en Europe (et avec des subventions européennes).

Et pour le moment, un seul acteur recrute à tour de bras en Europe pour construire le métavers. Un acteur qui dit vouloir créer 10 000 emplois hautement spécialisés d'ici 2027. De qui peut-il bien s'agir ?

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