Pour Google, le cloud est-il la limite ?

Pour la troisième fois depuis mars 2014, Google casse les prix de ses services de cloud computing. Pas sûr que cette tactique suffise à le sortir de sa position de challenger. Car si le géant d’internet dispose de l’infrastructure la plus efficace, il souffre d’une mauvaise image en matière de protection des données.

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Pour Google, le cloud est-il la limite ?

Google a encore frappé. Le géant d’internet vient de réduire les prix de son service de cloud computing, Compute Engine, de 5 à 30 % selon le type de charge de travail. C’est la troisième baisse de ses tarifs après celles de mars 2014 et novembre 2014. Et le groupe de Larry Page promet de poursuivre le mouvement selon la loi de Moore, c’est-à-dire en divisant par deux les prix tous les deux ans. Cette tactique va-elle l’aider à s’imposer enfin sur le marché de l’informatique à la demande, une activité périphérique à son cœur de métier qui est la recherche Web ? Pas si sûr.

En lançant la guerre des prix dans le cloud d’infrastructure en mars 2014, Google s’est donné le pari de détrôner le leader du secteur : Amazon Web Services (AWS). Certes, le bras armé d’Amazon dans le cloud computing en a subi le coup en enregistrant une chute de son chiffre d’affaires de 4,3 % à 1 milliard de dollars au second trimestre. Mais il a repris ensuite sa croissance de plus belle, de façon à conserver sa part de marché de 29 %.

une erreur stratégique au départ

Les résultats de la tactique de Google restent pour le moins mitigés. Le géant d’internet ne publie pas ses chiffres dans le cloud computing. Le cabinet TBR estime son chiffre d’affaires dans le secteur à 1,7 milliard de dollars en 2014, ce qui le positionne loin derrière ses quatre principaux concurrents : Salesforce (5,37 milliards de dollars), Microsoft (6,3 milliards de dollars sur une base annualisée), AWS (4,6 milliards de dollars) et IBM (3 milliards de dollars). Sur les trois segments, il rencontre une forte résistance qui l’empêcher de progresser plus vite que ses compétiteurs.

Dans le logiciel à la demande (SaaS pour Software a service), qui représente les deux tiers de ses revenus dans le cloud, son service bureautique Google for Work (ex-Google for Entreprise) semble pâtir du succès du service Office 365 de Microsoft. Et le lancement cette année de Workmail par AWS risque de détériorer davantage sa situation. "C’est une menace supplémentaire pour Google, qui va l’empêcher de toucher les clients d’AWS pour migrer une partie de leurs applications bureautiques vers le cloud", explique Jillian Mirandi, analyste chez TBR dans une note d'analyse sur le cloud de Google.

Dans les segments d’infrastructure (IaaS pour Infrastructure as a service) et de plateforme (PaaS pour platform as a service), Google demeure à la traîne avec seulement 5 % du marché selon le cabinet Synergy Research, derrière AWS (29 %), Microsoft (11 %) et IBM (7 %). Contrairement à ses concurrents, il peine à séduire les grandes entreprises, se cantonnant à une clientèle composée principalement de développeurs, start-up et PME high-tech. "Il a été pionnier, avant même Microsoft ou IBM, remarque David Chappell, analyste chez David Chappell & Associates. Mais il s’est trompé en misant sur le PaaS, alors que c’est l’IaaS qui constitue le segment le plus porteur." Google n’a lancé son service Compute Engine, concurrent du célèbre service EC2 d’AWS, qu’en décembre 2013. Microsoft a commis la même erreur en privilégiant d’abord le PaaS. Mais il est entré dans l’IaaS plus tôt en juin 2012.

la confiance perdue

Virtuellement, Google a tout pour réussir dans le cloud. "Il dispose de l’infrastructure de datacenters la plus efficace, explique David Chappell. Il propose tous les services fournis par AWS ou Microsoft, du serveur virtuel aux outils de machine learning, en passant par l’hébergement de sites Web, le stockage ou les bases de données. Il est présent aussi bien dans le logiciel à la demande que dans les terminaux où il domine largement les mobiles avec son système d’exploitation Android. Son problème c’est qu’il ne semble pas trop croire à ce business atypique de ses activités principales."

Jillian Mirandi, analyste chez TBR, pointe du doigt un autre obstacle : celui de la sécurité des données. Google ne garantit pas la localisation des données qui lui sont confiées. Un tel service serait contraire à son obsession d’optimisation de son infrastructure. Plus grave encore, le moteur de recherche souffre de son image Big Brother puisque son modèle est fondé sur la collecte des données des utilisateurs de ses services.

Depuis les révélations fracassantes d’Edward Snowden sur le programme de cyberespionnage de la NSA, l’agence nationale américaine de sécurité, Google tente de corriger son image en se présentant comme le défenseur de la vie privée et en s’opposant ouvertement à la politique américaine d’interception des données sur Internet. Mais rien à faire. Son image de laxiste en matière de protection de la vie privé colle à sa peau. "Et ceci profite à fonds à ses concurrents", estime l’analyste de TBR.

Ridha Loukil

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