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"Pour les talents digitaux, la localisation de l'emploi n'est plus un critère", Vinciane Beauchene (BCG)

Entretien Cadremploi et le Boston Consulting Group (BCG) ont réalisé une étude internationale auprès des "talents digitaux", soit les spécialistes du numérique. Deux tiers d'entre-eux sont prêts à déménager pour leur carrière. En France, ce sont plus des trois quarts (76%) qui seraient prêts à partir pour trouver le bon emploi. Vinciane Beauchene, associé au BCG décrypte les principaux résultats de cette étude, où l'on vérifie que les jeunes préfèrent... les grandes entreprises aux start-up !
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Pour les talents digitaux, la localisation de l'emploi n'est plus un critère, Vinciane Beauchene (BCG)
Vinciane Beauchene commente les résultats de l'étude BCG Cadremploi "Decoding digital talent" © Vincent Blocquaux

L’Usine Digitale : Comment expliquez-vous que tant de spécialistes français du numérique soient prêts à quitter la France ?

Vinciane Beauchene : cela montre surtout que les jeunes talents digitaux sont des talents internationaux dans un marché sous tension. Le système éducatif les a formés dans ce sens, ils ont fait des années de césure, eu des stages à l’étranger… Les jeunes talents digitaux sont moins frileux vis-à-vis de l’international que leurs prédécesseurs. Cela est aussi vrai pour les jeunes Français. Ils ont conscience que "leur" marché de l’emploi est global, ils connaissent les niveaux de rémunération dans les différents pays, voire écosystème par écosystème. L’information est fluide et chaque talent essaie d’avoir la meilleure opportunité : ils savent très bien que d’ici à 2020, un tiers des emplois digitaux sera difficile à trouver. Ils sont très courtisés par les entreprises.

 

Quand même, votre étude montre que les jeunes Français sont plus enclins à partir que les autres pays. Pourquoi selon vous ?

Quand on leur demande quels critères comptent dans le choix d’un emploi, les talents digitaux français mettent en avant la possibilité d’apprendre, le développement de leurs compétences. S’ils placent si haut les Etats-Unis et le Canada, c’est qu’ils ont identifié que dans ces pays, il y a des environnements porteurs pour les start-up et des acteurs de taille mondiale. C’est d’une certaine façon un accélérateur de carrière. Mais il est vrai qu’aujourd’hui, certaines de ses grandes entreprises ont ouvert des implantations en Europe, certaines sont très présentes à Paris. Cela veut dire que les opportunités se développent en France pour les jeunes talents digitaux.

 

Ensuite, je voudrais nuancer un point : nous avons demandé aux jeunes s’ils étaient prêts à partir et non s’ils allaient partir. Cela veut dire surtout que pour eux, la localisation de l’emploi n’est plus le critère principal. Ils iront là où ils trouvent ce qu’ils cherchent : des missions intéressantes dans lesquelles ils se développent. Travailler à l’étranger ne leur fait pas peur : ils sont prêts à prendre des risques.

 

On voit aussi dans l’étude que si les jeunes Français sont prêts à partir, la France reste peu attractive. N’est-ce pas plus inquiétant ?

Je ne suis pas d’accord avec votre diagnostic. Au regard des Etats Unis et de la Chine, la France est une puissance économique moyenne qui se classe 7e pour l’attractivité. Paris est la sixième ville. Ce sont des résultats qu’on ne peut pas regarder de haut. Ensuite, on voit que la barrière de la langue existe. Pour un jeune dans le monde, partir dans un pays anglophone c’est a priori plus simple. Ceux qui rêvent de venir en France ont soit une proximité géographique ou linguistique. Les pays d’Amérique latine sont moins séduits. Pour moi, la France tire bien son épingle du jeu. Aux pouvoirs publics et aux entreprises de tenir le bon discours pour convaincre les jeunes du monde entier qu’ils trouveront ce qu’ils cherchent en France. A cet égard, la France possède de grandes entreprises mondiales qui se transforment et c’est un véritable atout. C’est un signal d’autant plus fort que les jeunes talents digitaux du monde veulent plutôt travailler dans une grande entreprise que dans une start-up, contrairement aux idées reçues.

 

Cela signifie-t-il que les Etats doivent développer une marque sur le marché mondiale des compétences comme cela existe pour la marque employeur ? Dans ce cadre, un événement comme VivaTech a-t-il un effet ?

Je crois qu’il est impératif d’avoir une marque nationale. D’ailleurs on observe certaines démarches d’ores et déjà qui sont très intéressantes. Ce qui s’est passé à Vivatech la semaine dernière va dans le bon sens.

 

Les entreprises l’ont déjà compris. Et pour revenir sur ce que je disais précédemment, il est essentiel qu’elles réfléchissent bien à leur stratégie digitale pour communiquer auprès du bon vivier de talents. Nous parlons de talents digitaux, c’est plus vaste que les développeurs. Cela comprend les spécialistes du marketing digital, de l’industrie 4.0… C’est très important de savoir ce qu’on veut faire pour communiquer auprès des bonnes personnes. Les grandes entreprises qui ont mis en place des dispositifs de strategic workforce planning savent très bien le faire. Il faudrait généraliser, approfondir cette démarche. Nous avons travaillé pour un constructeur automobile qui a identifié qu’il pouvait réaliser un gain d’un milliard d’euros en 3 ans en accélérant la transformation digitale. Les RH ont travaillé pour recruter les talents autour de l’axe stratégique identifié.

 

Pourquoi cet intérêt pour les grandes entreprises ?

Elles sont en train de changer. Elles sont dans des modes plus agiles, moins formelles, tout en offrant aux jeunes talents digitaux des opportunités plus vastes. Les grandes entreprises ont aussi des moyens financiers supérieurs. Cela a renforcé l’attrait des grandes entreprises par rapport aux start-up.

 

L'intégralité de l'étude "Decoding digital talent"  est consultable ICI

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