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Pour Louis Gallois, "c'est aux industriels d'investir pour améliorer la compétitivité"

Pour Louis Gallois, président du conseil de surveillance de PSA Peugeot Citroën et président du think tank la Fabrique de l’industrie, les patrons doivent prendre en charge l’usine du futur.
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Pour Louis Gallois, c'est aux industriels d'investir pour améliorer la compétitivité
Pour Louis Gallois, "c'est aux industriels d'investir pour améliorer la compétitivité" © Stéphanie Jayet

L'Usine Nouvelle - Les 34 plans de la Nouvelle France industrielle vont être réorganisés, pensez-vous que celui sur l’usine du futur sera maintenu ?

Louis Gallois - Je suis persuadé qu’il va perdurer, car il s’agit sans doute du plus important des 34 plans. S’il en est un qui doit faire l’objet d’une mise en avant, c’est celui-ci. Il fallait que ce sujet émerge en France, car c’est une tendance mondiale. En Allemagne, c’est devenu une préoccupation majeure, mais aussi aux États-Unis.

Quelles différences entre les plans français et allemand ?

Le plan allemand est clairement orienté vers l’offre. On a vu les fournisseurs d’automatismes et les constructeurs de machines s’organiser pour développer les technologies de production de demain, afin de fournir l’usine du futur à leurs clients. S’il y a une telle mobilisation de la part de ces offreurs, c’est parce qu’il y va de leur avenir en tant que premiers fournisseurs mondiaux d’équipements industriels. Ils sont à un moment charnière où leur offre doit prendre en compte le passage au numérique. Ils pèsent d’un tel poids dans la performance industrielle et commerciale allemande qu’on assiste à une véritable mobilisation pour ne pas rater ce virage, sous peine de perdre la prééminence technologique. En France, notre offre est beaucoup plus limitée. C’est du côté de la demande, liée à la modernisation de notre appareil productif, que se situe notre problème le plus urgent : le sous-investissement dans la robotisation et l’automatisation pèse sur notre productivité et notre compétitivité.

Comment faire pour améliorer notre compétitivité ?

C’est aux industriels de prendre en charge ce sujet et d’investir. L’État peut soutenir l’effort, mais on ne lui demande pas de financer des usines. En Allemagne, les industriels sont à l’origine d’Industrie 4.0, les soutiens publics à travers les instituts de recherche ou les länder ne viennent qu’après. La responsabilité du gouvernement français est de créer un environnement favorable aux investissements et de soutenir des programmes de recherche pour avancer sur des technologies qui restent à développer. Mais il s’agit aussi d’étudier comment nous pouvons redevenir des "offreurs" de technologies productiques qui pèsent au niveau international.

Dans quel domaine faudrait-il développer cette offre française ?

Je ne pense pas que l’on puisse reconstruire à court terme une offre forte dans les machines, hors certaines niches où nous sommes déjà présents. En revanche, nous pouvons revenir dans la compétition mondiale par les logiciels et les technologies autour de l’internet des objets. La France a des atouts majeurs dans le numérique. Pour que ces technologies se développent, le Programme des investissements d’avenir et Bpifrance ont un rôle central à jouer.

Quels sont les freins au développement de l’usine du futur ?

D’abord, il y a un gros travail à faire sur les relations entre donneurs d’ordres et fournisseurs. L’usine du futur, ce ne sont pas que des technologies, ce sont aussi des entreprises étendues, avec des processus plus fluides, depuis les fournisseurs jusqu’aux clients finaux. Ensuite, il faut que les industriels parviennent enfin à collaborer. En Allemagne, il est courant de voir des industriels concurrents, notamment dans l’automobile, travailler ensemble sur des programmes de recherche préconcurrentiels. Nous devons nous inspirer de ce modèle collaboratif, dans tous les secteurs. Les 34 plans de la Nouvelle France industrielle donnent le cadre de ces collaborations. Les industriels doivent s’en saisir. Je constate d’ailleurs qu’ils commencent à le faire.

Propos recueillis par Pascal Gateaud et Frédéric Parisot

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