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Pour une bonne start-up, il faut une bonne idée pas un diplôme d'école de commerce

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Et si l'écosystème numérique français manquait aussi d'entrepreneurs originaux, venus d'autres univers que celui des grandes écoles de commerce. Et si la première barrière à l'entrée à faire tomber était d'ouvrir la création de start-up à des profils qu'on dit à tort "atypiques". Les co-fondateurs de Clay, Jean-Baptiste Guignard et Thomas Amielien, musicien et chef d'orchestre, défendent dans la tribune que nous publions ci-dessous, leur singularité. Sans agressivité ni rancoeur. Un exemple à suivre ?

Pour une bonne start-up, il faut une bonne idée pas un diplôme d'école de commerce
Pour une bonne start-up, il faut une bonne idée pas un diplôme d'école de commerce © HoloLens

C’est la crise certes, mais cela n’a pas empêché les Français, encore cette année, de se lancer dans l’entrepreneuriat. Selon l’Apec, la création d’entreprise n’a jamais été aussi florissante avec près de 550 000 nouvelles pousses en France chaque année.

 

Les succès d’Uber ou de Snapchat ne laissent pas indifférents : rien qu’à Paris, près de 12000 entrepreneur(e)s font actuellement fleurir leur start-up. Entreprendre et innover au pays des 35 heures, du Dalloz et des prélèvements obligatoires est une véritable aventure, et un terrain de jeu propice aux entrepreneurs dont les parcours tranchent net avec des profils plus traditionnels.

 

Retour d’expérience d’un pianiste et chef d’orchestre sorti du conservatoire de Paris et d’un chercheur – docteur en Sciences Cognitives passé par l’UTC et l’Université de Princeton – qui côtoient les capitaux risqueurs et les business angels.

 

L’idée comme Case Départ, et non l’École de Commerce

L’école de commerce serait l’inévitable genèse. C’est une idée reçue tenace : l’avenir et le succès d’un chef d’entreprise ne se jouent pas sur les bancs de l’école ; d’abord, la vocation peut venir plus tard, mais surtout "l’idée" et la vision qui en découle restent les pièces essentielles et structurantes d’un projet de développement d’entreprise.

 

Dans notre cas, l’objectif premier n’était pas de créer une start-up pour occuper une position sur un marché donné, mais de répondre à un besoin que nous avions en commun : jouer et interpréter notre musique en live sans musicien, ce qui revenait en substance à "rendre le numérique malléable". La technologie de commande gestuelle (Clay) que nous avons développée pour ce besoin spécifique est alors devenue la pierre angulaire de notre projet de start-up Hins.

 

C’est une fois que nous avons constaté la puissance de l’innovation – sa précision, mais aussi son universalité – que nous avons décidé de la partager largement à travers une application mobile (Clay Music), ensuite déclinée à l’ensemble des domaines qui s’y prêtent naturellement : la domotique, la 3D, la rééducation cognitive, la pédagogie, la chirurgie, la gestion des commandes embarquées (automobile), etc.

 

La start-up comme un accord 

Puisque nous faisions aussi bien – et dans certains cas mieux – que des systèmes de captation de mouvements coûteux nécessitant du hardware, pourquoi s’arrêter à la musique ? Nous voulions – et cela reste notre objectif principal – démocratiser la commande gestuelle en permettant à chacun de contrôler son environnement simplement, depuis son smartphone, et sans achat de matériel.

 

L’histoire d’Hins n'a donc rien de comparable aux chemins plus standard, parfois même standardisés, et si nous devions représenter notre start-up comme un accord, l’idée ou la vision en serait l’absolue fondamentale, sa réalisation (logicielle en l’occurrence) la tierce, et sa commercialisation la quinte (juste), dont on sait qu’elle dépasse naturellement les frontières linguistiques.

 

Norbert Alter, sociologue contemporain, argue que les dirigeants dits "atypiques" savent magnifier leurs différences et les transforment en autant d’atouts de différenciation (discours, visions, solutions, etc.). Dans le milieu entrepreneurial, leurs différences et leurs pensées out of the box sont, selon lui, à l’origine d’une prise de recul critique singulière et d’un type de management particulièrement innovant.

 

Selon le même sociologue, ces entrepreneurs sont également prêts à prendre plus de risques calculés que les autres (proportion des fonds propres par exemple) et ils sont plus impliqués au quotidien (management de proximité). Cela serait accentué par le fait qu’ils doivent "se battre davantage pour être légitimes" et échapper aux stéréotypes qui cloisonnent les parcours et leurs finalités. Or, ces filières attendues formatent plus qu’elles ne permettent la créativité, et nous avons fait l’expérience inverse : dans un milieu très homogène, parfois lissé, l’originalité et la différenciation sont des forces majeures. On sait qui vous êtes, on se souvient de vous, on adhère plus aisément à un propos "non formaté". Dans un contexte d’innovation "de rupture", vous incarnez la nouveauté.

 

Art et start-up ont un point commun : la création

Si les codes du monde de l’entrepreneuriat sont, par ailleurs, parfois considérés comme très éloignés de ceux que l’on peut trouver au sein d’un laboratoire de recherche ou d’un orchestre symphonique, s’adapter dans la rigueur avec pour visée l’excellence (de l’académicien ou du virtuose, ce qui est la caractéristique commune à ces deux métiers exigeants) semble être une méthode parfaitement adaptée au rythme bousculé et radical qu’impose le quotidien de la start-up.

 

Poussons la comparaison plus loin : les budgets des projets de recherche comme ceux des productions d’opéra représentent des sommes similaires à celles d’une levée de fond en amorçage, les montages de dossiers relatent les mêmes attendus, exemplifient les mêmes catégories de dépenses, et ironiquement, les directions de départements, de laboratoires ou de conservatoires forgent plus radicalement les capacités managériales, les acteurs des ces établissements ne pouvant en aucun cas être contournés. Les deadlines des représentations scéniques (les "premières"), celles des livrables, des brevets et des publications (pour la recherche), qu’il faut améliorer en continu et qui se bonifient dans le temps, etc. Où que l’on regarde, les éléments trouvent un écho clair dans le quotidien d'une start-up.

 

Le contexte actuel de multiplication des jeunes pousses favorise l’émergence d’un nouveau type d’entrepreneur(e)s, qui valorisent dans et par l’entreprise, des parcours, des discours, des "idées" qui sont autant de différences positives appréciables et appréciés des BA, des VC, et des fonds d’investissements. 

 

Jean-Baptiste Guignard et Thomas Amielien, fondateurs de Hins

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