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Pourquoi l'accord sur la transformation numérique d'Orange va être rediscuté

Trois syndicats d’Orange exercent leur droit d’opposition à l’accord sur l’accompagnement de la transformation numérique. Les points de désaccord concernent entre autres les données, la frontière vie privée-vie professionnelle, la formation du management. Même s’il n’y était pas contraint, l’opérateur rouvrira les négociations le 13 mai.
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Pourquoi l'accord sur la transformation numérique d'Orange va être rediscuté
Pourquoi l'accord sur la transformation numérique d'Orange va être rediscuté © Emmanuelle Delsol

Trois syndicats d’Orange ont décidé d’exercer leur droit d’opposition au premier accord sur la transformation numérique de l’opérateur. Tout en s’affirmant favorables à cette transformation qu’ils jugent indispensable, la CFE-CGC, la CGT et SUD Télécoms souhaitent renégocier avec leur employeur sur la transparence sur les données, la limite entre vie privée et vie professionnelle, une formation insuffisante aux usages du numérique... La CFDT-F3C et FO Com ont signé l’accord et Orange aurait pu en rester là. Mais l’opérateur rouvrira la discussion dès le 13 mai.


"Un outil de progrès social, pas d’aliénation"

"Le numérique est un outil de progrès social, nous en sommes convaincus, pas un outil d’aliénation," insiste Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC de l’opérateur. Une façon de préciser que les syndicats ne jouent pas l’opposition à la transformation numérique, mais aux modalités proposées par l’entreprise pour la mener à bien. Ainsi, alors que l’entreprise et son PDG se sont engagés sur la transparence en matière d’utilisation des données des clients, le syndicaliste évoque une différence de traitement des salariés. "Si les engagements pris pour les clients étaient mis en miroir pour les salariés, je ne dis pas qu’on signerait l’accord, mais presque !"


Utilisation des données et frontière entre vies privée et professionnelle

"On ne préjuge pas d’un mauvais usage qui en serait fait, tempère-t-il. Mais on ne sait pas quelles données sont utilisées, à quel endroit elles sont stockées et pour quoi elles sont utilisées. C’est le cas de la géolocalisation des véhicules, par exemple."  Une situation exacerbée pour le syndicaliste, quand votre employeur est aussi votre fournisseur de téléphonie et d’accès à Internet.

 

Dans le prolongement de ce sujet, celui de la frontière entre vie privée et vie professionnelle est aussi un point d’achoppement. La distribution généralisée en 2015 de smartphones 4G avec abonnement idoine à tous les employés est une bonne idée, pour le syndicaliste. Mais la connexion permanente qui en découle conduit quasiment à des astreintes implicites.  "Comment mesure-t-on, décompte-t-on, dans un tel cadre ?"


Des sanctions à la mesure des erreurs

Le syndicaliste rappelle par ailleurs que l’âge médian chez Orange reste de 53 ans, et que le numérique n’est pas une évidence pour tous. De fait, certains employés pourraient contrevenir à certaines règles sans comprendre. Deux solutions pour Sébastien Crozier. Une formation et une information claires, pour commencer, qui évitent en particulier des situations critiques pour les salariés qui emploient de façon impropre, sans s’en douter, certains outils. Il évoque l’exemple de la demande de la révocation d’un fonctionnaire de 60 ans qui avait oublié de désactiver le roaming de son smartphone à l’étranger. Deuxième volet de la réponse, "la sanction – et nous ne sommes pas contre quand il y a faute  ne pourra cependant jamais être supérieure au préjudice subi par l’entreprise".

 

Autre exemple parmi les sujets contestés par les syndicats, celui de la remise en cause du management. "La logique des réseaux sociaux modifie les rapports dans l’entreprise," rappelle le syndicaliste. Il évoque la connaissance qui n’est plus l’apanage des managers, et de nouvelles formes de solidarités entre salariés, y compris sur des questions professionnelles, qui s’expriment ailleurs que dans les outils internes.


Formation à tous les étages

Pour le président de la CFE-CGC d’Orange, l’accord devrait davantage prévoir de la formation à tous les niveaux. Celle des managers, donc, pas seulement aux outils, mais à l’impact de la transformation sur leur fonction. Celle des décideurs de l’entreprise aussi. "Il y a une petite oligarchie qui n’est pas du tout au niveau", assène Sébastien Crozier qui tient à faire une exception pour le PDG de l’entreprise, estimant que les syndicats revendiquent la même ambition numérique que lui. "Si Stéphane Richard était mieux écouté, ça irait peut-être mieux". Enfin, le syndicaliste évoque une indispensable formation de ceux qui conçoivent les outils de la transformation. "Ils doivent simplifier, pas complexifier. On obtient des gains de productivité seulement dans une logique de confiance et de simplicité."

 

Un accord jurisprudence pour toutes les entreprises ?

Contactée, la direction d’Orange n’a pas souhaité réagir officiellement. La signature des deux syndicats déjà acquise suffirait à valider le texte, mais à l’occasion d’une conférence de presse le 10 mai, Jérôme Barré a néanmoins déclaré sa volonté d'aboutir à un accord le plus large possible. Et pour ce faire, il est donc prêt à rouvrir les négociations dès le 13 mai sur les points contestés, en particulier car cet accord peut faire jurisprudence. "Nous sommes la première entreprise à nous engager dans une telle négociation qui couvre un champ aussi large, incluant le droit à la déconnexion, le temps de travail, la protection des données".


Pas assez d’outils adaptés au dialogue sur le numérique

La loi pour une République Numérique a déjà démontré combien des négociations sur le sujet sont complexes. Les désaccords entre syndicats et direction chez Orange pourraient en être un autre symptôme. Le numérique est une thématique sur laquelle il faut aller vite sans pour autant se précipiter, et qui bouleverse les hiérarchies autant que les modalités d’échange, de discussion, de négociation. Qu’elles soient politiques, sociales, juridiques, n’ont-elles pas besoin de nouveaux outils ?

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