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Pourquoi le logiciel Scribe de rédaction de plaintes pour la police a été un véritable fiasco ?

Lancé en 2016, le logiciel Scribe devait permettre aux enquêteurs de dématérialiser certaines procédures. Il a finalement été abandonné au printemps 2021 après plusieurs années d'échecs qui ont coûté 13,28 millions d'euros. C'est Capgemini qui était chargé de la mise en place du dispositif pour plus de 8 millions d'euros. 
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Pourquoi le logiciel Scribe de rédaction de plaintes pour la police a été un véritable fiasco ?
Pourquoi le logiciel Scribe de rédaction de plaintes pour la police a été un véritable fiasco ? © Unsplash

La Cour des comptes ne mâche pas ses mots à propos du projet "Scribe", un logiciel qui devait devenir le nouveau logiciel de rédaction des procédures de la police nationale avant d'être abandonné au printemps 2021. Il s'agit, d'après l'institution financière, de "l'exemple emblématique d'une conduite de projet défaillante". En effet, il a cumulé "une série de dysfonctionnements de nature organisationnelle, technique et juridique qui lui laissaient peu de chance d'aboutir".
 

Le gendarmerie se retire du projet

Scribe était un logiciel très attendu par les services de police pour améliorer le travail quotidien des enquêteurs et répondre aux enjeux de l'interconnexion des différents outils informatiques utilisés au sein de la police. Il a été initialement lancé en 2015 et devait servir à la police et à la gendarmerie. Premier couac, la gendarmerie s'est retiré du projet en novembre 2016, considérant la fusion des deux logiciels (celui de la police et de la gendarmerie) comme "risquée".


Or, d'après la Cour des comptes, "aucun des arguments invoqués n'est déterminant". En effet, "les objectifs (...) sont très largement partagés par la police et la gendarmerie" : "créer un outil de rédaction fluide et ergonomique", "produire des statistiques homogènes aux deux forces à des fins institutionnelles ou opérationnelles à partir des données issues des procédures"... Cette situation montre, d'après le rapport, "une absence de cadrage et une formalisation très insuffisante de l'expression des besoins".

Le rapport pointe également du doigt une dilution des responsabilités entre les parties prenantes. D'un côté, se trouvait l'équipe projet, responsable de la maîtrise d'ouvrage, rattachée directement au directeur général de la police nationale, qui a été dirigée par des commissaires de police qui, pour deux d’entre eux, n’avaient pas d’expérience dans la conduite de projets informatiques.

Le non choix pour Capgemini

La maîtrise d'ouvrage a été attribuée au service des technologies et des systèmes d'information de la sécurité intérieure (STSISI). Or, ce service a confié cette fonction à un prestataire externe, Capgemini. Seuls deux agents ont été affectés au projet. De son côté, le prestataire externe n'a été que très peu encadré par le STSISI. Il a lui-même reconnu avoir manqué à son "devoir de conseil et d’alerte". Cependant, sa part dans l’échec du projet va bien au-delà, puisqu’il a perçu entre 2016 et 2021 "plus de huit millions d'euros d’honoraires pour un outil non viable techniquement", indique le rapport.

Concernant le choix de Capgemini, il ne s'agit en réalité pas d'un choix puisque c'est la seule entreprise à avoir répondu à l'appel d'offres. Celle-ci avait déjà été choisie lors du premier appel d'offres. Or, entre-temps, la Direction interministérielle du numérique (Dinum) avait dressé "un constat sévère des prestations réalisées par l'entreprise". Son avis du 10 octobre 2019 soulignait que le "suivi de la réalisation des contrats était faible" et qu’il existait un "risque de non-respect des clauses contractuelles". Il signalait également "un risque de sous-réalisation des tests attendus et de mauvaise qualité du produit informatique".

Un projet coûteux qui n'a pas abouti

Enfin, la Cour des comptes regrette un "projet coûteux". Au total, ce sont 13,28 millions d'euros qui ont été consacré à Scribe entre 2016 et 2022, dont 8,66 millions d'euros de prestations externes et 4,62 millions d'euros de dépenses de personnel interne à l'administration. La Dinum estime à 30 millions d'euros le montant des dépenses supplémentaires de développement et de déploiement nécessaires pour doter la police nationale d'un nouvel outil de rédaction des procédures à l'horizon 2024. Un chiffrage à prendre avec "beaucoup de précaution" dans la mesure où la mission d'appui de la Dinum n'a pas déterminé "quelle était la part réutilisable des prestations dans le cadre du projet Scribe".

Le Dnium recommande de passer un nouveau marché pour développer un nouveau logiciel, tout en laissant la porte ouverte à "une convergence à terme des logiciels de la police et de la gendarmerie". Cependant cette convergence, dont l’échéance n’est pas déterminée, apparaît "artificielle". L’alternative consisterait à élaborer "le socle technique du projet reconfiguré de logiciel de rédaction des procédures de la police nationale à partir de celui du logiciel développé par la gendarmerie nationale", note la Cour des comptes. Or, ce scénario – qui permettrait de garantir effectivement la convergence technologique des deux logiciels – n’a pas été suffisamment analysé. Il doit très rapidement l'être si l'objectif est d'instaurer un nouveau logiciel en 2024.

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