Pourquoi Lenovo risque gros en rachetant les serveurs x86 d’IBM

En reprenant les serveurs x86 de Big Blue, le constructeur informatique chinois Lenovo se hisse dans le top 3 mondiaux du marché. Mais il se lance aussi dans une véritable galère, à l’issue bien incertaine.

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Pourquoi Lenovo risque gros en rachetant les serveurs x86 d’IBM

C’est officiel. Lenovo va racheter les serveurs x86 d’IBM. Le montant de la transaction s’élève à 2,3 milliards de dollars. C’est moins que les 2,5 milliards de dollars réclamés auparavant par Big Blue. A première vue, le groupe informatique chinois fait une bonne affaire. En mettant la main sur cette activité de 7500 personnes et 5,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, il se hisse à la troisième place mondiale des serveurs x86 avec, selon le cabinet Gartner, une part de marché de 12,2%, derrière HP (30%) et Dell (22%). Jusqu’ici, il ne détenait que 0,2% du marché. Presque rien.

Lenovo acquiert le chainon manquant à sa stratégie "Plus PC" visant à devenir un fournisseur global d’équipements informatiques, depuis les smartphones grand public jusqu’aux serveurs d’entreprises, en passant par les PC et tablettes. Par cette acquisition, il accède aussi au précieux portefeuille de grands comptes d’IBM et à une plus grande visbilité auprès des entreprises. Le succès n’est pas pour autant garanti.

Une activité très convoitée

Certes, Lenovo reprend une activité, bien qu’à faibles marges, encore bénéficiaire. Mais elle est sur le déclin. Selon Gartner, la part de marché d’IBM a chuté de 17% en 2010 à 12% sur les neuf premiers mois de 2013. Sur le quatrième trimestre 2013, la baisse atteint 16% par rapport au quatrième trimestre 2012, ce qui explique la précipitation de Big Blue à conclure la vente quitte à accepter un prix plus bas que celui exigé au départ.

Inverser cette tendance, c’est le grand défi auquel Lenovo devra se confronter, selon Errol Rasit, analyste chez Gartner. Pas si simple sur un marché en plein bouleversement comme celui des serveurs. L’entrée de nouveaux acteurs a exacerbé la concurrence et redistribué les cartes. En appliquant le modèle industriel d’externalisation, en Asie, qui a fait son succès dans les routeurs, Cisco s’est hissé en quatre ans à la quatrième place mondiale avec, toujours selon Gartner, 5% de part de marché aujourd’hui. Au troisième trimestre 2013, il affiche une croissance de 42,7% en valeur, contre une chute de 19% pour IBM. Huawei est également de la partie, avec un bond de ses ventes en volume de 200% au quatrième trimestre 2013.

Une secteur menacé par le Cloud

Les perspectives de marché sont d’autant plus sombres que le cloud computing se développe à grande allure. Par la mutualisation des moyens via la virtualisation, l’informatique en nuage nécessite moins de serveurs que l’informatique traditionnelle. A cela s’ajoute la tendance des géants de l’internet comme Amazon, Google, Facebook ou Alibaba de développer leurs propres serveurs ou de les faire réaliser par des spécialistes taiwanais comme Quanta Computer. Selon Gartner, ce phénomène d’internalisation des serveurs, qui vise à réduire les coûts des datacenters, représente aujourd’hui 5% du marché et la part devrait grimper à 7% en 2017. " Ce modèle est en train de s’étendre aux fournisseurs de services d’hébergement Web ou de diffusion de contenu ", prévient Errol Rasit, à l’instar Rackspace aux Etats-Unis et d’OVH en France.

Enfin, contrairement aux PC, où Lenovo a réussi à prendre en 2012 la couronne, après avoir racheté cette activité à IBM en 2005, le groupe chinois ne peut pas se contenter, dans les serveurs, de vendre des machines. Il a également besoin de logiciels et de services, deux éléments clés qui lui manquent aujourd’hui cruellement. Pour combler ce manque, il devra travailler avec IBM et nouer des partenariats stratégiques avec HP, Dell et autre Oracle, qui sont ses concurrents. Ce qui implique un virage complet dans la sa façon d’aborder le marché. Et c’est peut-être le plus dur à faire.

Ridha Loukil

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