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Pourquoi les partenariats entre Amazon et Bpifrance sont-ils sous le feu des critiques ?

Vu ailleurs Amazon a intégré en tant que "sponsor' un événement dédié à la promotion de l'entreprenariat chapeauté par Bpifrance et son cloud a été sélectionné pour héberger les attestations des prêts garantis par l'Etat. Ces partenariats inquiètent car ils touchent à des données sensibles sur l'état de santé des entreprises et remettraient en cause la souveraineté numérique française, d'après la sénatrice Nathalie Goulet. La banque publique d'investissement tente de rassurer. 
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Pourquoi les partenariats entre Amazon et Bpifrance sont-ils sous le feu des critiques ?
Pourquoi les partenariats entre Amazon et Bpifrance sont-ils sous le feu des critiques ? © Flickr - Tony Webster

Les collaborations entre Bpifrance et Amazon pendant la crise sanitaire soulèvent de nombreuses inquiétudes liées à la souveraineté numérique. C'est ce qui ressort d'un échange, retranscrit par Le Monde, entre la sénatrice UDI Nathalie Goulet, vice-présidente de la commission des lois du Sénat, Bernard Benhamou, secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique, et Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France.

En pratique, Bpifrance a choisi Amazon pour deux services. Le premier est l'hébergement des attestations des prêts garantis par l'Etat (PGE), une aide mise en place depuis mars dernier pour soulager la trésorerie des entreprises. Le second est lié à une tournée dédiée à l'entreprenariat, organisée par Bpifrance, qui se déroulera cet été durant lequel l'entreprise proposera des modules de formation sur la numérisation des PME.


Des données sur l'état de santé des entreprises
Concernant l'hébergement des données liées aux PGE, le choix d'un provider de cloud américain n'est pas anodin, relève Nathalie Goulet. Elle affirme que "Bpifrance l’a attribué sans appel d’offres. Or ces données sont sensibles : elles permettent de savoir quelles entreprises françaises sont fragiles, et il y a parmi elles des pépites". Des propos que conteste Bpifrance. "Nous avons bien fait un appel d'offres", explique une porte-parole de la banque publique.

En effet, après avoir obtenu "un pré-accord" auprès d'une banque, l'entreprise doit remplir un questionnaire pour recevoir son attestation. Le candidat au PGE doit notamment fournir des renseignements sur son chiffre d'affaires hors taxe de 2019, la masse salariale annuelle constatée et le montant de l'emprunt demandé. Autant d'informations qui donnent des indications sur la santé de la société concernée. 

Le spectre du Cloud Act et du Privacy Shield
Bernard Benhamou ajoute qu'avoir choisi Amazon est "une très mauvaise idée" en raison de l'extra-territorialité des lois américaines, en particulier du Cloud Act. Pour rappel, ce texte permet aux services de renseignements d'accéder aux données stockées par des entreprises américaines n'importe où dans le monde. Le secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique y voit le même risque que l'hébergement par Microsoft du Health Data Hub.

A noter également que depuis l'invalidation du Privacy Shield, un texte qui facilitait le transfert de données outre-Atlantique, l'hébergement de données européennes par une entreprise américaine peut être illégale si un certain nombre de conditions ne sont pas respectées (chiffrement robuste des données, pseudonymisation…).

Amazon veut aider les entreprises à se numériser
Amazon va également participer à un événement dédié à l'entreprenariat cet été, organisé par Bpifrance, via "L'Accélérateur du Numérique", un programme destiné à accompagner les entreprises dans leur transformation numérique en les aidant à développer leurs activités en ligne. La société américaine va y proposer des formations gratuites aux PME, TPE, artisans et commerçants désireux de vendre leurs produits ou services sur internet.


D'après Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France, "c’est une énorme incohérence, car Amazon fait une concurrence déloyale aux commerces physiques". Par conséquent, il conseille à ses adhérents de s'associer à des acteurs locaux, soutenus par des acteurs publics, plutôt que d'utiliser le marketplace d'Amazon.

Les données sont chiffrées
Face à ces critiques, Bpifrance se justifie. D'après son directeur général Nicolas Dufourcq, cité par Les Echos, seul Amazon était en capacité "d'accomplir le miracle de lancer le PGE en dix jours". Par ailleurs, la banque publique affirme avoir une "politique d'hébergement multi-cloud", dont l'entreprise roubaisienne OVH fait partie. De plus, "toutes les données restent logées dans des serveurs sécurisés, dont seule Bpifrance a la clé; elles restent donc anonymes", promet Nicolas Dufourcq.

Concernant le programme de digitalisation, Amazon n'est qu'un des "sponsors payants", comme l'ont déjà été Orange, Cdiscount, Paprec ou encore La Poste, explique le directeur général de Bpifrance. Par ailleurs, seule l'une des 12 formations proposées par l'entreprise concerne sa marketplace, ajoute-t-il.

Plus généralement, le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O, expliquait que s'attaquer à Amazon est "un mauvais combat". Sollicité par Le Figaro en novembre dernier, il estimait que la priorité était de "numériser les petits commerces". "Il y a 30 % seulement de petits commerces numérisés (en France, ndlr) contre 72 % en Allemagne, c'est ça le fond du problème", relevait-il.

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