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Première historique : un syndicat voit le jour chez Amazon aux Etats-Unis

Les employés d'une plateforme logistique new-yorkaise ont voté en faveur de leur représentation par un syndicat indépendant, contre lequel s'est vivement battu Amazon, qui a toujours réussi jusqu'à présent à tuer dans l'œuf les velléités syndicales.
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Première historique : un syndicat voit le jour chez Amazon aux Etats-Unis
Christian Smalls, le fondateur du syndicat ALU. © twitter.com/Shut_downAmazon

C'est une première qui ne plaît pas à Amazon. Les employés de sa plateforme logistique JFK8, la plus grande de New York, ont voté en faveur de la création du premier syndicat de l'histoire de l'entreprise, par 2654 votes "pour" contre 2131 (sur 8300 inscrits).

Les élections se sont tenues du 25 au 30 mars, et les résultats ont été communiqués le 1er avril. Jusqu'à présent, le géant américain avait réussi à empêcher toutes les tentatives. Il s'est d'ailleurs officiellement déclaré "déçu" de l'issue du vote, car il "pense que des relations directes avec l'entreprise sont la meilleure chose pour les employés".

Intense lobbying d'Amazon
Selon TechCrunch, Amazon a dépensé 4,3 millions d'euros rien qu'en 2021 pour contrer les initiatives de syndicalisation. L'entreprise a par exemple missionné un cabinet de conseil pour dissuader les employés new-yorkais de voter en faveur de la création du syndicat, a révélé CNBC. Pendant la campagne électorale, Amazon aurait organisé des réunions obligatoires pour expliquer aux salariés qu'il était dans leur intérêt de voter contre la création d'un syndicat. "Amazon Labor Union veut parler pour vous. Nous voulons parler avec vous", argumente par exemple le site internet créé pour l'occasion par l'entreprise.

"Nous étudions nos options, y compris déposer un recours basé sur l'influence inappropriée et injustifiée de la NLRB (National Labor Relations Board, l'organisme chargée d'organiser le scrutin) que nous et d'autres (incluant la Fédération nationale du commerce et la Chambre de commerce) avons constatée durant ce processus électoral", a déclaré Amazon dans un communiqué.

La pandémie, déclencheur de la lutte
L'ALU est un syndicat indépendant créée par un ancien manager de JFK8, Christian Smalls, licencié en mars 2020 pour ne pas avoir respecté les mesures de distanciation sociale prises par Amazon, en pleine crise du Covid-19 : il avait organisé un débrayage au sein de cet entrepôt de Staten Islands, justement pour réclamer plus de sécurité pour les employés pendant la crise sanitaire, et plus précisément la fermeture de la plateforme pendant deux semaines.

En février 2022, il a été arrêté et inculpé pour être entré sans autorisation dans les locaux. Lui se défend en expliquant qu'il apportait simplement de la nourriture à ses anciens collègues. La pandémie a fait renaître les velléités syndicales au sein du géant de l'e-commerce. Le dernier scrutin en date, dans le Delaware, datait de 2014, rappelle CNBC.
 


L'ALU milite pour diminuer les cadences, augmenter les salaires et le nombre de congés payés. Le New York Times, qui avait enquêté sur la plateforme logistique JFK8, parle de "culture de la peur" créée par une "surveillance intensive de la productivité". Amazon est régulièrement pointé du doigt pour les conditions de travail dans ses centres logistiques, qui plombent ses efforts en termes de marque employeur. L'entreprise est en effet plutôt bien placée sur les salaires et les avantages sociaux. Par exemple, à 15 dollars de l'heure, elle atteint le salaire minimum que voudrait voir instaurer le président américain Joe Biden.

Ballotage en Alabama
La campagne de l'ALU n'a pas reçu l'appui d'organisations syndicales nationales, mais ce n'est pas le cas en Alabama, où s'est tenue une autre élection dont l'issue n'est pas encore connue car les résultats sont serrés. Là-bas, les salariés avaient tenté en avril 2021 de rejoindre un syndicat national, le Retail, Wholesale and Department Store Union (RWDSU). La NLRB avait considéré que les conditions d’un vote anonyme n’étaient pas réunies et avait demandé un second scrutin, qui a eu lieu fin mars.

Selon le RWDSU, "les travailleurs chez Amazon ont enduré une opposition inutilement longue et agressive pour se syndiquer, Amazon faisant tout ce qui était en son pouvoir pour répandre désinformation et mensonges". Les salariés de Bessemer en Alabama ont reçu le soutien de Bernie Sanders. Une porte-parole de la Maison Blanche a de son côté indiqué que Joe Biden se félicitait du résultat obtenu à New-York.

2e employeur américain
Selon la presse américaine, la nature indépendante de l'ALU est sans doute un facteur de succès de son élection, dans un contexte où le taux de syndicalisation est tombé à 10,3% en 2021 (6,1% dans le privé), un plancher historique. La presse fait le parallèle avec la situation chez Starbucks, où des mouvements spontanés ont fait tache d'huile dans l'entreprise.

La situation chez Amazon est d'autant plus scrutée que l'entreprise de Seattle est le 2e employeur aux Etats-Unis avec 1,1 million de salariés, derrière Walmart.

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