Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

[Présidentielle 2017 ] Ce qu'attendent les Français en matière de numérique

Comme chaque semaine, Renaissance Numérique décrypte les programmes numériques de la campagne présidentielle. Après la comparaison des programmes des deux candidats finalistes la semaine dernière, nous changeons de perspective et nous nous intéressons aux attentes de Français en la matière. Quelles sont leurs principales attentes en matière de numérique en 2017 ? Quelle a été leur prise en compte dans le cadre de la campagne présidentielle ? Cette réflexion est issue des principales conclusions de l’enquête que le think tank a conduite en partenariat avec Médiamétrie sur le "Portrait de la France numérique", d’avril 2016 à avril 2017. Dans le contexte de l’entre-deux tours, nous nous intéressons en particulier aux propositions des deux finalistes.

Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

[Présidentielle 2017 ] Ce qu'attendent les Français en matière de numérique
[Présidentielle 2017 ] Ce qu'attendent les Français en matière de numérique © Renaissance Numérique

Au cours de cette campagne, nous avons eu de multiples occasions d’aborder les propositions numériques des différents candidats à l’élection présidentielle. Mais sont-elles en accord avec les attentes et aspirations des Français ? En prenant pour appui une étude d’opinion réalisée avec Médiamétrie sur 5 grands thèmes au cœur des enjeux du numérique (économie collaborative, santé connectée, mutations du travail, engagement citoyen et citoyenneté sur Internet), il s’agit de constater si les candidats remplissent le cahier des charges de leurs électeurs.

 

Vie politique et modernisation de l’Etat : un déséquilibre dans la prise en compte

 

Quand on interroge les Français sur le numérique, la première mesure plébiscitée est celle de l’e-administration. 53 % des sondés déclarent que la priorité de numérisation de l’Etat doit être la dématérialisation des services administratifs. Intensifier la politique d’open data figure aussi en bonne place des aspirations des Français avec 34 % des sondés favorables. Or, cet aspect a été inégalement pris en compte par les candidats.

 

En la matière, c’est François Fillon et Emmanuel Macron qui ont le mieux pris la mesure des attentes de Français. Emmanuel Macron propose notamment un « compte citoyen », guichet numérique unique qui permet d’accéder à toutes les démarches administratives. Le candidat d’En Marche ! prévoit également une dématérialisation globale de l’administration (y compris pour les services de police et de justice) pour des économies de fonctionnement de l’ordre de 5 à 10 milliards d’euros d’ici 2022. Il ambitionne l’avènement d’un « Etat plateforme » se nourrissant des contributions des administrés pour davantage d’efficacité.

Le candidat s’engage également dans la voie de l’intensification de l’ouverture des données publiques en proposant la création d’une « banque de donne?es nume?riques re?utilisables ».

 

Marine Le Pen, pour sa part, semble n’envisager le recours à l’e-administration dans son programme que du point de vue du système de santé. Elle préconise ainsi de favoriser le recours aux outils numériques afin de réaliser des économies de fonctionnement de la Sécurité sociale. Dans sa réponse au questionnaire Contexte-Renaissance Numérique sur la comparaison des engagements des candidats à l’élection présidentielle, Marine Le Pen évoque également l’enjeu plus général de connecter l’ensemble du territoire avant d’entreprendre toute politique de numérisation des démarches administratives, arguant qu’une grande partie de la population se retrouverait de fait exclue de ces transformations.

La participation citoyenne est également une revendication forte selon les résultats de notre enquête : 32 % de l’échantillon se déclare ainsi favorable au recours à des outils numériques pour améliorer le processus démocratique (pétitions en ligne, plateforme de co-construction de la loi…). De manière générale, cet aspect a été relativement peu investi par les différents candidats : Marine Le Pen n’évoque pas la question, tandis qu’Emmanuel Macron recommande le recours à de nouvelles modalités d’évaluation du travail parlementaire par les citoyens, incluant notamment le compte-rendu sur les réseaux sociaux. Enfin, 34 % des sondés sont favorables au vote en ligne, que le candidat d’En Marche ! propose de généraliser d’ici 2022.

 

Economie collaborative : une prise de conscience progressive mais insuffisante

 

Alors que l’économie collaborative s’installe dans les habitudes des Français, puisque près d’un sur deux y a recours de manière régulière (46 %), il est nécessaire que les décideurs s’emparent de la question. Cette thématique recouvre non seulement l’aspect consommation, mais également le gain de revenus, puisque 35 % des sondés, soit plus d’un Français sur trois, est prestataire de service sur une plateforme. 50 % de l’échantillon déclarent qu’ils auraient souhaité que le sujet soit abordé au cours de la campagne, et 28 % déclarent que les propositions en la matière pourraient directement influencer leur vote.

 

Si la première préoccupation des Français est la protection du consommateur (pour 44%), les deux candidats finalistes semblent se concentrent avant tout sur l’enjeu du travail. Ils prévoient notamment dans leur programme de supprimer le RSI, afin de mieux prendre en charge les nouvelles formes de travail, et ainsi de permettre aux indépendants de cotiser au régime général. Le candidat d’En Marche ! voit plus loin en préconisant l’accès aux indépendants à l’allocation chômage pour réduire les risques.

 

Emmanuel Macron envisage également le développement de l’économie collaborative sur un plan global. Par exemple, il propose de favoriser le covoiturage par la possibilité pour les véhicules concernés d’emprunter les voies de bus, ou d’adapter le prix des péages routiers.

 

Les deux candidats ont également pu s’exprimer sur la question dans le cadre du questionnaire Contexte-Renaissance Numérique. Interrogés sur l’opportunité de revenir sur la transmission automatique des revenus générés par les plateformes collaboratives au fisc (dans le cadre de la loi de finances rectificative de 2017), Marine Le Pen a répondu vouloir maintenir cette disposition pour lutter contre la fraude fiscale. Elle n’est en revanche pas favorable à l’établissement d’un seuil, estimant qu’il est difficile d’évaluer la rentabilité de l’activité déclarée.

 

Emmanuel Macron, lui, est plus vague, et évoque la nécessité de simplifier le système au bénéfice des petits entrepreneurs. Il envisage en revanche de lutter sur le phénomène de multi-cotisations forfaitaires, en remettant à plat la fiscalité sur les revenus d’appoint générés par l’économie du partage.

 

Santé connectée : de grandes lacunes

 

Si une minorité de Français a déjà eu recours à des dispositifs de santé connectée (21 %), ceux qui le font y ont recours de manière assidue. Preuve en est de l’intérêt de ces dispositifs. La plupart des freins à l’utilisation de ces technologies pourraient être levés par l’Etat : manque de sensibilisation des professionnels de santé, doute quant à l‘utilisation faite des données, remboursement des dispositifs, parcours de soins…

 

Emmanuel Macron prévoit un plan d’investissement de 5 milliards d’euros destiné à la modernisation du système de santé, dont l’une des composantes est le renforcement de la télémédecine. Il prévoit également le renforcement de tels dispositifs pour les personnes en situation de dépendance. Il préconise enfin de faciliter les autorisations de mise sur le marché des dispositifs de santé connectée.

 

Marine Le Pen, pour sa part, s’en tient à une approche succincte de la question : elle ambitionne ainsi de favoriser les start-up permettant de moderniser le système de santé afin d’accroître l’efficacité des services et de lutter contre la fraude. Interrogée sur cette mesure dans le cadre du questionnaire, elle annonce vouloir créer un fonds d’aide à l’innovation en santé financé à 100 % par les deniers publics.

 

Mutations du travail : les Français perçoivent le numérique comme un facteur d’amélioration globale du travail

 

Contre une idée reçue, les résultats de notre enquête témoignent d’une vision positive du numérique en matière de transformation du travail. Près de 80 % des personnes interrogées considèrent ainsi que le numérique a un impact positif ou plutôt positif sur l’emploi ; ils sont 69,7 % à estimer que les technologies facilitent les conditions de vie au travail.

 

Interrogés sur leur volonté de développer le recours au télétravail, les deux candidats finalistes répondent positivement, soulignant les bienfaits en matière de réduction du stress ou du temps passé dans les transports pour les salariés, améliorant leurs conditions de travail.

 

En revanche, leurs positions diffèrent quant à l’emploi généré par les plateformes. Ainsi, si Emmanuel Macron entend favoriser le recours à ces activités génératrices de revenus complémentaires, Marine Le Pen les évoque avec circonspection sous le terme très général d’« ubérisation » ; elle prévoit à cet égard la création d’un secrétariat d’État dédié aux mutations économiques rattaché au ministère des Finances pour anticiper les nouvelles formes de travail.

 

Prenant acte des externalités positives du numérique sur le travail et l’emploi, Emmanuel Macron envisage dans son programme un plan d’accompagnement des PME dans leur transition numérique.

 

Propos haineux et civilité sur Internet : l’impensé

 

Le dernier volet de l’étude est consacré à la prolifération de propos haineux sur Internet. En effet, près de trois Français sur quatre déclarent agir contre la haine sur Internet grâce aux outils mis à leur disposition, signe de leur engagement vis-à-vis de cette thématique. Néanmoins, si 45 % considèrent que l’action publique à cet égard est efficace, seuls 11 % de l’échantillon déclarent avoir recours aux dispositifs publics, signe que ceux-ci sont insuffisamment mis en avant.

 

A cet égard, les candidats évoquent très peu la question dans leurs programmes respectifs. Alors que la question n’est pas abordée par Emmanuel Macron, Marine Le Pen n’y fait que brièvement allusion lorsqu’elle évoque les libertés numériques : elle prévoit ainsi de simplifier les procédures visant à « faire reconnaître la diffamation et l’injure », sans davantage de précision.

 

En revanche, interrogés sur la directive e-commerce de 2000, les candidats ont des positions différentes. Celle-ci fixe le régime de responsabilité des hébergeurs vis-à-vis des contenus diffusés. Alors que la candidate du Front national estime qu’il est inutile de renforcer le dispositif existant au nom des libertés numériques, alertant sur le risque de censure. Emmanuel Macron considère au contraire qu’il faut alourdir les mesures à l’encontre des hébergeurs, notamment pour lutter contre les contenus haineux et le piratage.

 

Alors que la société civile et les médias s’engagent sur cette voie, la sphère politique peine encore à se saisir de ces enjeux.

 

On constate à l’issue de cette analyse que les programmes numériques - s’ils abordent un certain nombre de propositions égrainées dans différents domaines - peinent à faire émerger une approche globale dotée d’une véritable vision. Le numérique est toujours perçu comme un secteur à part et non comme un outil transversal à même d’apporter des solutions à des enjeux de politique publique.

 

L’étude a été réalisée en ligne via le dispositif MédiaFit de Médiamétrie auprès de plus de 1 000 internautes âgés de 15 ans et plus représentatifs de la population internaute résidant en France. La population de référence de l’étude (internautes 30 derniers jours de 15 ans et +) est établie à partir des données de l’enquête de référence Observatoire des Usages Internet de Médiamétrie.

 

 

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale