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[Présidentielles 2017] Zones d’ombre dans le programme numérique de Marine Le Pen

Tribune Comme chaque semaine, Renaissance Numérique passe au crible les propositions numériques des candidats à la présidentielle 2017. Tour d’horizon des mesures phares de Marine Le Pen, candidate du Front National, en lice pour le deuxième tour,
mis à jour le 24 avril 2017 à 09H59
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Zones d’ombre dans le programme numérique de Marine Le Pen
[Présidentielles 2017] Zones d’ombre dans le programme numérique de Marine Le Pen © Renaissance Numérique

Le 1er février 2017, Marine Le Pen a dévoilé ses propositions pour l’élection présidentielle 2017. Sur 144 mesures, seulement une dizaine concerne le numérique. Celles-ci se concentrent sur les enjeux économiques, d’emploi, de protection des données et de culture. D’autres secteurs décisifs tels que l’e-administration, l’éducation ou encore la défense, sont passés sous silence.
Le programme de Marine Le Pen en matière de numérique semble présenter trois défauts : un manque de propositions opérationnelles, la redondance de mesures déjà existantes et des angles morts dans des secteurs pourtant stratégiques.


Un programme généraliste où manquent les mesures concrètes

Premier aspect du programme numérique de la candidate frontiste : une approche trop générale du secteur numérique, se contentant d’énoncer des mesures sans application concrète. C’est notamment le cas des propositions en matière de e-santé. Bien que Marine Le Pen fasse de la e-santé une source d’économies pour financer la Sécurité sociale, la candidate du Front national se contente de proposer d’investir dans les "nouveaux outils numériques" et de soutenir les start-up françaises pour "moderniser le système de santé". Aucun plan d’action, aucun détail qui permettrait de rendre crédible son ambition.  

Elle propose par ailleurs l’établissement d’une "nouvelle régulation pour préserver une concurrence loyale", dont on peut s’interroger sur les modalités et le champ d’action.

Il en va de même pour la culture, où Marine Le Pen prévoit la suppression de la loi Hadopi, comme c’est le cas des candidats du PS et de France Insoumise ; néanmoins, là où ses concurrents proposent des solutions alternatives à la propriété intellectuelle et au modèle économique de la culture, celle-ci reste très vague en proposant l’ouverture du "chantier de la licence globale". La seule mesure véritablement novatrice semble être la création d’un "mécénat populaire par la création d’une plateforme numérique dédiée", dont il faut s’interroger sur la pertinence à créer un pendant public aux KisskissBankBank et autres plateformes de financement participatif.


Des propositions dont on peine à percevoir l’aspect novateur

Second point d’interrogation, la redondance de certaines mesures avec les structures existantes. La chef de file du Front National prévoit la création d’un "secrétariat d’Etat dédié aux mutations économiques rattaché au ministère des Finances", dont la mission première serait "d’anticiper les évolutions des formes de travail liées aux nouvelles technologies". En l’état actuel de la proposition, il est difficile de percevoir la rupture avec l’actuel secrétariat d’Etat chargé du Numérique et de l’Innovation, lui-même sous l’égide de Bercy.

La candidate propose par ailleurs la réorientation du Crédit Impôt Recherche (CIR) "vers les PME et les start-up". Pourtant, le CIR est déjà mis à disposition des start-ups et des PME innovantes qui bénéficient d’une procédure de rescrit facilitée pour y accéder. Il serait par ailleurs dommageable de limiter les avantages de cette mesure en faveur de la recherche et du développement aux seules petites structures.


Quant au sujet des équipements et des infrastructures, Marine Le Pen n’échappe pas à la tendance des candidats à la poursuite du plan Très Haut Débit, souvent proclamée et pourtant en situation de blocage en raison des contraintes budgétaires.


Des sujets essentiels passés sous silence
Le programme de la candidate du Front National est enfin aveugle sur certains points pourtant cruciaux des grands enjeux du numérique. Ainsi, si dans le reste de son programme, elle plaide pour une participation accrue des citoyens au processus démocratique (par la voie de la pratique référendaire notamment), jamais la candidate ne pense aux potentialités du numérique en la matière : e-pétition, co-création de la loi… On peut faire la même remarque pour la simplification des procédures administratives où le numérique ouvre des possibilités nouvelles et ambitieuses. À aucun moment, Marine Le Pen ne s’en saisit.

Le volet éducation de la candidate se concentre sur des enjeux d’autorité et de retour à la "méritocratie républicaine". Les sujets d’e-éducation sont totalement éludés, alors que les débats actuels se cristallisent sur l’équipement numérique des établissements ainsi qu’une nouvelle pratique de l’enseignement, enrichie par les outils du numérique.

Enfin, alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que les enjeux de défense soient l’une des clés des propositions du Front National, une seule mention est faite à la cyber-sécurité par la lutte contre le cyber-djihadisme ; là encore, sans que cette proposition ne débouche sur aucune proposition concrète.


Un programme flou et peu innovant donc, pour le Front national, sur le volet numérique.

 

 

 

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