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Quand les start-up coachent les groupes du CAC 40 avec Whyers

Cas d'école Pour accélérer leurs transformations numériques et éviter qu'un Uber ou un Airbnb ne les emporte, les grandes entreprises multiplient les initiatives.  Depuis peu, Whyers met en relation dirigeants de start-up et cadres de grands groupes pour instaurer un échange qui pourrait être gagnant-gagnant. Les dirigeants de start-up sont attendus pour leur savoir, leur créativité et leur agilité, mais aussi leur capacité à voir autrement. La preuve avec Total.
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Quand les start-up coachent les groupes du CAC 40
Un nid de poules ? Peut-être irez-vous bientôt sur un site spécial grâce à l'intervention de deux start-up chez Total © Pixabay

Il y a longtemps, au vingtième siècle, les grandes entreprises imaginaient des dispositifs managériaux, seules ou avec l'aide des grands cabinets de conseil, que tôt ou tard, les entreprises plus petites adoptaient. Il ne serait venu à l'idée d'aucun dirigeant de multinationales d'aller voir ce qui se passe dans une PME pour l'appliquer chez lui. Alors imaginer un directeur de division d'une entreprise du CAC 40 faire appel à un dirigeant de TPE pour l'aider à améliorer ces process aurait sûrement fait rire dans une réunion de cadres supérieurs.

 

Avec le numérique, même cette assurance est en train de vaciller. Depuis que des entreprises comme Airbnb viennent défier des groupes établis comme les chaînes hôtelières, il se dit que, comme le disait déjà Jean de La Fontaine dans le Lion et le rat, "on a toujours besoin d'un plus petit que soi".

 

Le syndrôme de Gulliver

C'est avec une idée du genre que Julien Masson a lancé Whyers, une entreprise qui met en relation des responsables de grands groupes et des dirigeants de start-up. Ces derniers "ont développé de nouvelles compétences, des savoir-faire dont ont besoin les grands groupes aujourd'hui. Nous leur proposons de venir coacher les collaborateurs des grandes entreprises", explique-t-il. Désormais le grand groupe semble comme le géant de Gulliver entravé par ses process internes et ses habitudes, alors que la petite start-up a su pallier le manque de moyens par une plus grande agilité et une capacité à agir vite.

 

Deux start-up et du bitume

Mais n'allez pas lui dire qu'il fait du conseil. Il s'en défend. "Ce qu'on fait est très concret, ils ont les mains dans le cambouis", poursuit-il. Ou dans le bitume, à l'instar de Julien Grangé, responsable expertise et développement Industriels Bitumes chez Total. Il travaille depuis un peu plus d'un an sur une manière de mieux valoriser ce produit fatal du raffinage du pétrole, en trouvant des usages innovants. Sans entrer dans le détail du projet sur lequel il travaille, disons qu'il réfléchit à la façon de passer d'une commercialisation du bitume chaud, à un produit froid qui serait plus facile à exploiter, notamment dans des pays où la logistique est moins certaine.

 

A l'initiative de son N+2 , Julien Grangé a fait appel aux services de Whyers, qui a trouvé non pas un mais deux dirigeants de start-up prêts à venir lui donner un coup de main : Cédric Massa d'Avatacar et Alexandre Grandrémy de Deways. "Par rapport à leur problématique, j'ai cherché parmi les 250 start-upers avec lesquels nous travaillons, ceux qui avaient changé la manière de distribuer un business traditionnel".

 

Un contact humain avant tout

Car c'est toujours de cette façon que commence la mise en relation entre la grande entreprise et la start up. Le responsable de Whyers qualifie la question pour trouver le meilleur partenaire. Ensuite, une fois le choix fait, il est important que les deux (ou trois) personnes parlent entre elles : "On les force à se parler pour voir si ça "fit" ou pas", poursuit Julien Masson.

 

Une fois cette vérification faite le plus souvent par téléphone, les uns et les autres se rencontrent une journée durant, avec toujours une question précise à résoudre. Il ne s'agit pas d'être dans le registre de l'inspiration très général ou de la méthodologie façon cabinet de conseil. La journée doit se terminer par une avancée concrète, asssurent les uns et les autres. "Nous avons aidé Julien à concrétiser son projet pour mieux convaincre en interne", assure Alexandre Grandremy, l'un des deux start-uper qui a participé à cette journée de travail.


Concrètement, dans le cas des bitumes de Total, l'intrapreneur et les deux start-upers ont réussi au cours de la journée à mettre au point une plateforme qui rapprocherait offre et demande et éventuellement déclinable en appli pour smartphones. Pour y arriver, la journée n'a pas dû être de tout repos, si on en croît toujours Alexandre Grandremy : "Pendant la journée, nous avons tordu le concept et le marché dans tous les sens".

 

C'est peut-etre un mérite de la formule : le dirigeant de start-up est à la fois un expert de son domaine mais c'est aussi un candide face à la demande de l'entreprise. "Ils ne connaissaient pas le produit", explique Julien Masson. Ingénieur de formation, Alexandre Grandemy en convient, conscient qu'il n'était pas un pro des bitumes même si la question l'a passionnée, dit-il.

 

De l'expérience et un carnet d'adresses

Mais il a une expérience riche. Ainsi, Cédric Massa d'Avatacar, a exposé de son côté comment il avait mis au point son réseau de garagistes qui viennent à domicile, du recrutement à la charte de qualité qu'ils signent. Voilà qui donnera sûrement des idées à Julien Grangé. De même, le créateur d'Avatacar a eu des réflexes que n'a pas forcément l'intrapreneur de Total. "Il est allé sur Google Analytics voir les résultats pour des mots comme nid de poules, essuie-glaces... On a ainsi vu empiriquement qu'il y avait une vraie problématique de maintenance routière", poursuit Julien Grangé de Total.

 

Autre bénéfice de la formule : les start-upers apportent leur carnet d'adresses. C'est ainsi que Julen Grangé a été mis en relation avec un entrepreneur spécialiste qui avait mis au point une application pour repérer les nids de poules sur la chaussée. Du temps gagné.
Pour les dirigeants qui viennent faire ce coaching, outre la rémunération de leur journée, c'est aussi l'occasion de fréquenter des grandes entreprises, si difficiles à démarcher. Un effet secondaire bienvenu.

 

Pour Julien Grangé, cette journée de travail l'a aidé à avancer dans son process interne. Il en est aujourd'hui à l'étape où il doit prouver que le marché existe pour son produit. A lui maintenant de peaufiner son offre et de trouver les clients potentiels...

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