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Quand un universitaire new-yorkais rêve de coopératives numériques

Vu ailleurs Paradoxaux Etats-Unis. A l'Ouest, la Californie et son modèle économique. A l'Est, New York et ses universitaires alter. Comme le montre l'article de Forbes à propos d'un ouvrage paru récemment promouvant des plateformes de mise en relation qui seraient aussi des coopératives. 
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Quand un universitaire new-yorkais rêve de coopératives numériques
Même voiture, même costume. Et si le chauffeur était propriétaire de son appli... © Chauffeur privé

Pourquoi est-ce le capital qui commande le travail et non l’inverse ? A cette question posée depuis des lustres par la science économique, l’économie du partage (ou à la demande) n’apporte peut-être pas de nouvelles réponses, mais assurément une nouvelle formulation. C’est le magazine économique Forbes, qui sous la plume de George Anders, se fait l’écho d’un ouvrage publié par un universitaire newyorkais, Arun Sundararajan, sur le sujet.

 

Il commence par rappeler que des entreprises comme Airbnb ou Uber ont créé un business sans posséder véritablement d’actifs physiques : elles prélèvent une commission sur des transactions, sans posséder la moindre voiture, ni la moindre chambre d’hôtels. Ces entreprises sont, comme toutes les autres entreprises privées, possédées par des actionnaires et partiellement par leurs dirigeants.

 

Les chauffeurs peuvent-ils posséder l'appli ?

Dans son ultime chapitre, le professeur de la New York University’s Stern School of Business se demande si le modèle collaboratif ne devrait pas franchir un cran supplémentaire, les plateformes devenant la propriété des chauffeurs ou des particuliers mettant à disposition leur logement sur certaines plateformes. "Que se passerait-il, en effet, si les chauffeurs possèdaient Uber ?", résume le journaliste. Car, pour l’universitaire, l’économie à la demande produit des travailleurs indépendants qui courent après le succès, alors que, selon lui, il existe un vrai risque d’une course au toujours moins, où des travailleurs toujours plus nombreux, travailleront toujours plus pour gagner encore moins en termes de salaire ou de sécurité au travail.

 

Pour prévenir ce risque, Sundararajan propose que l’économie du partage soit aussi une économie du partage de l’actionnariat ! Soit la création de plateformes coopératives. Le professeur new yorkais convoque l’exemple de Sunkist, une coopérative agricole. Elles pourraient regrouper les travailleurs indépendants, ce nouveau statut qu’il imagine entre freelances et salariés, soit des personnes acceptant de travailler avec des horaires flexibles mais qui serait dotées de la capacité de négociation collective. Sundararajan reconnaît toutefois que les lois du travail des Etats-Unis ne facilitent pas cette transition vers des plateformes coopératives.

 

 

Relire notre édito "Quand les chauffeurs diron F**k à Uber"

 

 

les plateformes ne sont-elles que des intermédiaires ?

Pour intéressante qu’elle soit, cette réflexion n’en reste pas moins insuffisante. En effet, elle fait comme si les intermédiaires n’avaient aucun rôle. C’est une attitude très courante, qu’on rencontre à chaque nouvelle jaquerie agricole, où les centrales d’achat sont pointées du doigt, accusées de s’enrichir indument, alors qu’elles remplissent un rôle essentiel de l’économie : la mise en relation de l’offre et de la demande. Que certaines abusent est un autre sujet qui ne remet pas en cause leur rôle fondamental.

 

De la même façon Uber, Airbnb et tous les autres ne sont pas des opérateurs qui prélèvent une commission sur des particuliers. Leur existence même rend la transaction possible car ils la sécurisent, en autorisant des recours le cas échéant, en offrant aux loueurs un grand nombre de clients et inversement. Loin d’être un prélèvement indu, la commission est le prix versé à cette version high tech du commissaire priseur walrasien, cette abstraction à la base de l’économie néo classique.

 

Imaginons un instant que demain des chauffeurs réussissent à s’organiser pour créer une nouvelle plateforme. D’abord, parions que pour se faire ils utiliseront une plateforme en ligne de travail collaboratif, car il leur serait difficile de se réunir dans une salle. Une fois leur projet décidé, qui décidera de la manière de créer le logiciel ? Tôt ou tard, certains coopérateurs développeront plus ou moins leur activité. Qui garantira alors que les courses seront bien distribuées équitablement entre toutes les parties prenantes ? Celui qui gagnera moins ne soupçonnera-t-il pas l’algorithme développé de favoriser certains chauffeurs plutôt que d’autres ? Des coalitions de chauffeurs ne risquent-elles pas de se constituer pour favoriser leurs intérêts au détriment de ceux du groupe ?

 

L’existence des plateformes comme Uber ou Airbnb, pour imparfaites qu’elles soient, remplissent ce rôle essentiel : celui du tiers neutre qui met en relation. C’est un tiers intéressé au développement du trafic, mais comme pour les centrales d’achat, c’est un tiers indispensable pour que le marché puisse se développer. En attendant le développement des voitures autonomes qui feront regretter aux professionnels de la nostalgie le temps heureux où des freelances gagnaient leur vie en conduisant une voiture... 

 

Pour lire l'article de Forbes c'est ICI

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1 commentaire

France Barter
13/06/2016 13h10 - France Barter

Merci pour cet article intéressant. Le modèle français propose grâce au statut de coopérative (multi-sociétariat) de partager la gourvernance avec les utilsateurs des plateformes collaboratives. Cette thématique a été au coeur des débats lors du Ouisharefest organisé par le collectif Ouishare le mois dernier. Certaines plateforme collaborative de "l'économie de partage" ont choisi le statut de coopérative à capital variable et notamment celui de SCIC (Sociétés Coopératives d'Intérêt Collectif). C'est le cas de France Barter créée en Juin 2014 - A découvrir !

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