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Que cache la grande coalition européenne pour l’emploi numérique ?

L’Europe vient d’annoncer sa Grande coalition pour l’emploi numérique. Cette ombrelle recensera les projets d’entreprises et organismes prompts à favoriser la formation et le recrutement. Mais derrière un puzzle d’initiatives, une volonté : tirer la sonnette d’alarme.
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Que cache la grande coalition européenne pour l’emploi numérique ?
Que cache la grande coalition européenne pour l’emploi numérique ? © DR

L’équation est simple, sa résolution plus complexe. D’un côté, le numérique devrait créer 900 000 emplois en Europe d’ici à 2015 (plus de 100 000 par an). De l’autre côté, l’Union est sûre de ne pas arriver à y pourvoir, faute de compétences adaptées. Et ce, bien que l’Europe compte 26 millions de chômeurs. Un paradoxe face auquel la Commission européenne a décidé d’agir. Elle a donc lancé le 4 mars une "Grande coalition pour l’emploi numérique" à l’occasion d’une conférence éponyme. Peut-être est-ce l’intitulé un tantinet grandiloquent, ou la difficulté à trouver l’ensemble des informations sur la démarche, mais celle-ci donne davantage l’impression d’être une gigantesque incantation, implorant les acteurs du numérique et de la formation de bien vouloir relever le niveau numérique de l’Europe, plutôt qu’un plan véritable.

Fédérer les bonnes volontés

Pourtant, ne jetons pas (encore) le bébé avec l’eau du bain. Cette Grande coalition a pour objectif de réunir toutes les bonnes volontés venues des entreprises du numérique et des autres, des administrations, des écoles, des organismes de formation, des associations professionnelles, etc. Avec deux vice-présidents de la Commission, Neelie Kroes (stratégie numérique) et Antonio Tajani (industrie et entrepreneuriat) ainsi que deux commissaires européens László Andor (emploi, affaires sociales et inclusion) et Androulla Vassiliou (éducation, culture, multilinguisme et jeunesse) pour la guider. Et cinq grands types d’actions à mener : le développement de formations correspondant aux offres d’emplois du domaine, la mobilité des compétences au sein de l’Europe, une certification des formations numériques, la sensibilisation des jeunes, des méthodes innovantes d’apprentissage pour attirer le plus grand nombre.

Cartographier les offres et les compétences

Le principe ? Chaque partie prenante de la coalition prend un ou plusieurs engagements destinés à doper l’emploi numérique en Europe. Inutile de réinventer la roue, comme l’a expressément recommandé Neelie Kroes, les participants peuvent tout à fait proposer un projet déjà mis en œuvre. La Commission a d’ailleurs montré l’exemple en réaffirmant, dans le cadre de la Coalition, son implication dans certains processus déjà lancés. C’est le cas du paquet emploi qui met en avant l’informatique, avec l’économie verte et les services de santé, et leur potentiel total de 20 millions d’emplois. Avec des actions concrètes comme l’évolution du portail d’emploi européen Eures qui dès 2014, devrait devenir paneuropéen et identifier spécifiquement les emplois du numérique. Ou encore le système eCompetences qui devrait, lui, établir une cartographie et une description précise des compétences du numérique, pour que les employeurs, où qu’ils soient en Europe, s’y réfèrent pour sélectionner des candidats.

Enregistrer les engagements

Les entreprises et organisations qui souhaitent participer à la Grande coalition ont, quant à eux, jusqu’au 31 mai prochain, pour déposer leurs propositions d’engagements auprès de la Commission européenne. Celle-ci les présentera officiellement, à l’assemblée de la stratégie numérique (digital agenda) qui se tiendra les 19 et 20 juin, à Dublin. Plus d’une vingtaine d’organisations se sont déjà manifestées avec des propositions précises ou l’intention d’en déposer prochainement. Parmi elles, la communauté des DSI européens et le CEPIS (Council of European Professional Informatics Societies). Sont aussi sur les rangs, AP, Téléfonica, Cisco, HP, Oracle, Microsoft, Nokia, Alcatel-Lucent, Google, ENI Randstad (intérim). SAP a par exemple développé une plate-forme de formation et d’emploi Academy Cube, disponible cependant uniquement en anglais et en allemand. Cisco, lui, propose des modules de formation aux réseaux électriques intelligents (smart grid).

Inciter à l’incitation

Mais la grande coalition ressemble plutôt pour l’instant à un grand puzzle qu’à une stratégie cohérente. Certaines thématiques comme la "sensibilisation" du plus grand nombre au numérique, qui comprennent par exemple des visites d’école, sont certes louables, mais semblent un peu dérisoires face à l’ampleur du problème. Il n’est que très peu question de grandes mesures, ou incitations des états, à pousser la formation professionnelle et la reconversion au numérique ou par le numérique par exemple ? Peu d’incitations, non plus, envers les entreprises hors du numérique (peu présentes pour l’instant dans les candidats à la Coalition, d’ailleurs).

Définir les indicateurs

Enfin, la Commission n’a que peu évoqué les méthodes et indicateurs avec lesquelles elle se propose de suivre, voire mesurer les progrès de cette grande coalition. "Nous ferons un suivi de la conférence (NDLR : de lancement de la grande coalition) avec une feuille de route, quelques indicateurs (légers, pas de tableaux, nous avons déjà proposé quelques indicateurs) et en mettant régulièrement à jour notre site http://ec.europa.eu/digital-agenda et en twittant," explique le porte-parole de Neelie Kroes. Parmi les indicateurs proposés, qui correspondent aux cinq objectifs de la coalition : le nombre de postes créés ou de diplômés issus des programmes proposés par les entreprises, le nombre de postulants et de diplômés des cursus universitaires informatiques, même choses pour les formations… La Commission appelle aussi sur son site toutes les bonnes volontés à l’aider à travailler sur ces indicateurs…

Avec une communication 2.0

Paradoxalement, côté communication sur l’opération, le bilan n’est pas totalement négatif. S’il faut jouer les chercheurs d’or sur les différents sites Web de la Commission consacrés au numérique pour espérer trouver des informations détaillées sur ces initiatives, l’équipe de Neelie Kroes s’est dotée d’outils de communication simples mais en phase avec des ambitions numériques, et tout à fait à la hauteur de la mission. Ainsi, cette présentation des objectifs de la Coalition sous forme de plan de métro. Mieux encore, La Commission n’a rien à envier à Mark Zuckerberg et Bill Gates, qui à l’appel du basketteur américain Chris Bosh, interviennent dans une courte vidéo, pour appeler à tout un chacun à apprendre à coder ! En expliquant combien c’est passionnant, amusant, bien sûr. Neelie Kroes, elle, s’est tout simplement transformée en personnage de web série animée ! L’histoire ? Une famille – les Clikkers — confrontée aux questions du numérique, de la formation et de l’emploi. Et dans la famille Clikkers, je demande… la grand-mère geek ! Amie, évidemment, avec Neelie Kroes au travers des outils du numérique.

Encore une fois, il ne faut sans doute pas jeter la coalition avec l’eau du bain. Ses efforts sont louables et jouent leur rôle. Celui d’amplifier le message d’urgence à développer l’emploi numérique en Europe. Pour commencer, attendue l’assemblée du Digital agenda en juin pour voir si certaines urgences comme la reconversion, par exemple, fait l’objet de mesures particulières.

Emmanuelle Delsol

Pour en savoir plus : 

La grande coalition pour l’emploi numérique
Discours de Laszlo Andor, commissaire responsable de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion
Discours de Neelie Kroes, Vice-présidente, commissaire en charge de la stratégie numérique (digital agenda)
Discours du président Barroso

Sur Twitter :

La grande coalition pour l’emploi numérique @DigitalAgendaEU #GC_EU

Neelie Kroes :  @NeelieKroesEU

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