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Que fait Cortexia, la start-up suisse à qui Cédric Villani veut faire appel pour nettoyer Paris ?

Vidéo Lors d’un débat diffusé sur la chaîne LCI, le candidat à la mairie de Paris Cédric Villani (dissident La République en Marche) a dit vouloir faire appel aux services de la start-up suisse Cortexia pour améliorer la propreté de la ville. Grâce à la vision par ordinateur, celle-ci est capable de repérer et classifier les détritus présents sur la voierie. Une solution qui permet, selon elle, d’optimiser les ressources allouées par les pouvoirs publics.
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Que fait Cortexia, la start-up suisse à qui Cédric Villani veut faire appel pour nettoyer Paris ?
Que fait Cortexia, la start-up suisse à qui Cédric Villani veut faire appel pour nettoyer Paris ? © Cortexia

Sa technologie a déjà été adoptée par les grandes villes suisses que sont Zurich, Genève et Fribourg. C’est pourtant bien dans le cadre du premier débat entre les candidats aux élections municipales à Paris, diffusé sur LCI le mercredi 4 mars 2020, qu’a surgi Cortexia. Basée à Châtel-Saint-Denis (Suisse), la jeune pousse a mis au point une technique de vision par ordinateur à même de reconnaître les différents types de détritus qui jonchent le sol. Cédric Villani, candidat dissident de La République en Marche (LREM) à la mairie, a ainsi estimé que grâce au "relevé par l’intelligence artificielle et la cartographie, tel que le fait Cortexia, nous saurons de manière objective si les rues sont sales". De quoi faciliter la prise de décision en matière de propreté.

Un index de propreté

Fondée en 2016, la start-up prend ses racines dans diverses expériences locales, en lien avec les villes. Avec un constat : "Les villes les plus sales sont paradoxalement celles qui dépensent le plus en matière de propreté", indique à L’Usine Digitale Andréas von Kaenel, président-directeur général, jugeant qu’il s’agit donc d’une "double punition". A l’aide de prestigieux partenaires académiques, tels que l’école polytechnique fédérale de Lausanne, Cortexia a entraîné un réseau de neurones. Le deep learning a permis de différencier les types d’objets dans le cadre d’une brique logicielle, embarquée dans des caméras équipant les flottes de véhicules municipaux et fonctionnant grâce à un processeur Nvidia.

Zurich resterait la seule ville au monde à planifier l’ensemble de ses opérations de nettoyage grâce à des auditeurs présents dans les rues. La solution élaborée par Cortexia automatise ce procédé. "Une commune peut procéder à un état des lieux pour évaluer le niveau de propreté, sur une échelle de 0 à 5. Cet index de propreté est affiché sur une carte dynamique, qui permet d’allouer les ressources nécessaires où il y en a besoin", explique Andréas von Kaenel. Dans le cas de Zurich, la municipalité a retenu le seuil de 3,6. Concrètement, les artères où l’index dépasse ce chiffre s’affichent en route – et en bleu, dans le cas inverse. Les agents chargés du nettoyage des espaces publics peuvent alors consulter, dans le détail, la liste des détritus observés. Le mégot étant le plus petit objet répertorié.


En rouge, les rues jugées trop sales par la solution selon le seuil retenu par la municipalité ;
en bleu, celles qui sont très propres et nécessitent moins de moyens.


Typologie, horaire, localisation… Cette connaissance extrêmement fine du terrain aurait déjà fait ses preuves. Selon Cortexia, la ville de Genève estime que la solution lui a permis d’avoir "50% de déchets en moins au sol" via l’optimisation de ses moyens d’action après audit, grâce à l’intelligence artificielle. "Economiser ne serait-ce qu’une heure de balayage est un grand progrès", estime Andréas von Kaenel, soulignant l’intérêt pour une ville de maîtriser ses ressources aussi bien que son impact environnemental. La technologie est proposée sous forme d’abonnement, dont le tarif varie au cas par cas selon les besoins spécifiques et la taille de la zone à couvrir.

Si les cités suisses ont commencé à l’adopter, un prestataire privé l’exploite également en Île-de-France. Les villes de Toulouse ou d’Athènes, en Grèce, l’ont aussi mise à l’épreuve l’an dernier. "Chacune des expérimentations permet d’améliorer la détection, souligne le président-directeur général, selon qui les pouvoirs publics se montrent de plus en plus intéressés. En France, l’AVPU [Association des villes pour la propreté urbaine, N.D.L.R.] organise des comptages manuels. Et elle sait combien de telles mesures objectives du niveau de propreté sont stratégiques."



"PASSER DES DONNéES à DES RéSULTATS PALPABLES"

La France, c’est justement le marché prioritaire qu’a ciblé la start-up qui est en train de boucler sa première levée de fonds – dont elle ne souhaite pas communiquer le montant à cette heure. Une fois qu’elle sera suffisamment installée dans le pays, elle dit vouloir ouvrir un bureau "dans la ville où se trouvera [son] plus gros client". Forte d’une dizaine de salariés, Cortexia procèdera au recrutement de profils techniques et commerciaux. La société, membre de programmes portés par HPE et Nvidia, veut, à l’avenir, intégrer sa brique logicielle directement aux caméras fixes, omniprésentes en milieu urbain. "Dans les gares et les nœuds de transport, il existe notamment un maillage suffisant pour transformer les politiques en matière de propreté", juge Andréas von Kaenel, qui indique que les villes clientes sont "coachées" par des ingénieurs d’application dans le cadre de l’exploitation du dispositif.

Ce que Cortexia dit vouloir par-dessus tout, c’est "passer des données aux résultats palpables". Selon elle, sa solution doit conduire à adapter les mobiliers urbains et les comportements des usagers. De nouveaux leviers d’action devront ainsi émerger pour atteindre un niveau de propreté satisfaisant. "Toute la responsabilité n’est pas à imputer aux habitants, car une grande partie de la réponse est à trouver au niveau de l’organisation des villes et collectivités", assure le PDG, qui se plaît à citer le retour du canton de Genève au sujet de sa solution : "Il s’agit de doter d’outils modernes un métier pourtant ancestral." Car les agents d’entretien seraient au premier rang des bénéficiaires d’une telle technologie, à même de faire émerger une profession moins éreintante, moins pénible.

La jeune pousse, qui a participé au CES 2019 sous la bannière French IoT de La Poste, voit en Paris une excellente candidate. "Un premier audit permettrait, en effet, de repérer les secteurs dont il convient de s’occuper sans plus attendre", estime Andréas von Kaenel. A noter que cette proposition de Cédric Villani de recourir à l’IA pour améliorer le quotidien des Parisiens semble faire son chemin semble faire son chemin… jusque dans les autres camps. Lors du même débat, le 4 mars 2020, Rachida Dati (Les Républicains) a notamment dit "avoir les mêmes références pour des rues propres". Pour rappel, le premier tour des élections municipales se tiendra ce dimanche 15 mars 2020.

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