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Que va faire STMicroelectronics de ses circuits numériques ?

En perte de vitesse dans les puces numériques, STMicroelectronics étudie différentes options pour arrêter l’hémorragie. Un mouvement destiné à parachever son recentrage stratégique sur l’analogique mais qui soulève des interrogations sur l’avenir de son site industriel de Crolles.

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Que va faire STMicroelectronics de ses circuits numériques ?
Que va faire STMicroelectronics de ses circuits numériques ? © D.R.

Encore une profonde restructuration en vue chez STMicroelectronics. Carlo Bozotti, le patron du groupe franco-italien, explore différentes options pour arrêter l’hémorragie de son activité dans les circuits numériques. C‘est-ce qu‘il a annoncé lors de la réunion avec les investisseurs et les analystes, à Londres, le 12 mai 2015. "Les pertes deviennent intenables, confie-t-il. Le problème a besoin d’être réglé et nous allons le régler."

Depuis le début de l’année, les circuits numériques de STMicroelectronics — comme les puces pour décodeurs, les Asic (circuits sur mesure), les circuits de traitement d’image, les imageurs Cmos ou les dispositifs photoniques — sont regroupés dans la division Digital Product Group (DPG). Depuis 2012, le chiffre d’affaires de cette activité a fondu de plus de moitié. Au premier trimestre 2015, ses revenus ont encore chuté de 27 % à 207 millions de dollars, plongeant à nouveau le groupe dans le rouge avec une perte de 22 millions de dollars, après un bénéfice de 128 millions de dollars en 2014.

DEs pertes qui se creusent

"STMicroelectronics souffre d’un manque de la taille critique alors qu’il opère dans des marchés stagnants, voire en décroissance, analyse Jean-Christophe Eloy, PDG de Yole Développement, cabinet français spécialisé en électronique. Dans le digital, les coûts de développement sont tellement lourds que la moindre baisse de chiffre d’affaires se répercute durement et longuement sur les comptes financiers. Seuls des grands acteurs comme Intel, Samsung, Qualcomm ou Broadcom peuvent tenir le coup."

Le démantèlement à l’été 2013 de ST-Ericsson, la coentreprise avec Ericsson, était censé mettre fin au gouffre financier du groupe dans les circuits pour mobiles. Mais cela a aussi eu pour effet pervers de priver STMicroelectronics de gains d’échelle dans le digital, fragilisant davantage l’activité DPG. Carlo Bozotti a été contraint de lancer au quatrième trimestre 2014 un plan d’économie de 100 millions de dollars dans cette activité, avec à la clé la suppression de 450 emplois dans le monde, dont 150 en France. Pas assez pour redresser la barre. Alors que va-t-il faire maintenant ?

Vendre cette activité ? "Ce n’est pas impossible, répond Jean-Christophe Eloy. Contrairement aux circuits pour mobiles de ST-Ericsson, il y a ici des repreneurs potentiels intéressés par le savoir-faire, les clients et les brevets de STMicroelectronics." Parmi eux figurent les américains Qualcomm et Broadcom.

A lire aussi : La course folle à la taille critique dans les puces

3 OPTIONS : VENDRE, SE MARIER OU ARRÊTER

Mais pour Jean-Philippe Dauvin, ancien économiste en chef de STMicroelectronics, aujourd’hui expert auprès du cabinet Decision, la meilleure option serait d’associer cette activité à celle d’un autre acteur américain, dans le cadre d’une coentreprise, qui pourrait ensuite être revendue. Une démarche appliquée déjà pour la sortie des mémoires flash. STMicroelectronics a créé en 2007 la coentreprise Numonyx avec Intel, avant d’être vendue en 2010 à Micron Technology.

Cette solution pourrait s’inscrire dans une alliance plus vaste. "L’industrie des semi-conducteurs connaît un mouvement important de consolidation, explique l’expert de Yole Développement. Infineon a racheté International Rectifier et NXP va fusionner avec Freescale. STMicroelectronics a besoin de bouger aussi. La solution à son problème dans le digital pourrait venir d’une opération de ce type."

Reste l’option ultime : l’arrêt pur et simple de l’activité DPG ou du moins d’une grande partie. STMicroelectronics l’a déjà fait dans les circuits pour mobiles en démantelant ST-Ericsson. "Mais même dans cette option, le groupe ferait tout pour limiter la casse sociale", précise Jean-Christophe Eloy. Du fait de la présence des Etats français et italien dans son capital, il a toujours eu un comportement scrupuleux sur le front de l’emploi. C’est ainsi qu’il a repris 1 000 personnes de ST-Ericsson après son démantèlement.

Quid du site de Crolles

Ce repositionnement soulève des interrogations sur l’avenir de Crolles, le site industriel avancé du groupe dans le digital, près de Grenoble. STMicroelectronics s’en sert comme fer de lance pour mener ses recherches stratégiques, développer ses procédés de fabrication et ses circuits numériques du futur. "Il a tout intérêt à le garder car il aura toujours besoin du numérique pour apporter de l’intelligence à ces produits analogiques, comme le fait à merveille Texas Instruments, conseille Jean-Philippe Dauvin. Il faudra juste trouver une solution pour continuer à le financer."

Pour cet expert des semi-conducteurs, l’annonce de Carlo Bozotti constitue une bonne nouvelle pour STMicrolectronics. "Infineon, NXP, Texas Instruments… Tous les grands concurrents se sont recentrés déjà sur l’analogique, remarque-t-il. Le numérique n’est plus que l’affaire de quelques grands acteurs, presque tous américains. Maintenant que STMicroelectronics le fait à son tour, il va enfin parler stratégie et produits."

Sous la pression du marché, le groupe de Carlo Bozotti est condamné à se recentrer sur l’analogique. En arrêtant ST-Ericsson, il a déjà fait la moitié du chemin. En s’attaquant maintenant au problème du reste de ses activités dans le digital, il va faire l’autre moitié.

Ridha Loukil

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2 commentaires

PhL38F
13/05/2015 15h41 - PhL38F

Bien sûr, se séparer des mémoires, puis du digital, c'était la seule issue pour redevenir profitable et garantir du cash aux actionnaires et au "marché". Bien sûr, quand il ne restera plus que l'analogique, il faudra hélas se préparer à d'autres issues, forcément douloureuses au cœur de ces hommes qui dirigent STMicroelectronics avec tant de succès et moyennant des rémunérations si raisonnables (30M d'euros/an pour une vingtaine de personnes, pour les salaires uniquement). TINA a de beaux jours devant elle!

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JMI
09/06/2015 17h34 - JMI

ST n'a jamais été capable de développer un produit similaire à TINA qui est pourtant une des pires solutions propriétaire que je connaisse!

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