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Que vont faire Audi, BMW et Daimler de la cartographie Here (pour contrer Google) ?

Le rachat de Here par le consortium allemand Audi-BMW-Daimler est un acte fondateur pour l’industrie automobile du XXIe siècle. Le secteur se donne les armes de défendre ses données mais aussi de proposer des services, face aux géants du consumer electronics.

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Que vont faire Audi, BMW et Daimler de la cartographie Here (pour contrer Google) ?
Que vont faire Audi, BMW et Daimler de la cartographie Here (pour contrer Google) ? © Here

La première pierre de l’industrie automobile 2.0 date du CES de Las Vegas (Etats-Unis), en janvier, lors la présentation du concept autonome F-015 par le patron de Daimler, Dieter Zetsche. Une seconde pierre s’est ajoutée mi-septembre, lors du Salon International de l’Automobile à Francfort (Allemagne). Le consortium allemand BMW, Daimler et Volkswagen y a dévoilé les premières lignes de l’utilisation de Here. Le rachat du cartographe de Nokia a depuis été validé, début octobre, par l’autorité allemande de la concurrence, pour 2,8 milliards d’euros. Derrière cette somme, les trois allemands démontrent surtout qu’ils sont en train de prendre en main la révolution (numérique) qui s’imposent à eux.

 

Stop Google

"La digitalisation bouleverse les règles de notre branche. De nouveaux concurrents sont apparus et certains clients ne veulent plus acheter les véhicules d’une marque si la navigation n’est pas à jour", explique dans le magazine allemand Auto Motor und Sport Harald Krüger. Le président du directoire de BMW AG poursuit, un cran plus avant : "C’est pourquoi le consortium a acheté Here, pourquoi nous voulons proposer de la cartographie, comme acteurs indépendants, à notre secteur comme à d’autres branches". "Indépendants" signifie ici indépendants de Google, Apple et consorts.

 

"Ce n’est jamais très agréable de travailler avec un monopole, ajoute Jacques Aschenbroich, administrateur et directeur général de ValeoLe véhicule autonome est un sujet autonome par définition, et les constructeurs doivent le maitriser. Ce rachat est une bonne nouvelle." Maitriser la cartorgraphie permet aux constructeurs de conserver les données de leurs véhicules et donc, in fine, les données de leurs clients. Si ces derniers les autorisent à utiliser ces informations pour enrichir en permanence une carte, qui doit être de plus en plus précise pour que leur voiture se déplace seule, les constructeurs ont tout à gagner à éviter les intermédiaires.

 

Une carte adaptée au véhicule autonome

"Les constructeurs s’assurent ainsi que la cartographie, qui est au cœur de la voiture du futur, restera disponible, explique Bruno Bourguet, vice-président ventes et développement business chez Here. Si cette cartographie était reprise par d’autres acteurs [de la Silicon Valley par exemple, ndlr], elle ne serait peut-être pas adaptée à l’automobile." Pour Here, l’opération est intéressante aussi. Elle lui offre de nouveaux outils pour cartographier de nouvelles routes. Here pourra ainsi utiliser les données récupérées par plusieurs véhicules identifiant par exemple de la glace sur une portion de route, pour prévenir les autres automobilistes empruntant la même route. Le cartographe envisage également d’utiliser des capteurs présents sur des véhicules premium (donc pas sur tous les véhicules) pour enrichir la cartographie et proposer des offres différenciées selon les constructeurs et les niveaux de gamme. Le consortium a en effet garanti que la fourniture de cartes de trafic pour GPS perdurera pour tous les autres constructeurs, clients de Here.

 

Fournisseurs de service

Avec Here, les Allemands se positionnent donc désormais comme des fournisseurs de services. "La qualité des cartes sera dans le futur encore plus importante, comme base pour la sécurité, le véhicule autonome et les services", confirme Harald Krüger. Ces services connectés seront bien entendu d’abord proposés dans leurs véhicules, à destination de leurs clients, via des points d’intérêts.

 

Aujourd’hui, les constructeurs n’offrent souvent que des points d’intérêts liés à l’automobile (stations-service, concessions, garages...). Ils devront apprendre à en proposer d’autres, en phase avec le conducteur et ses goûts, sa personnalité... ce qui n’est pas du tout leur métier, mais celui de Here. "Cela va refermer le fossé entre les mondes de l’automobile et de l’électronique grand public, veut croire Bruno Bourguet. Les consommateurs attendent désormais des expériences clients, des mises à jour directement dans le véhicule." Un terrain sur lequel il faudra faire mieux qu’Apple et Google, maitres en la matière...

 

Développée pour l’automobile, utilisée dans les objets connectés

Ce pied dans le service se nourrira certainement d’échanges avec les travaux de Here dans d’autres secteurs. Le cartographe travaille ainsi avec Samsung, dont il équipe la montre connectée Samsung Gear S2, avec Microsoft ou encore avec Garmin et les autorités des transports de différents Etats américains. Cette incursion dans la cartographie pour smartphones est toutefois récente, quand Google Maps équipe des millions d’appareils. Here attend beaucoup du développement de cartes pour le véhicule autonome, afin de les utiliser pour l’internet des objets. "Notre plate-forme est un modèle self-service, où les développeurs peuvent venir coder. Nous voulons offrir de la différenciation à nos clients, précise Bruno Bourguet. Même si la carte est moins précise, on peut avoir besoin de localiser des objets connectés."

 

Que choisira le client final ?

Pour Daimler, cette différenciation possible est la force des services de Here qui seront offerts à bien d’autres constructeurs que ceux du consortium allemand. "Le système opérationnel sera commun, mais ensuite chaque marque utilisera ses données, proposera ses propres services, prédit un top-manager chez Daimler. Et bien sûr, Mercedes présentera la meilleure offre !" Une question reste toutefois en suspend. "Il faudra convaincre les constructeurs automobiles, clients de Here et non actionnaires, d'acheter des licences de cartographie pour leurs voitures", souligne dans La Tribune Franck Cazenave, directeur innovation chez Bosch et auteur de "Stop Google". Reste aussi à convaincre les conducteurs d’utiliser la cartographie de leurs véhicules pour des recherches et pas celles de leurs smartphones. Et ça, ce n’est pas gagné...

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