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Quelle politique publique pour une reconquête numérique de la compétitivité industrielle ? 

Pour redevenir compétitivive, l’industrie française a besoin d’une politique publique numérique s’appuyant sur une comparaion des meilleures pratiques internationales et la promotion de la pluridisciplinarité.
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Quelle politique publique pour une reconquête numérique de la compétitivité industrielle ?
Quelle politique publique pour une reconquête numérique de la compétitivité industrielle ?  © DR

Aujourd’hui, le numérique s’impose de plus en plus comme un secteur central, voire pivot, dans toutes les économies modernes. En Europe, sur la période 2004/2007, le numérique a généré une valeur ajoutée d’environ 600 milliards d’euros, soit 4,8% du PIB et l’investissement en R&D a représenté 25% du total des investissements en R&D des entreprises de l’UE. Par les effets transversaux de ses avancées techno-scientifiques et de ses investissements en R&D, le numérique a depuis le début des années 90 impulsé la moitié des gains de productivité en Europe (CE, 2010).

Ses interactions créatrices avec les autres secteurs induisent en effet une part non négligeable de la valeur ajoutée générée par les industries sur lesquelles est bâtie la puissance économique européenne, tels que l’industrie automobile (25%), l’industrie des appareils électriques (41%) ou encore l’industrie pharmaceutique (santé) et la médecine (33 %), l’aéronautique, l’aérospatial, le nucléaire.

Pour unE politique industrielle numérique

En France, l’économie numérique devrait  être priorisée dans les politiques publiques de reconquête de la compétitivité de l’économie française. En sus du fait qu’elle représente un enjeu transversal source de revitalisation de tous les autres secteurs, sa priorisation s’impose aussi par le retard que connait ce secteur et particulièrement par la quasi-disparition de l’industrie du numérique (production de matériels et d’équipements numériques).

Certes, le cœur de l’économie numérique française est fortement dominé par les services (77% de la valeur ajoutée produite par l’économie numérique), mais l’industrie manufacturière reste porteuse d’une grande dynamique d’innovation et d’externalités positives combien nécessaires au confortement du potentiel d’innovation de la France.  Le fort recul de l’industrie du numérique devient de plus en plus lourd de conséquences. La contribution de l’activité manufacturière dans la formation du PIB s’est en effet effondrée sur la période 2001/2007 en passant dans l’industrie des télécommunications de 0,27% à 0,12% et dans l’industrie informatique de 0,24% à 0,02%. Ce recul se manifeste également au niveau de l’emploi particulièrement dans l’industrie informatique qui durant la période 2003/2008 a perdu 42 000 salariés (Coe-Rexecode, 2011).

Ce mouvement, qui ne cesse de s’amplifier, s’explique par le manque d’adéquation entre les mesures de politique publique et les besoins effectifs du secteur et par les délocalisations des activités productives vers les pays à faible coût de main d’œuvre.

Pas assez de numérique dans l'industrie

Ce recul de l’industrie du numérique qui touche à des degrés divers de nombreux pays développés, à l’exception de l’Allemagne qui a pu résister à ce mouvement avec des parts de marché quasiment stables (5,2% dans les matériels informatiques et 4,1% dans matériels de communication en 2009), a profité aux pays émergents, en particulier à la Chine qui s’arroge à fin 2009 36,2% des exportations mondiales de matériels informatiques et 34% de matériels de communication, faisant de ce pays le 1er exportateur mondial de matériels numériques. Dans ce contexte la France a vu ses parts de marché mondial s’effriter pour atteindre en 2009 1,6% dans les matériels informatiques (contre 2,9% en 2000) et 1,8% dans les matériels de communication (contre 5,5% en 2000).

Le développement du numérique et l’accentuation de ses effets accélérateurs sur la dynamique industrielle globale passerait par le positionnement au cœur du corpus des politiques publiques en vigueur de deux mesures : la captation, l’appropriation et la mise en œuvre des benchmarks des pays leaders dans le numérique et l’encouragement par des mesures spécifiques de stratégies de convergence transdisciplinaire entre les firmes des STIC et  les firmes des autres secteurs.  

S’inspirer des bonnes pratiques internationales

Les politiques mises en œuvre dans ce domaine par les Etats-Unis, Israël et la Suède sont révélatrices de benchmarks pertinents qui ont propulsé ces pays dans le peloton de tète du classement international.

La Suède, leader de l’économie numérique et 1er rang du classement international de 2011, positionne au centre de ses politiques de développement du numérique, la multiplication des incubateurs, perçus comme une source d’avancées technologiques et d’innovation dans ce secteur et la création de pôles de compétitive dédiés aux TIC, comme le cluster de Kista, une ville scientifique, l’un des leaders mondiaux dans les technologies mobiles, abritant près de 10 000 entreprises, dont 1200 entreprises et 24 000 employés dans les TIC. Ce cluster abrite, outre des groupes internationaux (Ericsson, IBM, Microsoft, …,) et de nombreuses start-ups (Skype, Spotify, Polar, Rose, … .), des universités et des centres de recherche. On note également la recherche d’une grande proximité entre l’entreprise et la connaissance (universités, centres de recherche, …) et la dissémination d’une forte culture technologique dans la population. Ce secteur contribue à hauteur de 6,3% au PIB suédois (2009).

Cette politique est également priorisée par Israël au point où, aujourd’hui, le pays a fait, en un temps record, une avancée technologique remarquable dans le classement international. Sur la période 2007/2011 il est passé du 21e rang au 18e rang. Ce pays, qui a mis le cap sur le développement d’incubateurs adossé à des fonds d’investissement (à dominante privée) très actifs, compte le plus grand nombre de start-ups au kilomètre carré avec la création 300 nouvelles start-up environ par an (X. Biseul, 2011). Il vise par cette politique le développement de l’économie numérique, les effets d’entrainement des nouvelles TIC sur les autres secteurs et un meilleur positionnement sur le marché mondial du numérique. Aujourd’hui, Israël dispose d’un secteur du numérique solide  qui assure plus de 20% de la production industrielle totale, 9% de l’emploi et une contribution de 6,5% au PIB et par ses effets transversaux assure une contribution importante dans la croissance de la production de l’industrie israélienne (OCDE, 2008).

Les Etats-Unis, mettent au cœur leurs politiques de développement du numérique la multiplication des mécanismes d’incitation au financement privé  (peu de financement public) en orientant leur soutien au développement du capital-risque (un marché mobilisant près de 30 milliards USD en 2008 faisant des Etats-Unis le 1er marché du capital-risque au monde) et à l’implication active des marchés financiers et des banques d’affaires (ou d’investissements).

L’adossement des politiques de développement de l’économie numérique à la mobilisation de gisements de sources multiples de financement a fait que dans les dix principales entreprises de services internet, six sont américaines, que sur les dix principales entreprises de production de logiciels, neuf sont également américaines (M-L Cittanova, 2011) et que le tiers des données numériques dans le monde est généré par les Etats-Unis.

En sus de la captation et de l’opérationnalisation des meilleures pratiques (benchmarks) en matière de politiques de développement de l’économie numérique, l’accentuation des effets accélérateurs du numérique de la dynamique industrielle globale exige un adossement des  politiques publiques en vigueur sur des mesures spécifiques favorisant les stratégies de convergence transdisciplinaire (interactions technologiques intra et intersectorielles) entre les secteurs du numérique (industrie et services) et les autres secteurs. 

Pousser à l’interdisciplinarité industrielle

L’interaction des technologies numériques avec des technologies relevant traditionnellement d’autres secteurs, tels que la santé, l’éducation, la culture, l’aéronautique, l’aérospatial,  l’automobile, l’industrie manufacturière traditionnelle, …, qui s’inscrirait dans une logique de perméabilité des frontières sectorielles classiques, favoriserait la co-acquisition de nouvelles compétences et le développement de potentiels d’innovation favorables à la revitalisation de la dynamique industrielle globale donc à la reconquête de la compétitivité  industrielle.

L’économie numérique est une économie d’effets de réseaux s’apprêtant parfaitement à des stratégies de partenariats et d’alliances technologiques intra et intersectorielles. La pratique nous révèle de nombreux exemples de convergence transdisciplinaire où de nombreux acteurs industriels ont compris que les avancées technologiques ne peuvent être que le résultat d’une convergence d’acteurs clés des secteurs divers avec le secteur des TIC.

C’est le cas notamment des stratégies de convergence d’IBM dans le secteur de la santé où il a lancée de nouveaux tests pour le développement de nanotechnologie dédiés à l’élimination des bactéries antibio-résistances. C’est le cas également de SONY dans l’équipement médical, l’américain Ford dans la mise en relation par Bluetooth du système d’intelligence embarquée avec les appareils de contrôle du glucose. De General Electric dans la conception des tubes à cathode chaude dans la maitrise des rayons X. De Google dans la mise en ligne de systèmes de gestion de dossiers médicaux des patients, …. Ce sont autant d’exemples d’interactions des TIC avec des technologies relevant d’autres secteurs. 

Nacer Eddine Sadi, Arsia Amir Aslani et L. Xiang, professeurs à Grenoble Ecole de Management

 

 

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