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Quelles stratégies pour les constructeurs automobiles face à l'émergence des services de mobilité ?

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Face à l'arrivée des nouveaux services de mobilité et l'essor des plates-formes de VTC comme Uber et Txfy, les constructeurs automobiles se diversifient. De simples industriels à fournisseurs de services d'auto-partage, voire de VTC, ils opèrent leur mue. Voici comment.

Quelles stratégies pour les constructeurs automobiles face à l'émergence des services de mobilité ?
PSA a déployé 550 véhicules électriques en auto-partage dans les rues de Paris via son service de mobilité Free2Move. © Free2Move

"En plus d'être un vendeur de voitures, l'intention de Renault est de devenir un opérateur de services de mobilité", déclare à L'Usine Digitale Christian Ledoux, responsable des services mobilité pour l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Allant dans ce sens, Renault a lancé son service d'auto-partage en libre-service à Paris en octobre 2018 sous le nom de Moov'in.Paris. Il a été suivi par son concurrent PSA qui a lancé son service d'auto-partage lundi 3 décembre sous le nom de Free2Move.


La nécessité de se diversifier

Développer ces nouveaux services permet aux constructeurs "d'avoir une vitrine et de gagner en visibilité auprès des usagers", analyse Yann Laval, manager au sein du cabinet de conseil en stratégie IAC Partners et spécialiste des secteurs du transport et de la mobilité. Par exemple, les constructeurs peuvent s'appuyer sur ces flottes pour lancer un nouveau produit au lieu de dépenser des sommes considérables en publicité.

Mais surtout cela leur permet d'anticiper les nouvelles manières de consommer les "véhicules" – c'est-à-dire le passage d'un monde où les conducteurs sont propriétaires d'un véhicule à un monde où ils préfèrent des services mobilité (location, VTC...) – ...avant de se faire "disrupter". Une évolution nécessaire, donc, de leur modèle économique. "Les constructeurs restent (ainsi) propriétaires des véhicules et leur source de revenus provient du service de mobilité"... et non plus uniquement de la vente d'un véhicule, explique Yann Laval.

 

Renault a racheté le service VTC Marcel

Cette transformation est loin de décourager les plates-formes de VTC qui voient cela d'un bon œil. Uber est convaincu que la transition de la possession d'une voiture personnelle vers la mobilité partagée et adaptée est en train de s'opérer. "Voir que les constructeurs automobiles partagent eux-mêmes cette conviction jusqu'à investir dans ces nouveaux moyens de mobilité est encourageant", affirme Alexandre Droulers, responsable des projets mobilité chez Uber. Quant à devenir un acteur même du VTC, Renault a déjà franchi le pas en rachetant la start-up française Marcel. La suite logique pour le constructeur ? Le rapprochement de Marcel avec son service d'auto-partage Moov'in.Paris. Et pourquoi pas l'ajout de mobilités plus douces ?

 

Plus globalement, "toutes les offres qu'un constructeur fait ont vocation à être intégrées dans un MaaS [Mobility as a Service] qui peut être fait soit par le constructeur soit par un autre acteur", affirme Christian Ledoux. C'est en quelque sorte le choix de PSA. Avec Free2Move, le constructeur est un agrégateur de services de mobilité. Si l'application permet uniquement de payer pour le service d'auto-partage du constructeur, elle renvoie notamment vers les applications de Coup (scooters en libre-service), Donkey Républic (vélos en libre-service) et le service de VTC Allocab. PSA pose ainsi le premier jalon vers la création d'un MaaS, une application regroupant différents services de mobilité.

 

Toutefois, Christian Ledoux image que les villes pourraient aussi se saisir du sujet. "Il y a une certaine logique à ce que ce soit les villes qui coordonnent les différents services de mobilité" proposés sur son territoire, explique-t-il. Et le fait que ce soit un acteur n'ayant pas son propre service de mobilité qui propose une application recensant différents moyens de transport devrait être accepté plus facilement par les acteurs du secteur, surtout si un système de billettique est intégré. Si un acteur extérieur gère cela, un service de mobilité ne devrait pas être favorisé par rapport à un autre qui soit similaire.

 

D'une logique de silos à la formation de partenariats

"Sur le secteur de la mobilité, on assiste à une vraie transformation des acteurs. Les acteurs sont de moins en moins dans une logique de silos opposant les constructeurs aux acteurs de la mobilité, et se tournent vers des partenariats", analyse Amal Boutayeb, senior manager spécialisée dans les sujets mobilité au sein du cabinet Wavestone. Des propos corroborés par Alexandre Droulers qui déclare : "Il est important de créer des ponts entre les différents acteurs". Toyota a d'ailleurs annoncé en août 2018 investir 500 millions d'euros dans Uber afin de de développer une flotte de taxis autonomes.

 

Si Uber développe son propre véhicule autonome, ses concurrents (excepté Lyft) ne se sont pas lancés dans une telle course. Les constructeurs automobiles, quant à eux, sont bel et bien présents sur ce segment. Renault s'est fixé 2022 comme date pour devenir opérateur d'un service commercial de véhicules à la demande autonomes, électriques et partagés. L'arrivée de cette technologie viendra certainement de nouveau bousculer ce secteur. Marie-Claude Dupuis, directrice stratégie innovation et développement du Groupe RATP, est persuadée qu'il "va falloir des années avant d'avoir des flottes de robot-taxi mais que la desserte complémentaire vers les gares et les zones blanches est un objectif atteignable à court terme".

 

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