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Qui est Morris Chang, le patron de TSMC qui veut battre Intel ?

Père de l’industrie microélectronique taïwanaise, Morris Chang a fait de TSMC le plus grand fondeur mondial de semiconducteurs. A 85 ans, il s’apprête à réaliser son rêve : battre l’américain Intel dans les technologies de production de puces électroniques.  
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Qui est Morris Chang, le patron de TSMC qui veut battre Intel ?
Morris Chang, président-fondateur de TSMC. © TSMC

C’est bientôt la consécration pour Morris Chang. A 85 ans, le président-fondateur du fondeur taïwanais des semiconducteurs TSMC se prépare à savourer la victoire qu’il attend depuis près de 30 ans. Son groupe va lancer d’ici fin 2016 la production de masse de puces électroniques en technologie FinFET 10 nm, c’est-à-dire avec des transistors 3D en gravure de 10 nanomètres. S’il n’est pas le premier à le faire (Samsung vient de le faire déjà en Corée du Sud), il va devancer le géant américain Intel, numéro un mondial des semiconducteurs et jusqu’ici référence absolue dans la production des circuits intégrés électroniques.

 

TSMC truste 54% du marché

Dans un portrait de cette icone de l’industrie taïwanaise des semiconducteurs, le Nikkei Asian Review décrit un leader à l’objectif inébranlable et au tempérament de général militaire. Il a fait de TSMC le numéro un mondial des services de fonderie de semiconducteurs, c’est-à-dire des services de fabrication de puces électroniques en sous-traitance, près de six fois plus gros que le numéro deux du marché, l’américain GlobalFoundries, et dix fois plus gros que le numéro trois, le coréen Samsung. Son groupe affiche un chiffre d’affaires de 26,6 milliards de dollars en 2015, en progression de 5,5% sur un an, et une part de marché de 54%, selon Gartner. Parmi ses clients figurent des noms aussi prestigieux que Qualcomm, Apple, Nvidia ou MediaTek.

 

25 ans d'expérience chez Texas Instruments

Né en 1931 à Ningbo, en Chine, Morris Chang se réfugie pendant la guerre civile à Hong Kong avant d’émigrer aux Etats-Unis où il fait ses études d’ingénieur en mécanique au prestigieux Massachusetts Institute of Technology puis un doctorat en électronique à l’université de Stanford. Il passe l’essentiel de sa carrière - 25 ans - chez Texas Instruments, l’un des fleurons américains des semiconducteurs. En 1985, il est appelé par le gouvernement taïwanais à rentrer dans l’ile bâtir l'industrie microélectronique de Taïwan.

 

Pendant qu’il dirige l’Industrial Technology Research Institute, il pressent très tôt l’émergence d’un besoin grandissant de services de fonderie. Un filon créé par la tendance à l’externalisation d’une partie de la production par les industriels intégrés des semiconducteurs et par la pullulation d’acteurs "fabless" qui se développent à grande allure sans posséder aucune usine. Il anticipe cette opportunité en fondant en 1987 Taiwan Semiconductor Manufacturing Co (TSMC). Ce n’est pas le premier fondeur à naître. United Microelectronics Corporation (UMC) a vu le jour 7 ans avant, à Taïwan. Mais, c’est avec TSMC que le marché des services de fonderie va prendre son véritable essor.

 

Intel, modèle dans les technologies de production

Dès le départ, il fait de l’excellence technologique son obsession. Avec pour modèle, Intel, le roi de la loi de Moore et le champion de la miniaturisation électronique. La marche sera longue. Le groupe californien, qui a détrôné en 1992 le japonais NEC dans les semiconducteurs, devient la référence dans les technologies de production, avec une avance d’une, voire deux générations technologique sur le reste de l’industrie.

 

C’est seulement en 2015 que TSMC parvient à la parité avec la mise en production de sa technologie FinFET 16 nm Plus pour la production notamment du processeur A9 de l’iPhone 6S d’Apple en partage avec Samsung. C’est la première fois qu’il se met aux transistors 3D, une construction mise en œuvre par Intel depuis 2012. Le groupe taïwanais, qui a gagné l’exclusivité du marché du processeur A8 de l’iPhone 6, récolte les bénéfices des déboires de son concurrent coréen, victime du scandale du "Chipgate". Il engrange alors l’exclusivité du marché de fabrication du processeur A10 Fusion de l’iPhone 7.

 

9,5 milliards de dollars d'investissement en 2016

Décrit comme quelqu’un d’exigeant, strict et dur, Morris Chang se targue de n’avoir jamais joué sur les prix pour emporter des contrats. Pour tenir la course technologique avec Intel et Samsung, il a fait de son groupe l’un des trois plus gros investisseurs de l’industrie des semiconducteurs, avec un montant prévu de 9,5 milliards de dollars en 2016, autant que le groupe américain et un peu moins que le coréen (11 milliards de dollars), selon IC Insights. L’âge avancé de l’homme fort de TSMC soulève toutefois des interrogations sur l’avenir de l’entreprise. Morris Chang a désigné en 2013 deux successeurs potentiels. Mais il espère garder les commandes jusqu’en 2020.

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