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Qui pour soutenir l’Institut de la Souveraineté Numérique de Cloudwatt ?

Opérateur de cloud souverain financé par l’Etat français, Cloudwatt a annoncé la création d’un Institut de la Souveraineté Numérique. Mais avec qui peut-il travailler, sereinement et efficacement, pour informer grand public, acteurs économiques et décideurs politiques sur les risques et enjeux de la conquête des nouveaux territoires numériques en cours ?
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Qui pour soutenir l’Institut de la Souveraineté Numérique de Cloudwatt ?
Qui pour soutenir l’Institut de la Souveraineté Numérique de Cloudwatt ? © www.cloudwatt.com

C’est par voie de communiqué, que le 7 octobre 2014, Cloudwatt -  un des deux acteurs de cloud souverain financé par l’Etat français avec Numergy - a annoncé la création d’un Institut de la souveraineté numérique  (ISN). Son objectif serait de faire connaître les enjeux de cette souveraineté numérique au grand public et aux élus. Il visera à proposer des mesures capables de promouvoir la souveraineté des structures immatérielles et en premier lieu de nos données. " Il y a une grande méconnaissance de ces enjeux et de la place du numérique dans l’économie du côté des politiques, observe Didier Renard, PDG de Cloudwatt. On peut attendre que les autres fassent le travail d’éducation, ou le faire soi-même. "

Pourtant, il le reconnait lui-même, "si l’Etat en 2011 a décidé d’investir de l’argent publique dans des clouds dit souverains, c’est qu’il avait déjà cette vision qu’un jour prochain, il serait important pour les citoyens, les entreprises françaises et européennes, de protéger leurs données dans des infrastructures répondant à des séries de critères correspondant à nos choix. ". L’Etat n’était donc pas si ignorant du sujet. Et encore, était-ce avant les révélations du lanceur d’alertes Edward Snowden sur l’espionnage numérique à grande échelle pratiqué par la NSA américaine. Les élus, les citoyens et les entreprises ont-ils pour autant depuis réellement tous pris la mesure des enjeux ? Pas si sûr.

Un outil de lobbying

D’autant que Didier Renard le reconnaît lui-même, le premier objectif de son Institut sera de définir de quoi l’on parle. Qu’est-ce que la souveraineté numérique ? Qu’est-ce qu’un cloud souverain ? Pour répondre à la première question, Didier Renard évoque les menaces : cyberattaques, espionnage numérique des Etats et impérialisme des grandes plates-formes OTT (Over the top) qui monétisent nos données. Quant à la définition du cloud souverain, Didier Renard explique qu’il "relève plus d’une démarche et passe par l’actionnariat des entreprises qui s’en réclament. Et l’Etat ne doit pas forcément être présent au capital. En revanche, il faut un pacte d’actionnaires qui pose la souveraineté comme axe majeur et que celle-ci soit à la base des conditions de vente et des choix de plate-forme technologique." Mais le PDG de Cloudwatt précise : "Il ne faut pas faire l’amalgame entre le cloud souverain et Cloudwatt ou Numergy. Il n’y a pas que nous".  De là à penser que construire artificiellement des acteurs de cloud souverain n’était pas forcément la bonne méthode… Mais là n’est pas le sujet.

Si Cloudwatt lance un Institut de la souveraineté numérique c’est avant tout… pour évangéliser son marché. Faire du lobbying. En commençant par les marchés publics. "Cloudwatt est détenu par l’Etat mais l’Etat n’est pas client !  Il faut que cela change", affirme Didier Renard, qui précise que si une certaine inertie est normale, "il faut quand même travailler sur la façon dont sont rédigés les appels d’offre". Le PDG souhaiterait aussi que son Institut puisse peser sur les décisions politiques, en France et au niveau européen, concernant  l’exportation des données personnelles, notamment.

Ni statut, ni bureau

Reste que l’ISN n’a encore ni statut, ni bureau. Et si la souveraineté numérique est un sujet qui nous concerne tous, il n’est pas forcément possible d’en discuter sereinement avec tout le monde. Lancé par Cloudwatt, on voit mal ses concurrents directs, Numergy ou Dassault Systèmes entre autres, venir apporter leur contribution. Les opérateurs - autres qu’Orange, déjà au capital de Cloudwatt - ou les fédérations d’acteurs du numérique, non plus. L’ISN a bien trouvé en Bernard Benhamou, enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’université Panthéon Sorbonne et ancien délégué interministériel aux usages de l’Internet, un expert du sujet au large entregent. Mais il ne lui sera pas facile de faire monter au board, même d’une association indépendante de Cloudwatt, les rares autres experts de la transformation numérique, généralement très soucieux de leur liberté d’action, ou déjà très largement impliqués ailleurs.

Pas évident non plus de persuader les acteurs des différents secteurs économiques concernés (c’est à dire à peu près tous) de participer à la réflexion, tant ils sont le plus souvent dans le déni du danger, ou du moins de l’urgence à le traiter. Et c’est sans parler du risque de récupération politique du sujet et du noyautage de l’association par des membres du Front National, dont c’est également un des sujets de prédilection. 

Et puis, n’est-ce pas plutôt au CNNum ou à des think tank d’apparence plus indépendants, comme Renaissance Numérique, de s’autosaisir du sujet ? La souveraineté numérique est peut-être un sujet trop grave pour le laisser aux acteurs du cloud dit souverain.

Aurélie Barbaux

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