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[Réalité virtuelle] Optitrack n'a pas peur du système Lighthouse de Valve

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Si la démocratisation de la réalité virtuelle pour le grand public a permis son essor dans les secteurs du divertissement hors du domicile et du monde de l'entreprise, il est un aspect technologique dont la transition n'est pas simple : le tracking. La technologie Lighthouse, sur laquelle s'appuie le HTC Vive, pourrait à terme révolutionner ces marchés. Mais elle reste encore limitée face aux systèmes de motion capture, beaucoup plus chers, qui sont aujourd'hui la référence. L'Usine Digitale s'est entretenue avec OptiTrack, l'un des leaders du secteur, pour faire le point sur sa stratégie et son ressenti quant à l'évolution du marché.

Optitrack n'a pas peur du système Lighthouse de Valve
[Réalité virtuelle] Optitrack n'a pas peur du système Lighthouse de Valve © OptiTrack

On le sait, la réalité virtuelle ne se limite pas qu'au marché grand public. Elle présente aussi un grand intérêt pour le marché du divertissement hors du domicile, sans oublier bien sûr le marché B2B. Mais ces cas d'usages requièrent souvent de pouvoir suivre les déplacements de l'utilisateur sur de très grandes surfaces, et ce encore plus lorsqu'il s'agit d'applications multi-utilisateurs. Valve Corporation, spécialiste de la vente de jeux dématérialisés, cherche en particulier à imposer son système de tracking Lighthouse sur ces marchés. Ses dernières annonces en la matière, sur une surface traquée portée à 10 m x 10 m, en sont la preuve indiscutable.

 

Le vrai rival de Valve avec Lighthouse n'est donc pas tant le système de l'Oculus Rift, qui a vocation a être remplacé par des capteurs intégrés dans le casque (comme le fait déjà Microsoft), mais plutôt les solutions de capture de mouvement professionnelles comme celles de Vicon, OptiTrack ou Qualisys. OptiTrack en particulier a su s'imposer dans le milieu de la réalité virtuelle et se trouve en première ligne face à Valve. En sachant qu'au-delà de ce marché, l'enjeu est aussi très fort en matière de motion capture pour le cinéma, de robotique et drones, ou de biomécanique humaine.

 

Une forte différence de prix...

La question qui vient d'emblée à l'esprit lorsqu'on connaît un peu les acteurs en présence est celle du prix. Valve attribue des licences gratuites pour sa technologie et ses balises Lighthouse sont vendues 130 dollars pièce. La prochaine version, en cours de production, ne coûtera que 65 dollars par unité. Quatre de ces balises nouvelle génération pourront garantir un suivi précis des déplacements sur une surface de 100 m2 (à l'heure actuelle, deux balises permettent un suivi sur 15 m2).

 

Les coûts d'OptiTrack sont beaucoup plus élevés, bien que l'entreprise soit historiquement la plus compétitive sur le marché de la motion capture (à noter qu'elle emploie moins de 50 personnes dans le monde). Une caméra Slim 13E, recommandée pour la réalité virtuelle, vaut 1499 dollars pièce. L'exposition ScanPyramids VR, réalisée avec des technologies OptiTrack, utilise 32 caméras : seize Slim 13E, douze Prime 17W (3499 dollars pièce) et quatre Prime 13W (2499 dollars pièce), pour un coût total de 76 000 dollars rien que pour ce matériel.

 


Exemple d'installation de taille moyenne utilisant 12 caméras Slim 13E

 

...mais aussi de capacités

Ce qui fait la différence, c'est la surface et le nombre d'objets que peuvent couvrir ces caméras. ScanPyramids VR suit les visiteurs sur 300 m2, et c'est le lieu qui limite la surface, pas la technologie. Le système peut également gérer une dizaine de visiteurs simultanés sans problème, l'objectif pour ce projet spécifique étant d'avoir 20 utilisateurs dans l'expérience en même temps.

 

"Nous étions inquiets avant que les nouvelles balises Lighthouse ne soient annoncées, reconnaît François Asseman, directeur des ventes internationales pour Optitrack. Mais nous avons été rassurés en voyant le nombre maximum de balises possibles et le volume pris en charge. Toutes les demandes que nous recevons sont pour des espaces dont la taille est au minimum de 15 mètres par 15 m ou 15 m x 20 m."

 

 

Les caméras restent la référence pour les expériences à grande échelle

Cette flexibilité fait d'OptiTrack l'acteur de référence pour les productions VR les plus ambitieuses. "L'expérience Carne y Arena d'Alejandro Gonzalez Iñarritu, qui vient d'être primée aux Oscars [ndlr: elle a reçu un Special Award], utilise nos technologies", indique François Asseman. C'est aussi le cas des productions de The Void, une start-up américaine qui mélange réalité virtuelle et effets spéciaux traditionnels au sein d'attractions qu'elle qualifie d'hyper-réalité.

 

"L'expérience Ghostbusters de The Void est la raison pour laquelle nous avons ressorti le marqueur actif. Nous en avions depuis une dizaine d'années, mais cela servait surtout pour faire du projection mapping lors de gros concerts comme ceux de Miley Cyrus ou de Muse. Avec l'arrivée des casques VR grand public, la demande en nombre d'objets traqués a explosé, les gens voulaient suivre 100 objets en même temps. Les marqueurs passifs ne suffisaient plus."

 

Les marqueurs passifs en question sont de simples ensembles de boules arrangées dans un format spécifique qui permettent aux caméras de suivre leur orientation. Les marqueurs actifs par opposition utilisent des LED infrarouges et sont alimentés par port microUSB. Ils prennent la forme d'une coque à fixer sur l'avant du casque de réalité virtuelle.

 

Pouvoir suivre le corps entier

Pour tirer partie de ces capacités, OptiTrack sortira des palets à fixer sur différentes parties du corps pour rendre possible un tracking du corps entier. "Les palets sont à 500 dollars pièce, détaille François Asseman. Vous en fixez un sur chaque pied et chaque main, un sur le dos en plus du casque et vous avez tout le corps de l'utilisateur."

 

 

Une solution qui ressemble fort au Vive Tracker annoncé par HTC en début d'année (vendu 99 dollars), mais avec là encore la différence cruciale du nombre de capteurs beaucoup plus élevé que le système d'OptiTrack sait gérer. En sachant qu'il est également possible de combiner marqueurs actifs et passifs, par exemple pour assurer le suivi dans l'espace d'un objet avec lequel les utilisateurs interagissent. Au total le système peut suivre jusqu'à 158 corps rigides en simultané avec une latence de 8 millisecondes.

 

Le tracking "inside out" n'est pas une menace

Si Lighthouse est un véritable concurrent, il n'en est pas de même en ce qui concerne la détection de positionnement "inside out", comprendre à l'aide de caméras intégrées aux casques, sans capteurs externes. "Nous nous y intéressons, nous ne le ressentons pas comme une technologie compétitrice, indique François Asseman. Nous utilisons déjà les gyroscopes intégrés dans les casques pour affiner la détection du positionnement, donc ça ne sera qu'une donnée supplémentaire à fusionner, elle nous sera bénéfique."

 

Reste la plate-forme Steam, leader de la distribution de jeux vidéo en ligne, qui confère un avantage certain à Valve pour imposer Lighthouse. Mais là encore François Asseman semble serein. "Nous préférons rester indépendants des fabricants de casques, des plates-formes logicielles et des fournisseurs de contenu. Nous sommes une plate-forme ouverte et notre objectif est de faciliter l'obtention des données." Visualiser les marqueurs dans l'espace en temps réel se fait par exemple automatiquement sur Unity ou Unreal via des plugins et SDK gratuits. De quoi rendre la solution OptiTrack la plus attractive possible pour les développeurs.

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