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[Réalité virtuelle] Où en est-on vraiment des gants de retour de force ? Le point avec le CEO de Dexta Robotics

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Les gants à retour de force sont l'un des graals à atteindre pour renforcer l'immersion en réalité virtuelle. Mais les contraintes technologiques sont très fortes pour mettre au point un produit satisfaisant. Le fondateur et CEO de Dexta Robotics, l'une des premières start-up à s'être attaquée à la question, revient pour nous sur les difficultés qu'il a rencontrées, sur sa stratégie pour réussir. Il met aussi contre les campagnes Kickstarter qui fleurissent sur le sujet.

[Réalité virtuelle] Où en est-on vraiment des gants de retour de force ? Le point avec le CEO de Dexta Robotics
[Réalité virtuelle] Où en est-on vraiment des gants de retour de force ? Le point avec le CEO de Dexta Robotics © Julien Bergounhoux

La start-up chinoise Dexta Robotics fait figure de vétéran en matière de retour de force pour la réalité virtuelle. Sa campagne Kickstarter pour le gant Dexmo F2 date déjà de 2014. Une campagne qu’elle a au final annulée, anticipant des problèmes de production à grande échelle devant l'engouement que suscitait le produit. On ne pensait plus en entendre parler, mais Dexta a refait surface en 2016, expliquant qu’elle avait en fait passé les deux dernières années à peaufiner son produit. Son fondateur et CEO, Aler Gu, était présent au forum Netexplo à Paris les 21 et 22 avril 2017. L'Usine Digitale a pu faire le point avec lui sur l’avancement du projet.

 

Dexta Robotics démontrait quatre cas d’usage lors de l'évènement parisien. Quatre exemples qui simulaient tour à tour une utilisation de Dexmo dans le cadre de la formation à la mécanique automobile, le désassemblage et réassemblage d'objets comme une table ou un vélo, l’interaction avec des sortes de grosses molécules pour démontrer les différentes préhensions sur des formes rondes ou cylindriques, et la manipulation de boutons et leviers dont la résistance à l'effort varie.

 

Un test plutôt convaincant malgré certaines limites

Le résultat est plutôt convaincant. Evidemment, le retour d’effort que propose Dexmo a ses limites. L'objectif n’est pas d’empêcher l’utilisateur de fermer son poing s'il le décide, mais il permet tout de même de ressentir la forme des objets, et il le fait avec une fermeté assez satisfaisante. Il est aussi capable d’émuler quelque chose d’aussi subtil qu’un bouton qui résiste un peu à la pression et reprend sa position d’origine une fois la pression relâchée. Le résultat n’était pas parfait dans la démonstration que nous avons effectuée, mais il n’en était pas moins très prometteur.

 

Aler Gu nous a aussi assuré que la version finale du produit dispose de capacités supérieures à celle du modèle utilisé lors de la démonstration. Elle permet un retour d’effort de 3 kg/cm2 contre 1,2 kg/cm2 pour le prototype et dispose de 6 heures d’autonomie sur batterie. La transmission des données se fait via un récepteur sans fil.

 


Une des démonstrations présentées par Dexta Robotics

 

Dexmo utilise un Vive Tracker pour la détection des mouvements de l’utilisateur dans l’espace. "Nous nous y sommes intéressés lorsqu’ils ont passé la technologie en open source, explique Aler Gu. Comme nous ne vendons pas d’importantes quantités pour le moment, nous n’avons pas de raison de nous occuper du tracking nous-mêmes." Il reste par ailleurs ouvert à d’autres solutions. "La plupart des systèmes de tracking dans de grands espaces utilisent de l’optique et nous sommes compatibles avec." Il précise également que n’importe quelle application utilisant le moteur 3D Unity peut être rendue compatible et que, par extension, une bonne partie des casques compatibles avec Unity peuvent être utilisés avec Dexmo. Il donne en exemple Microsoft HoloLens.

 

Des projets Kickstarter "irréalistes"

Si le chemin parcourcu par Dexta Robotics force le respect, il faut quand même noter que depuis 2014 le secteur du retour de force pour la réalité virtuelle s’est un peu encombré. La coqueluche du moment s’appelle VRGluv. Sa campagne de financement Kickstarter n’a eu aucun mal à trouver les fonds qu'elle demandait et semble bien partie pour obtenir le triple de ce qu'elle recherchait à la base. Et elle propose son produit à 350 dollars, là où Dexta Robotics annonce un prix de 12 000 dollars pour son Dexmo.

 

Mais Aler Gu n'est pas inquiet. Il s'amuserait presque de la situation. Pas par mépris, mais parce qu’il connaît les difficultés auxquelles ses concurrents vont faire face. "Ils sont là où nous en étions il y a trois ans. Ils ne savent pas ce qu'ils font. Nous avons parcouru énormément de chemin depuis, et je peux vous dire que dans sa forme actuelle, leur projet ne pourra pas réussir."

 

L'industrialisation, un défi complexe

Le CEO insiste beaucoup sur la complexité d'industrialiser, de transformer un simple prototype en produit commercial. "Nous sommes capables de fabriquer et d'expédier notre produit dès à présent. Il ne s’agit plus de prototypes. Il se fait beaucoup de choses dans le genre en ce moment, certaines solutions avec du retour d’effort et d’autres non, mais aucune n’en est au stade du produit à part nous" Cette nécessaire industrialisation s'est accompagnée d'une croissance pour Dexta Robotics, qui compte aujourd’hui 9 employés basés à Shenzhen, en Chine. "Nous avons créé de solides partenariats avec des fabricants en Chine et nous avons aussi nos propres ingénieurs qui se chargent de l’industrialisation. C’est très important pour s’assurer que la production en masse se passe bien."

 

Reste la question du prix... et du positionnement sur le marché. Là aussi, la stratégie d'Aler Gu a évolué durant les trois années écoulées depuis sa campagne Kickstarter. "Le prix est de 12 000 dollars pour le moment, mais il faut comprendre que c'est un choix de notre part et reflète notre positionnement stratégique. Il s’agit pour nous d’un kit de développement, et il sera proposé pour beaucoup moins cher si une entreprise nous en achète de grandes quantités."

 

L'haptique n'est pas encore mûr pour le marché grand public...

Le Dexmo s'adresse donc pour le moment surtout au milieu professionnel. Les cas d’usages qu'il cible sont la formation, le médical, l’éducation et le jeu. "Nous avons choisi ce prix car nous ne pouvons fournir qu’un support limité, et nous voulons donc que nos premiers clients soient sérieux et aient réellement envie de s’impliquer dans le produit. Nous recherchons des clients-partenaires. A terme, le prix descendra en dessous des 200 dollars et cela deviendra un produit grand public. Mais ce n’est pas ce que nous visons dans l’immédiat."

 

Et son message à ceux qui comparent le prix du Dexmo aujourd'hui à celui de ses concurrents ? "On pourra les comparer le jour où ils expédieront leur produit." A noter que Dexta Robotics fabrique en fonction des commandes pour le moment, et qu'il faut donc environ deux mois entre la commande et la livraison.

 

Il y a aussi une autre raison fondamentale à ce positionnement sur le marché professionnel. "Nous essaierons de lancer Dexmo sur le marché du jeu vidéo, mais nous pensons que pour un lancement grand public il faut plus que de simples démos techniques. Quel est l’intérêt d’acheter du matériel si on ne peut pas l’utiliser ? Nous devons donc en premier lieu convaincre les éditeurs. Par exemple, gagner la confiance de Sony. Et encore avant ça nous devons prouver que les jeux utilisant l’haptique sont supérieurs à ceux qui ne le font pas. Cela prendra au moins trois ans."

 

...Mais le marché professionnel n'est pas si simple à conquérir

Si la stratégie d'Aler Gu semble mûrement réfléchie, le marché professionnel a lui aussi son lot de concurrents, comme le Français Haption. Il s'est imposé depuis de nombreuses années dans le domaine de la formation industrielle et a présenté en début d'année un nouvel équipement qui propose un retour d'effort sur trois doigts, similaire aux capacités de Dexmo.

 

Questionné sur ce point, Aler Gu reste confiant. "Ils ne nous font pas peur. Nous ne ciblons pas uniquement le B2B, nous voyons plus large. Nous avons adapté notre design en fonction de l'exigeance du grand public, et cela nous donne un avantage sur le marché pro. Par ailleurs, ils font ce que l'on appelle de l'haptique spatial, avec un bras mécanique attaché à une base. Ce n'est pas nouveau, c’est un problème résolu. Par contraste, nous faisons du retour d’effort local, c’est-à-dire sans être rattaché à une base fixe. Cela permet à l'utilisateur de se déplacer librement dans une pièce. C’est très différent et cela pourrait même être complémentaire."

 

Si Dexta Robotics paraît très confiant, beaucoup reste cependant à faire. A commencer par établir une clientèle solide pour pouvoir produire en masse. "Plusieurs entreprises ont déjà acheté notre équipement et nous sommes en discussion avec plusieurs autres, notamment de grandes entreprises aux Etats-Unis. Elles évaluent comment elles pourraient l’utiliser," commente le CEO. A surveiller donc...

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