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Reconnaissance faciale : La police canadienne rompt ses relations avec Clearview AI

Vu ailleurs La police fédérale canadienne met fin à son contrat avec la start-up Clearview AI, éditrice d'une solution décriée de reconnaissance faciale. Ce retrait fait suite à l'ouverture d'une enquête par le Commissaire à la protection de la vie privée sur l'usage des données personnelles par la jeune pousse new-yorkaise.
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Reconnaissance faciale : La police canadienne rompt ses relations avec Clearview AI
Reconnaissance faciale : La police canadienne rompt ses relations avec Clearview AI © D.R

Le Commissaire à la protection de la vie privée au Canada annonce que Clearview AI va cesser de fournir son service de reconnaissance faciale aux autorités nationales, révèle La Presse le 7 juillet.

Daniel Therrien, commissaire à la protection de la vie privée, précise que cette décision entraîne la suspension pour une durée indéterminée de la collaboration entre Clearview AI et la Gendarmerie Royale du Canada (police fédérale), son dernier client du pays. La GRC avait reconnu, en février, s'en être servie dans le cadre de deux enquêtes sur l'exploitation sexuelle d'enfants. 

L’affaire avait déclenché l'ouverture d'une enquête commune du Commissariat à la protection de la vie privée et de ses homologues provinciaux, dont la Commission d’accès à l’information du Québec, évoquant une possible violation des lois sur la protection des renseignements personnels. L'un des éléments de l'enquête en cours concerne la destruction des informations déjà récoltées par Clearview AI.

Un outil DÉDIÉ AUX FORCES DE L'ORDRE mais...
Cette mesure fait suite à plusieurs révélations. C'est le New York Times qui avait sonné l'alerte dans une enquête publiée le 18 janvier 2020. Le média présentait alors Clearview AI, une start-up qui a mis au point un outil de recherche reposant sur la reconnaissance faciale pour recherche et identifier les auteurs d'infraction.

Son fonctionnement est très simple : il suffit de prendre une personne en photo, de téléverser l'image puis de consulter toutes les images correspondantes. L'outil de recherche repose sur l'existence d'une base de données regroupant plusieurs milliards de photo aspirées depuis Facebook, Venmo et YouTube principalement.

Pour utiliser le dispositif, il suffit de s'inscrire via un formulaire classique. La jeune pousse promet que son outil ne s'adresse qu'aux forces de l'ordre et aux autorités d'application des lois. "La technologie de Clearview a aidé les forces de l'ordre à traquer des centaines de criminels en général, notamment des pédophiles, des terroristes et des trafiquants sexuels", se targuait Clearview AI sur son site.

Clearview AI promet de rompre les contrats passés
Or Buzzfeed News révélait quelques mois plus tard que des entreprises privées utilisent également Clearview AI à l'image de Macys', Best Buy, Kohl's, Walmart, Wells Fargo, Bank of America, Eventbrite, la National Basket Association, Coinbase… Face à ces pratiques,  Twitter, Google, Facebook, Venmo et LinkedIn mettent en demeure l'entreprise pour qu'elle mettre un terme à toute collecte d'images sur leurs sites respectifs. Google, propriété de YouTube, a par exemple expliqué que "le règlement de YouTube interdit explicitement de collecter des données qui puissent être utilisées pour identifier une personne".

Des groupes de citoyens ont également réagi en lançant des procédures judiciaires notamment dans l'Illinois où une action de groupe souhaite obtenir une injonction temporaire pour empêcher l'entreprise de se servir des informations des personnes résidant dans cet Etat américain pour alimenter ses algorithmes. En réaction, Clearview AI a promis de mettre fin aux contrats passés avec des entreprises et d'annuler les abonnements de toute personne non chargée de l'application de la loi.

La reconnaissance faciale de plus en plus décriée
L'usage de la reconnaissance faciale par les forces de l'ordre et les autorités chargées de l'application de la loi n'a jamais autant été remis en cause. Les mouvements de protestation suscités par la mort George Floyd lors d'une interpellation à Minneapolis ont soulevé de nombreuses inquiétudes quant aux biais de cette technologie.

En réaction, IBM a promis d'arrêter de vendre ses logiciels de reconnaissance faciale. Amazon a suivi en annonçant la mise en place d'un moratoire d'un an sur l'utilisation par la police de son service de reconnaissance faciale Rekognition. Même son de cloche du côté de Microsoft qui se refuse à vendre sa technologie aux forces l'ordre. Les trois grandes entreprises exigent des gouvernements l'adoption d'un cadre clair sur la reconnaissance faciale. Du côté des Etats-Unis, certaines villes ou Etats décident d'interdire l'usage de cette technologie comme Boston. Côté Europe, la Commission européenne travaille toujours sur un futur texte.

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