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Reconnaissance faciale : Microsoft a tenté de vendre sa technologie aux forces de l'ordre américaines en 2017

Un échange d'emails entre septembre 2017 et décembre 2018 révèle que Microsoft a proposé sa technologie de reconnaissance faciale à l'agence américaine de lutte contre le trafic de stupéfiants, la DEA, qui l'a finalement refusée. Pourtant, il y a quelques jours à peine, le président de Microsoft, Brad Smith déclarait que son entreprise ne commercialisait pas sa technologie auprès des services de police.
mis à jour le 18 juin 2020 à 15H00
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Reconnaissance faciale : Microsoft a tenté de vendre sa technologie aux forces de l'ordre américaines en 2017
Reconnaissance faciale : Microsoft a tenté de vendre sa technologie aux forces de l'ordre américaines en 2017 © Facebook de la DEA

Microsoft empêtrée dans ses contradictions. Alors que l'entreprise américaine a promis de jamais avoir vendu sa technologie de reconnaissance faciale à la police, elle est mise en cause pour n'avoir pas appliqué ce principe aux agences fédérales, comme le montre un échange d'emails révélé par l'American Civil Liberties Union (ACLU).

Sur son site, l'association américaine de défense des libertés fondamentales affirme que l'entreprise technologique a essayé de vendre sa technologie à la Federal Drug Enforcement Administration (DEA). Rattachée au ministère de la Justice, cette agence fédérale est en charge de la lutte contre le trafic de stupéfiants. 

Emails obtenus dans le cadre d'un procès

Les emails envoyés entre septembre 2017 et décembre 2018 révèlent que Microsoft a accueilli du personnel de la DEA dans ses locaux et a même tenu une formation sur l'usage de la reconnaissance faciale dans ses locaux à Reston en Virginie. Ces documents ont été obtenus dans le cadre d'un procès intenté par l'ACLU contre la DEA et le FBI à propos du manque de transparence sur le recours et les cas d'usage de la reconnaissance faciale par ces deux agences gouvernementales.

Nathan Freed Wessler, avocat au sein de l'ACLU, s'est inquiété non seulement du fait Microsoft voulait vendre une technologie "dangereuse" à une agence impliquée dans une "guerre raciste contre la drogue" mais également que cet échange se produisait à un moment où le Procureur général des Etats-Unis, Bill Barr, cherchait à étendre les pouvoirs de surveillance de la DEA. D'après les emails, la DEA n'aurait finalement pas acheté cette technologie à Microsoft pour des raisons inconnues, mais elle pourrait tout de même utiliser la reconnaissance faciale pour espionner les personnes protestant contre les violences policières, selon le juriste. 

Pas de reconnaissance faciale sans encadrement

Cette révélation intervient quelques jours après que Brad Smith, le président de Microsoft, a annoncé dans une interview accordée au Washington Post que l'entreprise se refusait à vendre sa technologie de reconnaissance faciale aux services de police. Un engagement partagé par IBM et Amazon à la suite des mouvements de protestation provoqués par la mort de George Floyd lors d'une interpellation à Minneapolis. Les trois entreprises technologiques justifient ce choix par une absence de réglementation autour de la reconnaissance faciale.

Dans une série de tweets, Liz O’Sullivan, directrice du Surveillance Technology Oversight Project, estime que le discours de Brad Smith est "une esquive". Elle affirme que Microsoft participe activement à l'écriture d'une loi sur la reconnaissance faciale et milite pour son adoption dans chaque Etat américain. "La loi soutenue par Microsoft possède d'importantes lacunes permettant une définition vague de 'l'urgence' qui autorise une utilisation continue et généralisée de reconnaissance faciale en dehors de toute surveillance judiciaire", explique la militante.

 

 

Elle accuse même Amazon et Microsoft de faire pression sur le Congrès pour unifier les normes de confidentialité dans tout le pays car "ils veulent abroger le CCPA [RGPD californien, ndlr] et les interdictions locales d'usage de la reconnaissance faciale dans des villes comme San Francisco, Oakland et d'autres proposées à New York, Boston ... la liste est longue".

Engadget a interrogé Microsoft aux sujets de ses contrats passés et présents avec des agences fédérales. L'entreprise américaine a déclaré que son accord passé l'US Army pour la fourniture de casques HoloLens 2 est justifié car il soutenait des personnes qui "protègent les libertés". Elle a également mentionné son contrat avec l'U.S. Immigration and Customs Enforcement, l'agence de police douanière et de contrôle des frontières, qui "ne couvrait pas les pratiques les plus controversées de l'agence".

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