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Ressources humaines : "Après la crise, les réticences sur le télétravail vont voler en éclats"

Entretien Et la France des services découvrît qu'elle pouvait télétravailler, alors que depuis des années les obstacles semblaient insurmontables. C'est une des évolutions en cours dans les ressources humaines identifiées par le cabinet Mercer. Raphaele Nicaud, à la tête de la practice Talent chez Mercer, commente les évolutions en cours pour L'Usine Digitale.
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Ressources humaines : Après la crise, les réticences sur le télétravail vont voler en éclats
En télétravail, gare à la dérive des heures travaillées. © Annie Spratt/Unsplash

L'Usine Digitale : Vous observez les modes de travail. Quel est, selon vous, le fait saillant lié à l’épidémie de Covid 19 ?

Raphaële Nicaud : Outre la crise sanitaire elle-même, nous assistons à une crise de la façon de travailler, et aussi, on le dit moins, de la connectivité numérique. Beaucoup de gens rencontrent des difficultés pour se connecter et travailler, notamment dans les familles, où tout le monde a besoin de travailler simultanément.

Nous avons aussi assisté à une crise de la continuité de l’activité. La première semaine après le confinement, des sites industriels ont fermé le temps de les adapter aux nouvelles contraintes. On a aussi pris conscience de notre dépendance à la chaîne logistique.

Les événements actuels accélèrent les évolutions en cours. Dès la fin de 2019, on observait un ralentissement de l’activité économique. Il prend de l'ampleur. De même, on sentait bien que les directions générales étaient en train de changer les façons de travailler, de former la main d’œuvre. Dans l’enquête internationale que nous réalisons, nous avons demandé si les dépenses en formation allaient baisser dans l’entreprise et 72% avaient répondu négativement. Il y avait une prise de conscience qu’il allait falloir re-qualifier les collaborateurs pour accompagner les évolutions économiques et technologiques.

Cela aura-t-il un impact sur la thématique du bien-être au travail ?

C’est une tendance de fond liée d’ailleurs à la question précédente. Dans la formation des personnes, l’entreprise sera de plus en plus présente dans l’éducation par exemple de la gestion financière. C’est très courant aux Etats-Unis et émergent en France. Les entreprises ont intégré que les problèmes financiers avaient un impact négatif sur la productivité des salariés. Une personne qui doit faire face à des difficultés dans ce domaine a l’esprit ailleurs. Les directions générales ont ainsi intégré que la classe moyenne rencontraient des difficultés, comme l’a montré en France le mouvement des gilets jaunes.

Que pensez-vous du recours soudain et massif au télétravail, y compris dans les organisations qui freinaient ?

Selon l’enquête que nous réalisons, 86 % des organisations avaient mis en place du télétravail. Les freins que nous avions identifiés sont de plusieurs sortes. Il y a un frein lié aux outils : les salariés n’étaient pas toujours équipés d’ordinateur ou d’une connexion de qualité pour participer à des visioconférences. Ensuite, il y avait des méfiances à plusieurs niveaux de l’organisation. Certains d’entre-eux, en France notamment et contrairement au monde anglo-saxon, se demandaient toujours ce que faisaient les salariés en télétravail, avec cette idée qu’ils travaillent moins s’ils sont loin. Les DRH freinaient aussi souvent pour des raisons juridiques. Tout cela va voler en éclats, car tout le monde aura vu que c’étaient de faux problèmes et qu’il va devenir très difficile de tenir les mêmes discours avant et après.

Il restera une différence culturelle. Dans les pays de tradition latine, on aime être au travail ensemble. Dans les pays anglo-saxons, c’est beaucoup moins fort. A Londres, les gens télétravaillent depuis longtemps. L’immobilier y est si cher que les gens habitent loin de leur lieu de travail et le télétravail est habituel pour éviter des temps de transport trop importants.

Est-ce vraiment du télétravail ? Ou une sorte de bricolage improvisé, le télétravail demandant des outils, des méthodes, une culture ? Est-ce que paradoxalement cela ne risque pas de nuire au télétravail, car on aura en tête les problèmes rencontrés par un manque d’organisation ?

C’est du télétravail de crise. Les conditions s’améliorent au fur et à mesure qu’on réalise tout ce qui n’avait pas été pensé. Notamment toutes les entreprises qui autorisaient le télétravail ponctuel. Dans ce contexte-là, les problèmes étaient moins saillants par ce que c’était une journée par semaine et que le lendemain le salarié allait revenir au bureau. C’est surtout cette façon de faire qui a rencontré ses limites. Les directions générales, durant cette crise, ont pris conscience que le télétravail doit être pensé, organisé. Et elles vont s’y atteler.

Quel conseil donneriez-vous à une personne en télétravail pour la première fois de sa vie ?

Paradoxalement, j’insisterai sur la nécessité de préserver les temps de non-travail. Je lis ici ou là qu’en période de confinement certains collaborateurs, souvent des femmes, travaillent tôt le matin et tard le soir ou le week-end. Je crois qu’il faut conserver le rythme d’une journée de travail. Il faut aussi faire attention à ne pas avoir de journées à rallonge. On se laisse vite happer par les réunions en visio qui s’enchainent et les appels. Je suis bien placée pour savoir que ce n’est pas toujours facile à appliquer : on sait ce qu’il faut faire, on l’a lu, mais on n’y arrive pas toujours personnellement.

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