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Roubaix compte sur les forces vives de la tech pour enfin renaître

Reportage En pleine reconquête, Roubaix veut souligner le rôle particulier de l’écosystème tech et de la formation dans la redynamisation de son territoire. L’Usine Digitale a pu aller à la rencontre d’OVHcloud, de Showroomprivé ou de l’incubateur Blanchemaille, trois acteurs qui, sous l’impulsion de Guillaume Delbar, son maire, sont devenus les meilleurs ambassadeurs de la cité nordiste. Reportage.
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Roubaix compte sur les forces vives de la tech pour enfin renaître
OVHcloud, Roubaix, décembre 2019. © François LAFITE / OVHcloud

Avec un taux de chômage de 31%, la ville de Roubaix, qui a vu naître les 3 Suisses, La Redoute et Auchan, attend beaucoup des promesses du numérique. Passionné par les nouvelles technologies, Guillaume Delbar, son maire depuis 2014, a longtemps conseillé les entreprises en matière de transformation numérique. "Etre passionné aide à comprendre les enjeux, notamment les problématiques de croissance, explique-t-il. Pas la peine de parler de French Tech si on n'est pas capable de répondre localement à des besoins comme ceux comme OVH, pour accompagne sa croissance et son besoin de réactivité face à Google et Amazon", explique l’édile en préambule.


Berceau historique du retail et symbole de la chute de l’industrie textile, Roubaix a convié la presse, le 1er octobre 2020, pour montrer ses succès : celui des entreprises mais aussi des lieux – et ils sont nombreux, à l’image de la Piscine, le Musée d'art et d'industrie ouvert au début des années 2000 – à incarner ce renouveau tant espéré.

Des friches industrielles devenues numériques
Ces lieux, ce sont ces friches industrielles qui abritaient autrefois des usines de filature et qui, réhabilitées, hébergent désormais des entreprises du numérique. C’est ici qu’est née ou presque OVH en 1999. Fleuron tech de la cité de briques, la pépite française à la renommée internationale emploie ici 800 personnes – services RH, juridiques, support et infrastructures – et occupe en tout 20 000 m². Son fondateur, Octave Klaba, y a développé des data centers, avec à terme, une capacité de 40 000 serveurs, dont beaucoup sont assemblés non loin de là, à Croix.
 


OVHcloud à Roubaix, (c) François LAFITE / OVHcloud


C’est dans cette "Roubaix Valley" que la société développe "une ville dans la ville". Campus, crèche, salle de sport ou navette pour les employés, tout est fait pour attirer les talents. "Il y a beaucoup d’employés originaires de Roubaix, Gravelines ou Valenciennes", précise Giovanni Robache, responsable d’une unité et employé depuis plus de 10 ans par le spécialiste de l’hébergement cloud, qui note de "bonnes conditions de travail".

C’est également Roubaix qu’a choisi Showroomprivé pour s’implanter en 2015. C’est au cœur de l’ancienne filature Wibaux-Florin que l’e-marchand a choisi de développer une activité dédiée à la production de contenus visuels. Le prix de l’immobilier n’est pas étranger à ce choix. "Nous cherchions à nous agrandir, et ce bâtiment, avec ses éléments industriels très tendance, plaît beaucoup", explique Coline Rivière, directrice RSE et Affaires publiques. Ici sont installés des studios photos où sont shootés les meubles et les objets déco.
 


(c) Aude Chardenon/L'Usine Digitale
 

Le site, tout près du métro, est à une heure de Paris et "proche de marques partenaires, comme Camaïeu", poursuit-elle. "Paris incarne historiquement la mode, le Nord, c’est le sport et le textile", ajoute Brian Beunet, directeur du site. 

La formation, "le nerf de la guerre"
Les deux entreprises privées ont en commun un certain nombre d’initiatives en matière de formation. Car recruter localement n’est pas forcément aisé, malgré un territoire marqué par un chômage longue durée. "On n’est pas fermé sur les profils, mais on n’a pas beaucoup de candidats", admet Giovanni Robache. "Il y a un déficit structurel de talents dans les métiers du numérique", ajoute le maire. Ce constat a amené ces entreprises à créer elles-mêmes des formations nouvelles. Showroomprivé a lancé en 2017 une fondation d’entreprise destinée à former les personnes en décrochage scolaire ou professionnels. 120 personnes ont été formées aux métiers de l’e-commerce en trois ans.

Chez OVHcloud, on a accueilli "Les plombiers du numérique", un cursus de technicien data center porté par l'Afpa et l'Ecole de la deuxième chance. POP School, qui forme au métier d'UX Designer, l’école ArtFX (animation 3D 2D, effets spéciaux, jeux vidéo) ou encore le réseau Simplon, autant d’initiatives qui visent à construire rapidement un écosystème autour de l’humain. "La formation, c’est le nerf de la guerre", résume Guillaume Delbar.

Les jeunes, c’est aussi ce que ce qu’on l’on rencontre au sein de Blanchemaille by Eurotechnologies, un incubateur de start-up implanté depuis 2015 aussi dans le quartier de l’Alma, tout près du siège de la Redoute. Imaginé par Guillaume Delbar et dirigé par Samuel Tapin, il a vocation à aider à la (re)création d’activités. Dédié dans un premier temps à l’e-commerce, puis à la retailtech et ouvert récemment à la proptech (immobilier), cet écosystème a vu passer, depuis sa création, plus de 150 projets. Mon Petit Coin Vert, Miam, Mybiotime... 8 000 m² dédiés à l’innovation, où se côtoient à date une cinquantaine de start-up, et 400 personnes au total avec les accompagnants. Pas de fonds d’investissement, aucune main mise sur les jeunes pousses… mais la volonté "d’accompagner la transformation du territoire en faisant émerger les start-up et en diffusant l’innovation dans l’entreprise", explique Samuel Tapin.
 


(c) Anaïs Gadeau/Ville de Roubaix


La position géographique, atout pour les start-up
"Le bassin lillois doit être reconnu comme bassin d’innovation", poursuit-il, alors que les porteurs de projets sont essentiellement locaux ou issus de la région parisienne. Car l’un des atouts de Roubaix, c’est sa situation géographique, et nombre d’entrepreneurs l’ont bien compris. C'est aussi le cas de sociétés plus matures – c’est le cas d’Yper, spécialiste de la livraison collaborative – qui ont décidé de rester locales. "Elles ont moins de besoins au quotidien mais elles peuvent échanger avec les plus jeunes". Yper, qui a séduit Leclerc, Cora ou encore Chronodrive, y a installé ses 45 collaborateurs, et pas seulement à cause du loyer modéré. "Nous ne sommes pas nés ici, mais nous y avons appris ce qu’était un écosystème", témoigne Jacques Staquet, son dirigeant.

C’est aussi le cas de Stocklear, qui a créé une place de marché B2B dédiée au déstockage, et qui travaille avec Sarenza, Fnac-Darty et des filiales du groupe LVMH. Au sein de l’incubateur, la jeune pousse fondée à Tournai, en Belgique, et au départ positionné sur le B2C, a opéré un repositionnement notamment via le programme Scale, qu’elle a suivi à deux reprises.
 


Blanchemaille (c) Aude Chardenon/L'Usine Digitale


La Roubaix Valley, la Silicon Valley des Flandres... Les parallèles sont tentants. La position centrale de la ville, au cœur de l’Europe et non loin de l’Angleterre, est un atout. "On a accès à un marché plus grand, il n’y a pas de problème de langue, et c’est plus simple que d’aller à Bruxelles", explique Simon Vancoppenolle, fondateur de Stocklear, qui note également que pour son secteur d’activité, la proximité avec Damart, Vertbaudet ou encore IDGroup est un atout.

Même constat pour la jeune pousse Abordage, qui commercialise depuis quatre ans des accessoires pour les cyclistes et qui profite depuis quelques mois de l’engouement de nombreux usagers pour le vélo.

Pas d'effet Covid-19 sur la tech
Côté emploi, le numérique ne peut pas non plus pallier toutes les difficultés du secteur. Pour les deux cofondateurs d’Abordage, la production de leurs deux marques propres ne peut et ne pourra pas être localisée en France. "Ce n’est pas possible si l’on veut rester compétitif", regrette le duo d’entrepreneurs, qui affiche néanmoins sa volonté de "relocaliser la fabrication des produits en Europe, à moins de deux heures d’avion".

Le Covid-19 n’a pas eu beaucoup d’impact sur ces acteurs. Pour Samuel Tapin, "ceux qui ont jeté l’éponge n’allaient pas très bien, d’autres ont surperformé". Chez Showroomprivé, "on a observé un ralentissement des commandes les premiers jours mais c’est vite reparti", explique Coline Rivière. Pour autant, le numéro deux de la vente événementielle en France ne prévoit pas de recrutement sur le site roubaisien. Pour le directeur de Blanchemaille, "on pourra mesurer dans quelques mois la vigueur de la reprise". Quant à OVHcloud, l'augmentation des services en ligne tend logiquement vers une augmentation de l'activité.

"Le Covid-19 a été un accélérateur de transformation", ajoute Guillaume Delbar qui met en avant l’agilité du territoire. La mairie essaie d’attirer d’autres entreprises et de consolider les écosystèmes existants. "Il faut être ancré dans le territoire si l’on veut avoir des acteurs qui rayonnent à l’international, analyse-t-il. Mais avec plus de 44% de ses habitants vivant en-dessous de seuil de pauvreté, Roubaix ne peut pas tout miser sur la tech. L’édile l’a bien compris. "Nous avons aussi beaucoup de projets liés à l’économie circulaire, avec de réelles perspectives d’emplois", conclut Guillaume Delbar.

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