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Satelia mise sur la télésurveillance pour réduire l'hospitalisation des insuffisants cardiaques

La start-up bordelaise Satelia a mis au point une application de télésurveillance pour les 500 000 personnes atteintes d'insuffisance cardiaque en France. Reposant sur l'utilisation d'un algorithme prédictif, ce dispositif médical est géré à distance par les cardiologues qui sont alertés quand les réponses remplies par le patient sont préoccupantes. L'objectif de Satelia est double : diminuer le taux de mortalité grâce à un suivi accru et réduire le taux d'hospitalisation, qui coûte très cher à la collectivité. 
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Satelia mise sur la télésurveillance pour réduire l'hospitalisation des insuffisants cardiaques
Satelia mise sur la télésurveillance pour réduire l'hospitalisation des insuffisants cardiaques © Unsplash/Robina Weermeijer

Pour réduire le taux d'hospitalisation des patients souffrant d'insuffisance cardiaque, la start-up bordelaise Satelia a créé une application de télésurveillance désormais utilisée par 95 hôpitaux ou cliniques en France et 130 cardiologues. Les personnes touchées par cette pathologie, caractérisée par une lourde mortalité, sont actuellement 500 000 dans l'Hexagone. Leur cœur est incapable de fournir un apport sanguin suffisant pour répondre aux besoins métaboliques de leur organisme.

 

en COLLABORATION AVEC LE CHU DE BORDEAUX

Lancé en novembre 2018, le fonctionnement de Satelia repose sur l'utilisation d'un algorithme. "Avec le Centre hospitalier universitaire de Bordeaux, on a développé un algorithme qui analyse les réponses des patients et qui prédit s'ils vont être hospitalisés", schématise Nicolas Pagès, CEO de Satelia et médecin anesthésiste réanimateur, interrogé par L'Usine Digitale. Pour le développer, le CEO explique avoir épluché avec son équipe la littérature scientifique existante et interroger les cardiologues et les patients pour compiler un maximum de données cliniques. "Depuis on a affiné le système. Par exemple, au début, les patients ne pouvaient répondre que par 'oui' ou par 'non' ; désormais on peut graduer sa réponse entre 'pas du tout' et 'beaucoup'."

 

Le fonctionnement de l'application est très simple. Le cardiologue inscrit le patient sur le site internet et ce dernier reçoit un à trois SMS toutes les semaines contenant un lien qui renvoie vers une "web application" avec un questionnaire à remplir. La personne malade doit répondre à huit questions sur son poids, sa fatigue, ses œdèmes (accumulation anormale de liquide dans les tissus), sa toux, son essoufflement à l'effort et au repos, l'aggravation de ses symptômes et ses traitements médicamenteux.

 

Si les voyants sont au rouge, le médecin référant est immédiatement alerté. En fonction de la gravité, il pourra réajuster le traitement voire ordonner une hospitalisation. "Satelia permet de faire gagner du temps aux cardiologues dans le suivi des patients en insuffisance cardiaque", indique Nicolas Pagès. L'application offre également aux médecins un historique des réponses consultable lors d'un examen de routine. Du point de vue des patients utilisateurs, ce suivi régulier permet d'éviter une issue fatale. 

 

 

Depuis fin novembre 2019, Satelia a ajouté une catégorie de malades dans son application : les personnes porteuses d'un dispositif d'assistance ventriculaire – ou cœur artificiel. Les questions posées aux patients concernent alors les paramètres cliniques mais également techniques liés au fonctionnement de la machine. "Pour l'instant, seuls les centres de Bordeaux, Toulouse et Montpellier utilisent cette fonctionnalité", précise le CEO, qui espère que les 13 centres français prenant en charge les patients appareillés l'adopteront bientôt également.

 

"Notre force, c'est notre ancrage académique", déclare Nicolas Pagès. Et ce n'est pas pour rien si Satelia mise beaucoup sur ses partenaires hospitaliers En effet, chaque mise à jour de l'application de cardiologie est d'abord testée par le CHU de Bordeaux où praticiens et patients donnent leurs avis.

 

Réduire le nombre d'hospitalisations

L'âge moyen lors du diagnostic de la maladie est 74 ans. Ce paramètre a obligé Satelia à réfléchir à une solution pour les personnes n'ayant pas de connexion internet à leur domicile. "On ne voulait absolument pas renforcer l'exclusion numérique. On veut offrir à un maximum de personnes les bénéfices de l'algorithme de prédiction", raconte Nicolas Pagès. Dans cette situation, des infirmiers contactent les personnes concernées via leur ligne fixe, leur posent les questions à voix haute et rentrent eux-mêmes les réponses dans le système.

 

Depuis avril 2019, ce dispositif médical est 100% remboursé par la Sécurité sociale. "Les cardiologues prescrivent Satelia, le patient utilise l'application et la 'Sécu' paye Satelia et les médecins utilisateurs", résume Nicolas Pagès. L'idée derrière est que l'utilisation de l'application permet de faire économiser des frais de santé à la collectivité, d'où son remboursement intégral. Les hospitalisations ponctuelles représentent le premier poste de dépense de la Sécurité sociale, avec 31,1 milliards d'euros à rembourser chaque année.

 

Prochaine cible : la cancérologie

En mars 2020, l'application cardiologique va être déployée dans "cinq pays européens" grâce au partenariat qu'a noué la jeune pousse avec WeHealth, la filiale du laboratoire Servier consacrée à la santé connectée. Satelia espère développer d'ici 5-6 ans une "quinzaine d'applications" pour différentes pathologies. Le prochain chantier concerne la cancérologie. Nicolas Pagès nous confie d'ailleurs qu'une nouvelle application est actuellement en test dans un certain nombre de "centres pilotes" pour les personnes atteintes de cancer.  

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