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Segway : chronique d'une chute

Vidéo Lancé il y a 19 ans, le Segway avait convaincu investisseurs et médias avant même d'être dévoilé publiquement. Il n'a pourtant jamais séduit le public, qui retiendra néanmoins les nombreux accidents qui y sont liés. La production du véhicule électrique monoplace s’arrête désormais, a annoncé la société-mère, l’entreprise chinoise Ninebot.
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Segway : chronique d'une chute
Segway : chronique d'une chute © Segway

Il avait promis de révolutionner le transport des personnes. Après 19 ans d’existence, de persévérance – et de coups du sort – la société chinoise Ninebot, qui a racheté Segway en 2015, a confirmé mardi 23 juin l'arrêt de la production de ce deux-roues monospace atypique, précurseur des "hoverboards". La fabrication du Segway Personal Transporter, localisée dans une usine du New Hampshire, aux Etats-Unis, prendra fin le 15 juillet prochain, laissant au passage 21 employés sur le carreau. Une fin aux antipodes de ce que laissait présager le lancement en grandes pompes de l’appareil, en 2001, lors de l'émission phare d'ABC, Good Morning America.

Un prix prohibitif
Créé en 1999 par l'ingénieur américain Dean Kamen, le Segway PT est commercialisé deux ans plus tard. A l’époque, le gyropode préfigure une révolution dans la mobilité des personnes : entièrement électrique, il permet à une personne, qui se tient debout, de se déplacer rapidement sur une plateforme munie de deux roues parallèles. Le conducteur dirige l’appareil à l'aide d'un manche, et le tout tient debout contre toute attente à l'aide d'un système de stabilisation gyroscopique.

Malgré des soutiens financiers et médiatiques de taille (Steve Jobs parlait à l'époque du Segway comme d'une invention "plus importante que l'ordinateur personnel"), il se révèle être un échec commercial. La société, qui vise 100 000 unités dès l'année du lancement, n’en aura finalement vendu que 140 000... en près de 20 ans. Ce sont surtout les pouvoirs publics qui sont séduits, notamment les organismes touristiques et les forces de l’ordre, tandis que le grand public reste de marbre… avant d’adopter des années plus tard la trottinette motorisée comme moyen de déplacement, avec le succès que l’on sait. Avec l’arrivée ces dernières années de sociétés spécialisées dans des offres de trottinettes en libre-service, il ne restait plus aucun espoir pour l'appareil. Selon Ninebot, les ventes ne représentaient plus que 1,5% de son chiffre d’affaires total.
 

 

Des accidents en série
La société n’a pas vraiment été aidée par les accidents qui ont jalonné son histoire. Réputé difficile à manier, le Segway devient la risée des engins dits futuristes. Le plus célèbre accident a causé la mort du millionnaire Jimi Heselden, président de l’entreprise Hesco Bastion, en 2010. Un an après avoir racheté Segway Inc., il décède aux commandes de son Segway après une chute depuis une falaise dans la rivière Wharfe, en Angleterre.

Plus cocasse, le président américain de l’époque, George W. Bush, a été photographié en train de tomber d’un Segway en 2003 dans sa résidence de Kennebunkport, dans le Maine. Des années plus tard, c’est Usain Bolt qui fait les frais du Segway : alors qu’il célèbre son quatrième titre mondial consécutif, le sprinteur jamaïcain est renversé par un cameraman...

En 2013, le véhicule est tourné en ridicule dans le film comique américain Paul Blart : Mall Cop, qui rencontre un grand succès outre-Atlantique. Et cette année, c’est à l’occasion du CES de Las Vegas qu’un prototype du fauteuil roulant Segway, baptisé S-Pod, refait parler de lui en s’écrasant contre un mur lors d’un test réalisé par un journaliste. Segway restera dans les mémoires, mais sans doute pas de la façon dont l'avait rêvé son inventeur.

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